Relations mai-juin 2017

Amériques : la longue marche des peuples autochtones

Ismael Moreno Coto

La lutte des Lencas au Honduras

L’auteur, jésuite, est directeur de Radio Progreso et de l’Équipe de réflexion, recherche et communication (ÉRIC) au Honduras.

Les communautés lencas, dispersées dans les montagnes des départements de Intibucá et Lempira à l’ouest du Honduras, ont fondé le Comité civique des organisations populaires et indigènes du Honduras (COPINH), en 1993, pour défendre leurs droits et leur milieu de vie. Cette organisation s’inscrit dans un nouveau paradigme politique émergent, visant à construire le pouvoir à partir de la base et dans une relation d’égalité entre les hommes et les femmes.
 
Le COPINH s’est vite fait connaître par ses longues marches de 1200 kilomètres vers Tegucigalpa, la capitale du pays, d’énormes colonnes humaines déambulant lentement, transportant avec elles tortillas et œufs durs comme nourriture, chandelles et herbes aromatiques pour les rituels. La classe politique hondurienne, habituée à des demandes concernant strictement le salaire et la sécurité d’emploi, a été déstabilisée face à un mouvement qui revendique la protection des cultures et des territoires ancestraux, ainsi que celle des biens communs naturels menacés par les compagnies minières et hydroélectriques.
 
Ces luttes, qu’elles soient menées sur le plan politique, social, écologique ou économique, sont fondées sur un amour de la Terre, qui est vue ultimement comme une Mère au point où on est prêt à donner sa vie pour la défendre. Sa mystique est autant éthique que politique, exprimant une foi profonde tant envers les laissés-pour-compte qu’en une transcendance qui a pour nom Dieu et la Terre-Mère.
 
Le COPINH poursuit actuellement le projet initié par une de ses leaders, Berta Cáceres – assassinée le 2 mars 2016 – d’articuler les luttes autochtones et les luttes populaires au sein de la Plateforme des organisations sociales et populaires du Honduras. Son objectif principal est de défendre les territoires et les biens communs naturels des peuples lencas, tolupanes et garífunas, les droits des femmes et ceux des organisations de défense de la diversité sexuelle. Elle fait de la lutte contre l’exploitation minière et les concessions de rivières et de territoires à des entreprises hydroélectriques une priorité, tout en s’opposant farouchement à l’implantation de Zones d’emploi et de développement économique – des zones franches – ainsi qu’à la volonté du gouvernement actuel de privatiser les services et les biens publics.
 
L’assassinat de Berta Cáceres avait un double objectif : éliminer une femme extrêmement gênante parce qu’incorruptible et, du coup, affaiblir grandement le travail du COPINH contre les projets hydroélectriques sur le territoire lenca[1]. Certes, l’organisation a été ébranlée, mais elle s’est vite ressaisie en tant qu’héritière de la lutte qu’a menée courageusement Berta. La répression sanglante envers les leaders autochtones qui se poursuit ne pourra pas détruire les organisations qui sont ancrées dans la mystique ancestrale et ont pour souffle l’amour de la Terre-Mère

Amériques : la longue marche des peuples autochtones

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