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Pourquoi avoir offert le sanctuaire à  des réfugiés palestiniens?

Publié le 2 juin 2004
Par : Maya Antaki

Depuis le 30 janvier 2004, trois Palestiniens ont trouvé refuge à l’église catholique Notre-Dame de Grâce, après avoir reçu un ordre de déportation de Citoyenneté et Immigration Canada. Avant de les accueillir, le conseil pastoral de la paroisse a  pris le temps de rencontrer les trois membres de la famille Ayoub et leur avocate, Maître Sabine Venturelli. Les membres du conseil ont aussi étudié attentivement leurs dossiers pen­dant quelques semaines. La protection évidente dont avait besoin cette famille et les dangers qu’entraînait le refus de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié (CISR) ont amené la communauté chrétienne à accepter que leur église serve de sanctuaire pour ces réfugiés palestiniens posant ainsi un geste de désobéissance civile. Cette opposition à une décision rendue par le système d’immigration trouve son sens dans les valeurs évangéliques qui animent les paroissiens.

Au moment de la création de l’État d’Israël en 1948, il y a eu un exode de la population arabe de Palestine vers les pays voisins : la Jordanie, la Syrie et le Liban. Ces Palestiniens se sont installés dans ces pays pour une période qui se voulait provisoire, estimée alors à quelques semaines. Pourtant, cette situation provisoire dure encore aujourd’hui. Ainsi, la famille Ayoub s’est réfugiée au Liban alors que Nabih et Khalil Ayoub avaient respectivement 13 ans et 11 ans. De 1948 jusqu’à aujourd’hui, soit durant plus d’un demi-siècle, ils ont vécu la vie de réfugiés.

La situation particulière des réfugiés palestiniens

Les Ayoub sont des réfugiés palestiniens du Liban et, à ce titre, ils sont des personnes apatrides. Ils n’ont pas de nationalité et ils n’ont pas de pays. Ils ne possèdent qu’un document de voyage comme preuve d’identité. Selon Amnistie internationale : « Dans le droit international, les apatrides sont considérés comme la caté­gorie d’étrangers la plus vulné­rable parce que c’est la nationalité qui est le principal lien entre l’individu et les droits. Sans nationalité, les Palestiniens du Liban se retrouvent donc sans droits, ni protection légale, ni pro­tection juridique ».

Les réfugiés palestiniens ne relèvent pas du mandat de protec­tion confié au Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR). Les Nations-Unies ont plutôt mis sur pied un autre organisme, l’UNRWA (United Nations Relief Work Assistance), pour venir en aide aux Palestiniens au plan de leurs besoins de base. D’une part, les fonds de l’UNRWA ont drama­tiquement diminué au cours des dernières années, rendant difficile la réalisation de ce mandat. D’autre part, rien n’a été prévu pour assurer la protection et la défense des droits des réfugiés palestiniens.

Pendant 56 ans, ces réfugiés ont donc connu la guerre, la déporta­tion, la vie infernale dans les camps et dans des abris de for­tune où les conditions de vie sont inhumaines. La vie des Ayoub est donc une vie de souffrances mar­quée par l’humiliation et la dis­crimination.

Leur renvoi vers le Liban est d’autant plus inacceptable qu’il n’y a pas de place pour eux dans les camps. En effet, deux ordon­nances du gouvernement libanais, enjoignant à des occupants de l’ancien abri du père des Ayoub au camp de Dbayeh de quitter les lieux et de remettre l’abri paternel à la famille, n’ont jamais été exé­cutées. Ces faits contredisent l’af­firmation du commissaire de la CISR, qui a refusé de leur accorder le statut de réfugié au Canada, sous le prétexte que les Ayoub peuvent retourner au camp palestinien de Dbayeh. Ce camp leur est pourtant inaccessible.

Nous pensons que les Ayoub ont été victimes d’une grande injus­tice. Ils se sont vus refuser le statut de réfugié, eux qui sont des réfugiés, eux qui vivent la vie de réfugiés depuis déjà 56 ans.

