Relations mai-juin 2017
Palestine : vers la dépossession totale
L’auteure est membre de la Coalition BDS-Québec.
La nouvelle loi légalisant l’usurpation de terres palestiniennes s’inscrit dans le plan sioniste du Grand Israël.
Le 6 février 2017, le Parlement israélien, la Knesset, a adopté une loi légalisant rétroactivement l’expropriation de terres palestiniennes « privées » réalisée par les « colonies » dites sauvages, c’est-à-dire construites à l’encontre du droit israélien lui-même. Les partis d’opposition ont dénoncé cette loi proposée par le parti nationaliste religieux d’extrême-droite Le Foyer juif au sein de la Knesset en des termes très durs, relayés par le journaliste Yossi Melman dans le quotidien israélien Maariv, qui parle de « course vers l’abîme » : « ces bandits sont parvenus à convaincre la Knesset d’adopter une loi […] qui ne fait ni plus ni moins que légaliser le crime organisé » (cité dans le Courrier international, 9 février 2017).
La dépossession palestinienne par la colonisation se déroule de façon systématique et violente depuis la création de l’État d’Israël, y compris au moment des Accords d’Oslo. C’est la stratégie du « fait accompli ». Ces paroles d’Ariel Sharon, en 1973, à propos des Palestiniens, étaient claires : « Nous ferons d’eux un sandwich au pastrami. Nous insérerons une couche de colonies juives parmi eux, puis une autre couche de colonies, et encore une autre, si bien que dans 25 ans, ni les États-Unis, ni les Nations unies ne seront capables de les séparer les uns des autres. » Près de 45 ans plus tard, 121 colonies israéliennes sont installées illégalement en territoire palestinien occupé ; un demi-million de colons juifs y vivent.
Doit-on se surprendre à la fois du dessein israélien et de la passivité de ladite communauté internationale dans ce qu’il est convenu d’appeler un véritable hold-up ? Il faut se souvenir que les sionistes avaient, bien avant 1947, des rêves de conquête de toute la Palestine historique. Quand Londres proposa la partition de la Palestine, en 1936, après d’importantes résistances arabes, Ben Gourion – fondateur de l’État d’Israël en 1947 – alors à la tête du mouvement sioniste, propose d’accepter ce partage en ces termes : « Un État hébreu partiel n’est pas une fin mais seulement un début. […] Nous y ferons venir tous les Juifs qu’il sera possible d’y amener […] et alors je suis certain qu’on ne nous empêchera pas de nous installer dans d’autres parties du pays, soit en accord avec nos voisins, soit par tout autre moyen » (cité dans Manière de Voir. Le Monde diplomatique, no 98, avril-mai 2008, p. 8).
La partition de la Palestine par l’ONU, en 1947, ne correspond pas non plus aux vœux des sionistes qui veulent toujours la totalité de la Palestine historique, de la Méditerranée au Jourdain : le Grand Israël. Mais ils l’acceptent stratégiquement. Profitant de la guerre déclenchée par les États arabes, qui s’opposaient à cette partition, le même Ben Gourion procède à l’extension de l’État juif, continuant à vider les territoires conquis de leur population arabe. Il déclarait en 1949 : « Nous avons libéré un très grand territoire, bien davantage que nous ne pensions. Maintenant, il nous faudra travailler pendant deux ou trois générations. Quant au reste nous verrons plus tard » (Id.). L’Israël de Netanyahou en est rendu là et il y voit !
Cette loi scandaleuse qui légalise l’usurpation par Israël de centaines d’hectares de terres en Cisjordanie occupée est actuellement contestée devant la Cour suprême israélienne. On se serait attendu à un même genre de contestation de la part de l’ONU, qui est chargée de faire respecter le droit international. Mais devant ce silence complice qui dure depuis trop longtemps, une réponse que peut apporter la société civile internationale, et le Québec en particulier, est de s’engager résolument dans la campagne pacifique de Boycott, Désinvestissement et Sanctions contre l’État d’Israël. Elle prend de plus en plus d’ampleur, défiant ainsi le Parlement canadien qui, de manière honteuse, a condamné l’an dernier le recours à ce moyen d’action démocratique.


