DOSSIER : - Voix du Sud regards du Nord sur les migrations

Les migrations au coeur de la Compagnie de Jésus
Publié le 2 janvier 2008Par : Daniel LeBlond
Les migrations au cœur de la Compagnie de Jésus
Extraits de l’allocution de bienvenue
Daniel LeBlond, S.J.1
Le Centre justice et foi est une œuvre de la Compagnie de Jésus, dont le premier directeur a été le regretté père Julien Harvey, ce géant de l’analyse des questions sociales qui savait unir ses connaissances de spécialiste de la Bible aux situations vécues au cœur des sociétés contemporaines. […]
Au cours des vingt-cinq ans de son activité de réflexion et d’implication, les préoccupations ou les priorités du CJF ont certainement évolué, quoique le besoin d’un regard critique sur les structures sociales, politiques, économiques, culturelles et religieuses de notre société ait assurément perduré durant cette période. […]
Très tôt dans son histoire, le Centre, qui s’intéressait au développement et à l’avenir de la société québécoise, a identifié les questions liées au « vivre ensemble » de personnes depuis longtemps enracinées ici et qui venaient trouver chez nous un nouveau départ pour elles et pour leur famille. Ce « secteur » a pris le nom de « vivre ensemble ». […] Ses champs d’intervention sont l’attention au pluralisme dans la société québécoise, les migrations internationales, et la protection des réfugiés et la pastorale interculturelle.
[…] Le CJF a 25 ans. Il a donc été fondé trois ans seulement après l’une des œuvres les plus remarquables que nous ait laissées l’ancien supérieur général des jésuites, le père Pedro Arrupe : Le Service jésuite pour les réfugiés. C’est en effet en 1980 qu’a été créé ce « service » considéré comme urgent dans le contexte de l’époque où, à la fin des années 70, un grand nombre de « boat people » se retrouvaient en attente d’accueil dans des camps de réfugiés en Asie, mais aussi ailleurs dans le monde. Le Service jésuite pour les réfugiés a été mis sur pied pour répondre aux besoins spirituels et matériels des réfugiés de cette époque. Au début, on ne savait pas si le besoin perdurerait, mais les déplacements forcés n’ayant cessé d’augmenter dans les années 80, le JRS (comme on l’appelle souvent à partir de ses initiales anglaises) a dû plusieurs fois réaffirmer son engagement en faveur des réfugiés. (voir encadré p. 3).
[…]Dix ans plus tard, dans une autre lettre envoyée par le successeur du père Arrupe, le père Peter Hans Kolvenbach pour marquer le 20ème anniversaire du Service jésuite pour les réfugiés, celui-ci a confirmé la mission du JRS comme une œuvre apostolique internationale faisant partie intégrante de l’apostolat social de la Compagnie de Jésus. La lettre annonçait également une nouvelle charte et de nouvelles directives pour le JRS. On pouvait lire : « La nouvelle Charte et les nouvelles directives du JRS précisent sa mission et son identité. Elles proposent également des critères de discernement pour les interventions du JRS: quand et comment intervenir pour aider les réfugiés et les déplacés… Ces documents, qui s’appuient sur vingt ans d’expérience sur le terrain et sur le partenariat avec les autres agences humanitaires, présentent ce que le JRS a appris des autres personnes engagées sur le terrain et des réfugiés eux-mêmes ».
C’est donc dans ce contexte que la Province du Canada français s’est peu à peu intéressée aux questions liées aux réfugiés. Ce fut tout d’abord par un appui à des réfugiés qui arrivaient chez nous au Canada. Plusieurs de nos confrères ont dédié énergie et temps à cet accueil. Plus précisément, notre « Bureau des missions » s’est engagé dans le programme de parrainage qui a permis d’accueillir au pays des centaines de réfugiés ou de membres de leurs familles immédiates. Cet engagement jésuite dans le parrainage existe encore et a été récemment reconnu par le ministère de l’Immigration du Québec comme celui d’un partenaire de premier ordre.
[…] José Nunez en République dominicaine, nos jésuites Pérard, Kénel et Ramiro à Ouanaminthe, tout comme tant de nos confrères dans de nombreux pays où se vivent des déplacements importants de populations, sont des témoins de cet engagement fort qu’a la Compagnie de Jésus universelle et les jésuites de toutes les parties du monde, en faveur des droits des migrants, des personnes qui vivent souvent des situations d’insécurité, de pauvreté, de non-reconnaissance de leur dignité. Et, il faut le souligner, ces jésuites ne travaillent pas seuls : partout un grand nombre de laïques compétents ont des responsabilités importantes à tous les niveaux dans ces entreprises, centres, réseaux jésuites. […]
Les jésuites ont un engagement prioritaire en faveur des réfugiés et des migrants. Durant ce colloque où nous entendons des voix du Sud en même temps que nous portons un regard du nord sur cette réalité des migrations, je suis heureux et fier que notre centre social, le Centre justice et foi, […] nous propose une réalité qui n’est pas que « sujet d’étude » ou de dissertation, mais qui est le lot de tant de personnes humaines qui ont besoin de sentir notre proximité.
Notes
1. Provincial des jésuites de la Province du Canada français et d’Haïti depuis 2004