Les motivations de la paroisse catholique

C’est en s’appuyant sur toutes ces raisons que la paroisse Notre-Dame de Grâce a décidé de don­ner asile aux Ayoub.

Contrairement à ce que laissent entendre les récents propos de Mme Sgro, il n’y a pas de véritable appel des décisions qui sont arbi­traires ou erronées. Suite au refus d’accorder le statut de réfugié par le seul commissaire qui entend leur demande, les réfugiés ont accès à des recours limités et aucune instance ne révise leur cause sur le fond. Notre Église a donc offert l’asile aux Ayoub pour leur permettre de faire valoir à nouveau leur besoin d’être pro­tégés sans risquer la déportation.

Même si notre geste d’accueillir la famille Ayoub paraît aller à l’en­contre de la loi et des autorités en place, il s’agit pour nous d’af­firmer le respect des droits fonda­mentaux des personnes les plus vulnérables comme le sont ces réfugiés palestiniens. Par ce geste, nous venons rappeler à notre gouvernement que les valeurs religieuses qui nous habitent recoupent les valeurs qui sont à l’origine de notre démocratie moderne. La communauté chré­tienne n’est pas seule à soutenir ces réfugiés comme en témoi­gnent les 10,000 signatures d’ap­pui que nous avons recueillies.

Les souffrances des Ayoub

Les Ayoub ont accueilli la déci­sion de la CISR comme une con­damnation à mort. Ils se considè­rent comme des condamnés en sursis. Depuis six mois, ils vivent dans la peur d’être arrêtés, dans la peur d’être renvoyés aux Etats-Unis où ils seraient détenus avec les prisonniers de droit commun avant d’être renvoyés au Liban. Cette peur est insoutenable sur le plan psychologique. Les Ayoub ont assez enduré de souffrances depuis 56 ans. Il est temps de met­tre fin à leurs souffrances.
Comme citoyens, nous voulons que le gouvernement prenne ses responsabilités et qu’il mette en place les mesures nécessaires pour bien protéger tous les réfugiés qui sont dans une situation de grande vulnérabilité. Il en a le devoir.

Nous demandons aussi au gou­vernement de prendre les moyens pour régler au plus vite les situations inhumaines, comme celle des trois réfugiés palestiniens accueillis dans notre église, afin qu’ils puissent enfin vivre dans la dignité, dans notre pays réputé pour ses traditions humanitaires. •

Deux documents récents de l’Église catholique traitent de façon pertinente des enjeux d’immigration et des défis que doivent relever les croyants.

Le comité épiscopal des migrations et des gens du voyage de la Conférence des Évêques de France vient de pub­lier le document « Quand l’étranger frappe à ta porte ».  Le dossier de 60 pages aborde les principaux enjeux des migrations aujourd’hui en s’attardant particulièrement aux réalités des demandeurs d’asile et des sans-papier. Le comité épiscopal propose aussi une réflexion sur l’action des chrétiens dans une telle conjoncture. Elle met en évi­dence la dimension politique du message évangélique qui peut même conduire à poser des gestes de désobéis­sance civile. Le document peut être commandé au coût de 8 euros au Service national de la pastorale des migrants, 269bis, rue du Faubourg Saint-Antoine, 75011 Paris, France.

Le Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement vient de rédiger une toute nouvelle instruction intitulée « La charité envers les migrants ». Ce document réitère l’engagement de l’Église dans l’accueil, l’accompagnement et la défense des personnes immigrantes. Le texte s’intéresse particulièrement aux besoins pastoraux des migrants en les situant dans un contexte plus global de transformations à l’échelle interna­tionale qui entraînent des déplacements croissants des personnes un peu partout à travers le monde. L’instruction romaine invite tous les croyants à développer une culture de solidarité. On peut trouver le document dans La Documentation catholique du 18 juillet 2004, no 2318.

Note

1. L’auteure est membre de la paroisse catholique Notre-Dame de Grâce et de la Coalition contre la déportation des réfugiés palestiniens.

 


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