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Bledi mon pays est ici : Recension de documentaire

Publié le 2 janvier 2008
Par : Élisabeth Garant

 Le 5 avril 2002, après un voyage du premier ministre du Canada en Algérie visant à encourager les échanges commerciaux entre les deux pays, le gouvernement canadien lève le moratoire sur les déportations vers ce pays. Ce moratoire existait depuis février 1997 en raison de l’insécurité généralisée qui régnait en Algérie. La levée du moratoire met en lumière la précarité dans laquelle 1069 personnes ont vécu pendant plusieurs années, ici au Québec, et la détresse causée par cette longue période d’incertitude.

Des Algériens se mobilisent alors en conséquence au sein du Comité d’action des sans-statut (CASS). Ils prennent la parole publiquement, manifestent et occupent des locaux de députés pour réclamer le retour du moratoire, l’arrêt des déportations et la régularisation des personnes restées sans statut pendant toutes ces années. Grâce aux différentes actions du CASS et du mouvement de solidarité qu’ils suscitent, la situation d’environ 900 personnes est finalement régularisée par le biais d’un programme spécial mis en place par le gouvernement du Québec.

Bledi, mon pays est ici 1relate l’histoire de cette lutte des sans-statut pour la reconnaissance de leurs droits et, d’une façon particulière, celle de leur porte-parole Mohamed Cherfi. Celui-ci se retrouve parmi les personnes non admises par le programme spécial québécois, probablement à cause du rôle majeur qu’il a joué dans l’obtention de la régularisation de ses compatriotes. Il aura recours au sanctuaire religieux que lui offre la paroisse St-Pierre de l’Église unie, dans la ville de Québec, pour contester son ordre de déportation. Il sera malgré tout arrêté, déporté puis détenu aux États-Unis pendant quinze mois. Une longue bataille juridique lui permettra finalement d’obtenir le statut de réfugié chez notre voisin du sud. Au moment d’écrire ces lignes, il est cependant toujours en attente de l’autorisation lui permettant de revenir au Canada.

Les réalisateurs ont suivi et filmé les sans-statut et Mohamed Cherfi pendant plus de trois ans, à travers les actions menées et les différentes étapes qu’ils ont traversées. C’est certainement une des grandes qualités de ce film de nous présenter des personnes qui, malgré le déni de reconnaissance des autorités gouvernementales dont elles sont victimes, affirment leur dignité par leurs actions et s’inscrivent dans une démarche citoyenne en dépit d’une citoyenneté formelle qui leur est refusée.

Actuellement, le gouvernement canadien maintient un sursis des mesures de renvoi (communément appelé moratoire) pour huit pays : Afghanistan, Burundi, Haïti, Irak, Liberia, République démocratique du Congo, Rwanda, Zimbabwe. Cependant, les ressortissants de ces pays, même s’ils sont protégés contre une déportation imminente, se trouvent souvent dans un vide juridique qui a des conséquences dramatiques et pénibles sur leurs conditions de vie. Ils sont séparés de leurs familles qui se trouvent outremer. Les étudiants ne peuvent pas poursuivre leurs études post-secondaires. Les travailleurs font face à des possibilités limitées d’emploi légal. Et ils n’ont accès qu’aux soins de santé d’urgence. Quelques milliers de personnes sont toujours dans cette situation.

 Pour compléter le visionnement du documentaire, nous vous invitons à consulter le site www.web.ca/ccr/viesensuspens.htm. On y retrouve les informations utiles pour comprendre la situation des personnes sous moratoire ainsi que la présentation des différentes actions de la campagne Des vies en suspens – qui demande au gouvernement de mettre fin à l’incertitude vécue par les personnes sans statut issues des pays sous moratoire en instaurant un programme de régularisation. C’est une façon de contribuer à ce que le drame vécu par les Algériens, à la suite de la levée du moratoire, ne se répète plus.

1    Réalisation : Malcolm Guy et Eylem Kaftan; Production : Multi-Monde, Québec, 2006, 53 min.

 


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