Relations novembre 2002

Que résiste la langue!

Marie-Andrée Lamontagne

Parlez-vous français?

L’auteur est poète, traductrice et écrivain. Elle a récemment participé à la nouvelle traduction en français de la Bible, parue chez Bayard/ Médiaspaul.

Entre le purisme suranné des uns et le délire autiste des autres, la langue française doit s’affirmer avec rigueur au Québec si elle veut éviter l’écueil de la louisianisation.

La scène se passe à l’arrêt d’autobus, devant la station de métro Mont-Royal. On attend le 97. On veut lire, on a apporté ce qu’il faut, mais un instant d’hésitation sur l’attitude à adopter, un moment de rêverie à laisser promener son regard sur la courbe du mont Royal, qui, pour un peu, pourrait devenir la bande de verdure qu’une main autoritaire aurait fixée à l’une des extrémités du Plateau Mont-Royal pour l’empêcher de déborder sur les autres quartiers de la ville, juste une petite vacance de l’es­prit, en apparence occupé à ne rien faire, et la rêverie se transforme, aux yeux d’autrui, en disponibilité. Une vieille dame s’avance, grasse, courte sur pattes, attifée à la diable, mais propre sur elle, joyeusement résolue à engager la conversation. Sans vous demander votre avis, elle vous entraînera donc, malgré vos réponses laconiques, dans les méandres d’un dialogue, qui a l’air décousu pour qui le reçoit comme un paquet de mer en pleine fi­gure, en jetant des regards résignés vers l’horizon d’où doit surgir un jour le 97 salvateur, s’il est vrai que la loi de l’éternel retour a quelque fondement, mais qui est parfaitement ajusté, ce monologue, à son délire de vieille petite fille, dont la pensée, silencieuse ou exprimée à voix haute, semble procéder par bonds.

C’est ainsi que, d’une pierre à l’autre, tout en attendant l’autobus, on remontera un cours d’eau charriant de nombreux sujets d’in­dignation, qui vont de la cueillette muni­cipale des ordures à la muflerie des auto­mobilistes, non sans un détour obligé par la météo des derniers jours. Jusque-là, rien que le discours commun de la solitude urbaine, et il n’y a plus qu’à s’armer d’une patience amusée, pourquoi pas? Après tout, cette vie-là qui se raconte vaut bien celle épinglée dans les journaux et les romans et qui, sauf exception notoire, cesse de palpiter dès le moment où le stylo s’est enfoncé dans les chairs. Ce qui alors se donne à lire n’en est plus que le résidu, aux couleurs vives, séduisantes, ou simplement divertissantes.

Les couleurs de la vieille du 97 sont peut-être sans éclat, mais la vitalité est grande, à en juger par son discours volubile. Cependant, la conversation a sans doute pris à votre insu un tour grave, car il est maintenant question du pape, sujet de récriminations, lui aussi. Votre tête se détourne de l’horizon vide du 97, intéressée. Dans le salon de très vieilles gens, il y a très longtemps, vous avez vu, suspendu au mur, dans un cadre, le profil empâté de Jean XXIII, en médaillon, surmontant un texte auquel vous n’aviez alors rien compris, pauvre enfant catholique, mais dont vous n’avez pas oublié le titre, ou plutôt l’espèce singulière de textes à laquelle il appartient. Les indulgences papales, au plus fort de leur commerce florissant, ont provoqué un schisme au sein de l’Église, apprendrez-vous plus tard. Mais la colère de Luther devait rester sans effet, dans les siècles à venir, sur les personnes dévotes, âgées et crédules, penserez-vous aussi, pauvre adolescente née catholique, soucieuse alors de prendre vos distances avec l’Église. Votre cerveau en a tiré une loi générale sur la vénération du Saint- Père par le troisième, voire le quatrième âge, qui s’accommode mal de ce que vous entendez maintenant, mélange d’invectives et de mises au défi. Qu’il essaie, mais qu’il essaie donc de l’empêcher d’agir comme elle l’entend! Elle saura bien quoi lui répondre. D’ailleurs, c’est déjà commencé. Elle ne s’en est pas privée, l’autre jour, quand elle a appris la nouvelle.

