Relations août 2007
Le pavillon chrétien d’Expo 67
L’auteur est théologien
Il y a quarante ans, lors de l’Exposition universelle de Montréal, un événement sans précédent s’est produit : la construction d’un pavillon œcuménique.
L’Église catholique, qui avait marqué ses distances du mouvement œcuménique dans le passé, venait de modifier son attitude au concile Vatican II (1962-1965) : elle interprétait désormais ce mouvement comme œuvre de l’Esprit Saint et invitait les catholiques à s’engager avec les autres chrétiens dans la poursuite de l’unité chrétienne voulue par Jésus Christ. Aux expositions universelles, avant le concile, le Vatican avait eu son pavillon séparé. À l’initiative audacieuse du jésuite Irénée Beaubien, un groupe constitué de catholiques, de protestants, d’anglicans et d’orthodoxes de Montréal a réussi, à la suite d’un intéressant débat théologique, à faire construire sur le terrain de l’Expo 67 un seul pavillon chrétien, symbole de l’unique foi en Jésus Christ partagée par les Églises canadiennes. Grâce au cardinal Bea, président du nouveau Secrétariat pour l’unité des chrétiens, mais surtout grâce à l’assentiment général des évêques catholiques du Canada, le Vatican renonça donc à son propre pavillon.
L’architecture du pavillon témoignait éloquemment du message évangélique. À l’entrée, au rez-de-chaussée, catholiques, orthodoxes et protestants étaient réunis. Pour poursuivre la visite du pavillon, on devait d’abord descendre au niveau inférieur en passant par un grand sous-sol, question de se souvenir et de se repentir de péchés commis, surtout des péchés d’hostilité et de haine entre chrétiens séparés. Puis, les visiteurs du pavillon devaient remonter sur un étage supérieur, au-dessus du niveau de la rue, pour manifester leur joie devant la victoire de Jésus sur les forces du mal et l’appel à la réconciliation lancé aux chrétiens par l’Esprit Saint.
Après le concile Vatican II, les catholiques s’attendaient à ce que la nouvelle amitié entre chrétiens séparés s’exprime dans des structures d’unité qui faciliteraient la coopération et la solidarité, tout en permettant à chaque Église de rester fidèle à la vérité dont elle est héritière. Le concile Vatican II, dans son appui au principe de collégialité, avait ouvert la porte à une décentralisation de l’Église catholique, reconnaissait une certaine autonomie des Églises locales et appréciait le pluralisme liturgique, théologique et spirituel du monde chrétien.
Pourtant, quelques années plus tard, les catholiques vécurent une grande déception. Les papes, les uns après les autres, ont renversé l’orientation du concile, démantelé les institutions créées pour faciliter la collégialité et réintroduit le régime monarchique de la papauté. Aujourd’hui, les documents romains louent toujours le pluralisme dans l’Église, mais les chrétiens engagés dans l’œcuménisme se méfient de ces promesses. Se fondant sur le concile Vatican I (1870), qui a défini la juridiction suprême du pape et son infaillibilité, Jean-Paul II et Benoît XVI ont pris, sans la collaboration des évêques, des décisions qui renforcent l’uniformité dans l’Église. Les protestants recommencent à avoir peur des catholiques. En même temps, l’Église catholique prend ses distances des Églises protestantes sur des questions aussi importantes que la vocation de la femme, l’éthique sexuelle et la participation des laïques dans l’Église.
Si je ne me trompe pas, l’expérience du pavillon chrétien de l’Expo 67 ne s’est jamais renouvelée. Lors des expositions internationales subséquentes, le Vatican a toujours décidé de construire son propre pavillon, symbole de la distance qu’il avait prise par rapport au mouvement œcuménique.
Malgré la politique du Vatican, l’œcuménisme a transformé la culture dans laquelle nous vivons. Dans leur vie de tous les jours, les chrétiennes et les chrétiens appartenant à différentes Églises coopèrent et se lient d’amitié de façon spontanée. Dans la pastorale hospitalière et carcérale ainsi que dans d’autres institutions publiques, des chrétiens de différentes confessions travaillent de concert. Et l’étude de la théologie aujourd’hui exige la lecture d’auteurs catholiques, protestants et orthodoxes, tous héritiers de la grande tradition chrétienne. Au Québec, l’œcuménisme est promu par le Centre canadien d’œcuménisme et par le Réseau œcuménique justice et paix (ROJEP). Pour les catholiques, l’enseignement du concile Vatican II et surtout le décret conciliaire sur l’œcuménisme demeurent la norme de leur comportement. Vive l’amitié œcuménique!


