DOSSIER : - Luttes et espoirs de la communauté haïtienne

Le Service jésuite pour les migrants et les réfugiés en Haïti depuis le séisme
Publié le 2 juin 2010Par : Élisabeth Garant
Au cours des dix dernières années, le SJRM-Haïti avait concentré ses activités dans la région du Nord-Est, plus particulièrement sur la zone frontalière avec la République dominicaine à la hauteur de Ouanaminthe et Dajabòn. Solidarité frontalière y réalisait un travail d’accompagnement et de défense de droits auprès des rapatriés haïtiens de la République dominicaine ainsi que des efforts de rétention de la migration dans la zone(2).
Le tremblement de terre du 12 janvier 2010, qui a produit un grand nombre de déplacés internes, vient de modifier profondément le travail que réalisait le SJRM en Haïti. La migration est encore plus clairement devenue un enjeu prioritaire pour l’action sociale de la Compagnie de Jésus sur ce territoire. Depuis le séisme, des énergies sont donc mobilisées pour établir peu à peu les bases d’une action nationale du SJRM. On va créer un bureau à la capitale permettant de faire un travail d’incidence politique et de défense de droits, mais aussi on va ajouter un pôle d’intervention dans les camps de déplacés de Port-au-Prince.
La terrible catastrophe a en effet entraîné à Port-au-Prince la création d’une multitude de camps de fortune sur toutes les parcelles de terrain vague de la capitale où s’entassent quelques centaines, voire plusieurs milliers de tentes. C’est dans ces tentes, bien souvent dressées avec quelques bâtons et des couvertures, que se sont réfugiés les sinistrés qui ont tout perdu, mais aussi d’autres personnes très démunies qui ont intégré les camps pour parvenir à recevoir une petite partie de l’aide humanitaire.
Les Jésuites d’Haïti, grâce à l’aide immédiate du SJRM dominicain mais aussi des autres provinces jésuites, ont pu mettre en place pour les victimes de certains quartiers de la capitale, une aide d’urgence principalement alimentaire et médicale. Leur action s’est progressivement concentrée dans sept camps de déplacés auxquels ils fournissent une partie de l’aide d’urgence et où ils accompagnent le processus d’organisation des camps. Bien que ces camps soient provisoires et risquent d’être relocalisés au cours des prochaines semaines, l’accompagnement de ces populations va probablement se poursuivre encore très longtemps, compte tenu de la lenteur indécente de toutes les initiatives de réorganisation et de reconstruction de la vie à Port-au-Prince. Cela est en partie causé par l’absence complète de leadership gouvernemental haïtien, mais aussi à cause de la dynamique des organisations internationales.
L’intervention jésuite dans les camps se réalise en collaboration étroite avec l’œuvre Foi et Joie qui est un réseau d’écoles en milieux défavorisés implanté par les jésuites dans plusieurs pays d’Amérique latine et qui privilégie une approche éducative de conscientisation et de participation du milieu. Dans la situation actuelle des camps de sinistrés, il est urgent de regrouper et d’occuper les enfants mais aussi de leur offrir le seul outil qui pourra peut-être faire une différence pour ouvrir l’avenir : l’éducation.
Par ailleurs, le séisme a aussi amené des centaines de milliers de déplacés dans toutes les régions du pays. Ils ont trouvé refuge auprès de leurs familles ou ont fui en direction du premier transport disponible pour quitter l’horreur d’une ville détruite. L’aide internationale étant principalement concentrée dans la capitale, l’accueil de cette population déplacée repose jusqu’à maintenant principalement sur la solidarité locale. Cette réalité a évidemment touché la zone de Ouanaminthe dans le Nord-Ouest où intervient l’organisation Solidarité Frontalière du SJRM qui a eu à apporter des secours d’urgence à des sinistrés et gérer les conséquences d’une recrudescence de passages vers la République dominicaine.
L’aide d’urgence, acheminée depuis janvier dernier entre Santo Domingo et Port-au-Prince par les services jésuites de l’île, a permis de prendre connaissance des besoins importants d’accompagnement des migrants et des besoins des communautés locales à la frontière sud entre les deux pays. Les bases d’un travail pour la partie sud de la frontière se mettent actuellement en place dans la zone de Belladère (Haïti)-Jimani (RD). La proximité de la capitale haïtienne – à peine une heure et demie de route – fait de cette zone un passage privilégié pour traverser ou fuir vers la République dominicaine. Bien que la frontière a été temporairement ouverte pour assurer le passage de l’aide d’urgence au cours des semaines qui ont suivi le séisme, le contrôle a été remis en place depuis avec son lot de répression et d’abus envers les migrants de même que l’amplification du problème de la traite des femmes et des enfants à ce poste frontalier.
Cette intervention auprès des déplacés, migrants et rapatriés touche un enjeu majeur de la réalité haïtienne puisqu’on évalue à plus de deux millions de personnes les Haïtiens de la diaspora et que le séisme a entraîné plus d’un million de sans-abri dont plus de 600 000 personnes qui se sont déplacés vers les provinces.
Notes
1 L’auteure est directrice du Centre justice et foi.
2 Pour plus de détails, voir article de Lissaint Antoine, « Solidarité frontalière », bulletin Vivre ensemble, vol. 14, no. 49, Hiver 2007.