Contraception? Célibat des prêtres? Il est peu probable que notre Jeanne d’Arc sur le retour ait pu être mobilisée à ce point par des sujets sur lesquels la société laïque reproche à Jean-Paul II son conservatisme. Je te dis, poursuit la vieille, je te dis que je lui ai dit ma façon de penser quand je l’ai appris! Non mais, vous vous rendez compte! M’empêcher, moi, de consulter ma tireuse de cartes! Ah! vous pouvez être sûre que je lui ai chanté pouilles, ce jour-là!

La hantise du snobisme

Qu’importe, pour la suite de cet article, l’interdiction papale des cartomanciennes et autres pratiques divinatoires. C’est la langue qui est en cause. La vieille avait dit : chanter pouilles. Soudain le 97 était là, il s’arrêtait dans un gémissement de caoutchouc, et il fallait monter à bord, orpheline. Quelles autres expressions de la sorte l’inconnue tenait-elle en ré­serve? On ne le saurait jamais. On pouvait au moins emporter celle-ci comme un trésor.

Au Québec, à quiconque a fait un peu d’études, l’innocence linguistique est très tôt refusée. Chez la vieille, aux lèvres de qui elle était venue naturellement, sous le coup de la colère, l’expression n’avait rien d’archaïque, rien de « savoureux », comme le soulignent à l’envi les compilateurs de pittoresques dictionnaires de la langue québécoise. Elle était la chose même. Et on lui aurait expliqué, s’appuyant sur la science fraîchement acquise du Robert historique de la langue fran­çaise, ouvert ce jour-là aussitôt franchi le seuil de la maison, que son emploi est attesté depuis 1625, montrant bien par là, une fois de plus à l’œuvre, la coupure instaurée par la Con­quête anglaise, qui avait permis à des usages de province, appelés à disparaître en métropole, de perdurer dans les bouches françaises du Canada, on lui aurait expliqué cela, en s’efforçant d’échapper au ridicule du pédant, que la vieille aurait poursuivi son idée, oui mais, c’est l’avenir que je veux connaître, moi, pas le passé!

Le pédant n’est que ridicule. L’idéologue est bien plus à craindre. Au Québec, le premier a pu se croire le maître du bon usage au plus fort de l’influence des sociétés du bon parler français, disons au début du siècle dernier, et s’il arrive à sa silhouette guindée de réapparaître par intermittence, chaque fois que la préciosité est confondue avec la correction grammaticale ou la recherche du mot juste, il n’en est pas moins, à l’heure actuelle, en minorité. Le second, en revanche, s’est multiplié. Son nom est légion. On lui trouvera bien un Lucifer ou deux, appelons-les Nationalisme et Autonomie. Mais aussi, tout un cortège de diables aux nombreux avatars – esprit de revanche, laxisme, paresse, mauvaise conscience de classe, québécitude, fausse précision technique, démagogie, ignorance (cette dernière, bien sûr, excusable) –, qui auront beau revêtir leurs habits les plus présentables pour faire danser les mots au bal de la langue française, ils ne pourront empêcher, aux environs de minuit, de laisser poindre un sabot ou une queue fourchue sous le froc.

C’est le propre de la langue que d’entraîner parfois le locuteur plus loin que sa pensée. À trop filer la métaphore diabolique, on s’expose à se retrouver dans la position intenable du censeur qui voit une faute dans tout écart de langage et la correction dans toute formulation épousant une norme fran­çaise. Ce n’est pas le but, mais telle est la question de la langue au Québec qu’on est rapidement soupçonné d’élitisme, c’est-à-dire de snobisme, c’est-à-dire de francophilie, c’est-à-dire de honte tribale, pour avoir montré de l’attention dans ce domaine.

