Relations août 2007

Oser l'espérance

Johanne Méthot

Une école pour tous

L’auteure est responsable des communications au Conseil supérieur de l’éducation

Le Conseil supérieur de l’éducation a rendu public, en avril dernier, un avis intitulé Les projets pédagogiques particuliers au secondaire : diversifier en toute équité.

L’un des traits dominants de l’école secondaire québécoise est son caractère hétérogène. Les projets pédagogiques particuliers, comme les programmes sport/études, arts/études, éducation internationale et enrichissement en divers volets, visent à répondre aux besoins et aux intérêts des jeunes. Ils sont apparus notamment pour dynamiser une école jugée ennuyante, pour enrichir l’ancien curriculum jugé trop homogène et trop peu exigeant et aussi pour s’ajuster à la demande des parents. La multiplication de ces projets et la croissance des pratiques de sélection des élèves sur la seule base du rendement scolaire ont toutefois une incidence sur les objectifs de démocratisation, d’accessibilité et d’égalité des chances.

Ainsi, l’analyse des effets des projets pédagogiques particuliers démontre qu’ils ont des retombées positives à plusieurs égards : la reconnaissance et la promotion de champs d’intérêt dans divers domaines de formation; un plus grand nombre d’élèves intéressés et stimulés; des équipes enseignantes motivées et mobilisées; des parents plus intéressés et davantage satisfaits de l’école secondaire; des commissions scolaires et des écoles plus dynamiques. Cependant, le Conseil supérieur de l’éducation (CSE) constate que, malgré l’intérêt certain des projets pédagogiques particuliers – notamment en ce qui a trait à la motivation et à la réussite des élèves qui y ont accès –, il y a des risques de dérive, surtout au regard des exigences de la mission d’intégration sociale confiée à l’école. Parmi ces dérives possibles : la dévalorisation et la perte d’estime de soi des élèves exclus des projets convoités; des classes ordinaires aux profils d’élèves moins diversifiés; la répartition inégale du poids de l’intégration des élèves handicapés et des élèves en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage et la concurrence entre les écoles secondaires où l’image de l’école l’emporte sur les visées éducatives.

En considérant les retombées positives que peuvent avoir les projets pédagogiques particuliers dans le contexte du Renouveau pédagogique en cours d’implantation, le CSE considère qu’il est possible d’utiliser cette voie de diversification pédagogique pour favoriser la réussite du plus grand nombre. Il faut cependant baliser leur mise en œuvre afin d’en contrer les effets inégalitaires.

Le CSE formule donc des orientations pour favoriser l’accès d’un plus grand nombre d’élèves aux projets pédagogiques particuliers, pour assurer l’hétérogénéité scolaire dans la classe comme dans l’école secondaire, pour établir une offre de formation plus complémentaire entre les secteurs d’enseignement public et privé et, ultimement, pour entraîner la réussite de tous les élèves.

À cela, le CSE associe seize recommandations. Ainsi, il recommande aux commissions scolaires, aux conseils d’établissement, aux directions d’école et aux équipes-écoles de rendre les projets pédagogiques particuliers accessibles à tous les élèves qui le désirent. Pour ce faire, il les invite à renoncer aux pratiques de sélection des élèves sur la seule base des performances scolaires et de miser sur des critères plus inclusifs. Il invite particulièrement les directions d’école, les parents et la communauté d’appartenance de l’école à considérer les besoins de l’ensemble des élèves au moment de décider du caractère sélectif ou non des projets pédagogiques particuliers offerts dans leur établissement.

Le CSE invite également la ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport à dresser un portrait fidèle de l’offre de projets pédagogiques particuliers et à s’assurer que l’information soit accessible aux élèves du secondaire et à leurs parents. Il lui recommande également d’instaurer un mécanisme favorisant le dialogue et l’établissement de nouveaux liens de complémentarité entre les établissements d’un même secteur d’enseignement, de même qu’entre les secteurs public et privé. En outre, le CSE considère qu’il y aurait lieu d’examiner, avec les représentants du secteur privé de l’enseignement, les modalités susceptibles d’entraîner une plus grande participation de ceux-ci à l’intégration scolaire des élèves à risque, des élèves handicapés et des élèves en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage.

Le CSE réaffirme ainsi sa conviction que le choix de l’hétérogénéité scolaire, fait par la société québécoise – notamment dans le cadre du Renouveau pédagogique –, constitue une richesse dont il faut tirer parti et non un obstacle à la réussite scolaire. Il est possible de consulter l’avis et ses versions abrégées (en français et en anglais), sur le site Internet du Conseil supérieur de l’éducation (www.cse.gouv.qc.ca).

Oser l'espérance

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