Il ne s’agit pas d’entretenir avec la langue française des rapports patrimoniaux, crispés et conservateurs, tels qu’on a pu les voir à l’œuvre, par exemple, dans les réactions d’une certaine droite catholique à la nouvelle traduction de la Bible en français publiée chez Bayard/Médiaspaul. L’un des maîtres d’œuvre du projet, Frédéric Boyer, s’est d’ailleurs expliqué tout récemment dans un petit essai éclairant (La Bible, notre exil) sur les rapports que doit pouvoir entretenir une langue vivante, en constante évolution, avec toute tradition, qu’elle soit cultu­relle ou religieuse.

Il s’agit simplement (et plus malaisément) de viser la maîtrise d’une langue pour pouvoir en jouer souverainement.

Une logique binaire

Sans doute la situation du Québec en Amérique du Nord explique-t-elle en partie la mentalité d’assiégié qui semble imprégner encore maintenant le débat sur l’état du français au Québec. On serait ainsi de l’un ou l’autre camp, soit puriste et colonisé, soit québécisant et inventif. Un retour aux diables de tantôt sera peut-être utile pour introduire les nuances qui s’imposent et prendre la mesure de la complexité du réel par rapport aux discours. Pour cela, voyons quelques exemples de leurs méfaits.

Soit la phrase suivante, lue dans le métro : « L’accessibilité commence par un geste de courtoisie. Merci pour la place. » Cette phrase se veut 1) écrite en français 2) une incitation à respecter l’une des règles élémentaires de politesse qui consiste à céder sa place, dans les transports en commun, aux femmes enceintes, aux personnes âgées ou handicapées. Comme il arrive régulièrement en pays de bilinguisme séparé, on est ici en présence d’une phrase qui a l’apparence du français, sans en être pour autant. Sans le recours à l’affiche illustrée, on ne comprendrait rien à ce langage abstrait (qu’est-ce que l’accessibilité? Celle de qui, et par rapport à quoi?), mâ­tiné de tournures anglaises (geste de courtoisie) et d’une fami­liarité à la syntaxe douteuse (merci pour). Passé le premier mouvement de perplexité, l’envie de traduire en français correct cette phrase écrite en novlangue fait-elle obligatoirement de vous un puriste? Après tout, la France est elle aussi malencontreusement frappée par le mal administratif qui prend là-bas des formes tout aussi glaçantes que celles, au Québec, qui expriment chaque jour la réalité des « voitures » et des « couples » dans la langue de bois des « véhicules » et des « conjoints ». Brrr.

On ne s’attardera pas sur ce qui semble faire consensus, à savoir la nécessité de corriger les fautes – mais encore faut-il les reconnaître : genre des noms (un autobus), emploi des prépositions (dans la rue), bon usage des verbes transitifs et intransitifs (quitter les lieux, ou qui on voudra, mais quitter quelque chose ou quelqu’un, ce qui est du reste dans l’ordre des choses…), respect des modes verbaux (bien que suivi du subjonctif; après que, de l’indicatif). En pratique, l’adoption de nouvelles habitudes nées de l’assimilation des règles gramma­ticales doit pouvoir compter sur le temps pour devenir natu­relle. En attendant, il se trouvera toujours des démagogues pour prétendre qu’on veut, par ce respect jugé excessif des règles, humilier le peuple et sa mère, et des paresseux, pour ajouter qu’il suffit de se comprendre pour être satisfaits.

Et il y a le mot juste. En même temps que disparaissait, en France comme au Québec, tout un vocabulaire paysan, riche et précis, faute d’une réalité idoine à désigner, il faut reconnaître que, de façon générale, la faible scolarisation des Canadiens français au XIXe siècle a entraîné chez ces derniers un appauvrissement du vocabulaire, dont le français québécois porte les séquelles. Du coup, l’usage au Québec a consacré à tort des im­précisions ou des approximations qu’on devrait pouvoir sacrifier sans état d’âme identitaire, au profit du mot juste, n’en déplaise, encore une fois, aux compilateurs de dictionnaires mi­litant pour une langue proprement québécoise. Malgré tous leurs efforts, le foyer et la cheminée ne désigneront jamais les mêmes choses, la tablette et l’étagère non plus.

Le culte de la distinction

On vous dira : qui ne commet jamais de fautes? Comme s’il s’agissait d’être sans reproche! Autre argument sans réplique : dans l’état actuel de la planète, chipoter sur un du ou un de paraît bien dérisoire.

Pourtant, faut-il rappeler cette évidence que la langue touche aux aspects fondamentaux de la vie en société – éducation, culture, religion, histoire, rapport à la tradition, rapport à l’autre, rapport à soi, et que les questions qu’elle soulève, par conséquent, n’ont rien de dérisoire? Dans un essai paru récemment, La littérature et les dieux, l’écrivain Roberto Calasso s’est employé à montrer le détournement sémantique exercé par les Poésies de Lautréamont sur un passage célèbre de La Bruyère. « Tout est dit et l’on vient trop tard, écrivait ce dernier au XVIIe siècle, depuis plus de sept mille ans qu’il y a des hommes et qui pensent. Sur ce qui concerne les mœurs, le plus beau et le meilleur est enlevé; l’on ne fait que glaner après les anciens et les habiles d’entre les modernes. »

Calasso y voit « l’exemplum même de la culture, de la lente transmission du savoir, de la douceur qui imprègne avec le temps la civilisation, qui l’émousse, l’exténue », et que les plus habiles des nouveaux modernes, pourrait-on ajouter, voudront revivifier, alors que le « barbare » Lautréamont saccage, en écrivant : « Rien n’est dit. L’on vient trop tôt depuis plus de sept mille ans qu’il y a des hommes. Sur ce qui concerne les mœurs comme pour le reste, le moins bon est enlevé. Nous avons l’avantage de travailler après les anciens, les habiles d’entre les modernes. »

Lautréamont, né Isidore Ducasse, à Montevideo, dans le Nouveau Monde, était-il vraiment un barbare? Peut-être n’avait-il pour lui qu’un trop-plein de vigueur et l’arrogance d’une jeunesse qui s’approprie l’héritage et l’arrange à sa façon – ce qui est encore une manière de le transmettre. En re­vanche, on peut penser que le « tranquille délire autiste » que lui attribue Calasso, à travers « la pique empoisonnée d’une autonomie », frappe avec encore plus de brutalité au Québec, où l’on est si prompt à se croire né de la dernière pluie. C’est ainsi qu’en strict nationalisme culturel, l’écho même du texte à retourner doit être détruit chez ceux des autonomistes qui défendent l’enseignement prépondérant, voire exclusif pour les plus impitoyables d’entre eux, de la littérature québécoise dans les collèges, au détriment des auteurs classiques, qu’ils soient français, de l’Antiquité ou étrangers.

Le serpent de mer a été aperçu récemment. Il reviendra. Car il n’est que la transposition, logique et effrayante, sur le plan de l’enseignement de la littérature, du même délire autiste qui atteint les défenseurs d’une langue dite québécoise, débraillée mais si drôle, que l’on voudrait tout à fait distincte de la langue française. Le péril est de taille. Faire en sorte, par laxisme ou au nom d’une pseudo-estime nationale, de réduire le français que l’histoire a transplanté dans le Nouveau Monde au statut de dialecte du Bas-Rhin, alors que la plupart des pays francophones d’Afrique, d’Asie, du Maghreb et de l’Europe occidentale ne craignent pas d’enseigner et de pratiquer, à l’écrit du moins, un français normatif et châtié, c’est donner le coup de grâce – à supposer que l’entreprise de déculturation réussisse – à cette même langue française que l’on prétend défendre contre l’envahisseur anglo-saxon, et ceci avec le sourire stupide des bourreaux.

Quelle émancipation?

À la différence des pays du Maghreb, où le processus d’arabisation allant de pair avec la décolonisation a pu se faire, non sans tragédie, par le truchement d’une tout autre langue, préservant, du coup, le « corps » du français pour ceux qui voulaient bien (ou le pouvaient, par le biais de l’éducation) s’en rendre maîtres, au Québec, le processus d’émancipation coloniale s’est fait de façon moins violente il est vrai – ni sang, ni guerre d’indépendance, ni massacres –, mais il a été mené à l’intérieur de la même langue que celle pratiquée en métropole, en infligeant des blessures plus profondes, par conséquent, au « corps » du français, à travers lequel il faisait bon, dans les années 70, s’en prendre au maître.

Si un tel processus d’émancipation est légitime, il doit être dépassé. Surtout, il importe de prendre conscience que la forme particulière qu’il a prise ici sur le plan linguistique, où l’on n’a eu de cesse de confondre le joual, sociolecte, et le français québécois, pour ne rien dire de cette autre confusion entretenue entre les registres de la langue (familier, soutenu,…) et l’accent (qui ne serait que québécois ou français), ce processus de québécisation à tout crin, qui confine le Québécois au pittoresque et rejette comme des traîtres à la patrie ceux qui ne se reconnaissent pas dans le portrait coloré que l’on fait des Québécois, ne peut que mener à l’iso­lement du Québec : par rapport à la France, mais aussi par rapport au monde francophone, où, pourtant, les Québécois pourraient davantage faire entendre leur voix sans passé colonial – pourvu qu’elle soit intelligible…

Parallèlement, pour plusieurs écrivains algériens de la gé­nération des Mohamed Dib, mais aussi pour ceux de l’après-indépendance, la maîtrise de la langue française est apparue comme la meilleure arme à retourner contre le colonisateur, et on sait que V. S. Naipaul a pu défendre la même idée à l’inté­rieur de la langue anglaise et être entendu à Stockholm.

Ah! si seulement nous parlions huron! se lamentait le poète canadien-français Octave Crémazie, au XIXe siècle, depuis son exil parisien. Mais voilà, poètes ou non, intellectuels ou non, bon nombre de néo-Québécois ne se laissent pas enfermer dans une appartenance française ou anglaise, mais habitent l’italien, l’un ou l’autre dialecte de l’arabe, l’hébreu, le cambodgien, l’espagnol ou le russe. Aussi le français qui ambitionne de souder les éléments d’une telle société a-t-il intérêt à être un français rigoureux, vigoureux, pourvu de particula­rités certes, mais français toujours, respectueux du génie de la langue française, réglée et cependant vivante, bousculée, travaillée de toutes parts. À défaut de quoi il deviendra un quelconque patois louisianais du nord, auquel échapperaient, faute d’en maîtriser les subtilités, l’ironie, les vertus de la contrainte, l’art de la conversation, la rhétorique, et dont les écrivains s’entrecélébreraient frileusement, se félicitant de réussites ac­complies dans la serre chaude du territoire national où la langue, comme chacun sait, est chose menacée et fragile, tout ceci en se piquant d’ouverture sur le monde, en rêvant d’une gloire internationale et en nourrissant une secrète admiration, vite camouflée en mépris, pour les beaux parleurs et les faiseurs de phrases d’outre-Atlantique.

Il n’y a qu’à regarder autour de soi : les « retours d’Europe » continuent d’affluer et ils n’ont rien perdu de l’amertume des années 50. Mais ces regrets exprimés sur « le Québec si petit » ont de moins en moins à voir avec la plainte d’Octave Cré­mazie, d’où s’élève maintenant un nuage de poussière qui est bien celui du cabinet de l’historien. Dans ce lamento encore repris de nos jours, s’agissant pourtant d’une société dyna­mique, capable d’exercer une séduction auprès de nombreux ressortissants de l’Ancien et du tiers monde, il faut peut-être entendre les protestations que des Québécois, voyageurs, plus instruits que jamais et curieux de tout, font entendre quand, en matière de langue française ou d’enseignement de la littérature, une poignée d’ayatollahs rentrés, militants d’un combat d’arrière-garde, veulent leur maintenir enfoncée sur la tête la tuque de l’habitant, dont il n’y a pas à rougir mais qui n’est plus de saison, et qu’eux-mêmes continuent de porter par tous les temps. 

Que résiste la langue!

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