DOSSIER : - Luttes et espoirs de la communauté haïtienne

Haïti: compassion et solidarité

Publié le 2 juin 2010
Par : Louise Dionne

Le séisme du 12 janvier en Haïti a eu des répercussions dramatiques pour la communauté haïtienne. Malgré les deuils et les inquiétudes, de nombreuses personnes se mobilisent pour aider les survivants. Au-delà de la communauté haïtienne, ou à travers elle, un grand nombre de personnes ont été touchées par cet événement. Le CJF en collaboration avec la Maison de l’Amitié a organisé une rencontre de solidarité et de réflexion dans la foulée des conséquences du séisme.

Après une courte prière et la lecture d’un passage de Mathieu (25, 34-40) sur l’accueil des étrangers, l’activité a débuté par les témoignages d’une communauté qui a organisé une célébration œcuménique en solidarité avec le peuple haïtien. François Godbout, agent de pastorale sociale du diocèse de Montréal pour le quartier Ahuntsic et trois pasteurs témoignent de cette expérience de solidarité.

François Godbout rappelle que, peu de temps après le séisme, de nombreuses personnes exprimaient un besoin de partage et d’autres voulaient soutenir ceux et celles qui, dans la tourmente du séisme et des urgences, n’avaient pas le temps de s’arrêter et de prendre soin de leur deuil.

Le dimanche 31 janvier, en solidarité avec le peuple haïtien et les familles haïtiennes du quartier Ahuntsic, plus de 400 personnes ont participé à une célébration œcuménique à l’église St-Paul-de-la-Croix. Cette initiative regroupait non seulement les curés de plusieurs paroisses du quartier, mais aussi les pasteurs d’églises chrétiennes. Ce rassemblement a marqué le début d’une belle solidarité avec les Haïtiens éprouvés.

Le pasteur Mwinda Lezoka, de la communauté chrétienne Bethel, précise que les témoignages entendus lors de la cérémonie ont particulièrement marqué sa mémoire. Pour lui, ces témoignages révélaient les enjeux de justice et de foi. À son avis, le séisme a rendu plus visibles les injustices vécues par le peuple haïtien. Rappelant la grande pauvreté en Haïti, il souligne l’importance de réfléchir à l’histoire des Noirs et à leur condition sociale, souvent empreinte d’injustice. Cette rencontre fut pour lui une façon de se rappeler que « la foi impose de partager ce que la terre donne, ce que Dieu a donné à tous ».

Les propos de la pasteure Joëlle Constant nous rappellent que les cérémonies œcuméniques sont rares. Celle du 31 janvier fut une occasion d’être solidaire avec la communauté haïtienne. De même, Amanthe Estiverne mentionne sa joie d’avoir pu participer à cette cérémonie qui lui a permis de partager et de mieux comprendre l’ampleur de la catastrophe.

Après ces témoignages, les participants et les participantes s’expriment sur la façon dont le séisme les a touchés, puis l’échange porte sur les exemples d’action de solidarité envers la population d’Haïti qu’ils ont pu observer. Ensuite, ils commentent l’impact d’un tel événement sur la façon de voir leurs liens avec la communauté haïtienne d’ici et comment leur regard se trouve transformé sur les migrations et la façon d’accueillir les personnes migrantes en général.

Catastrophe, courage et persévérance

Des échanges fructueux et émouvants. Certaines personnes plus proches de la communauté témoignent de leur admiration devant le courage de ce peuple. D’autres encore sous le choc, écrasés par l’ampleur de la catastrophe, craignent les conséquences à long terme comme les pluies, les maladies, la famine, etc. Plusieurs personnes rappellent les inquiétudes observées dans la communauté haïtienne durant l’absence de nouvelles de leurs proches.

On exprime aussi plusieurs craintes que la catastrophe tombe dans l’oubli lorsque les médias passeront à une prochaine crise. Certains déplorent aussi la couverture médiatique parfois trop sensationnaliste au détriment des vrais enjeux, tels la pauvreté, la concurrence entre ONGs, la gouvernance… Dans tous les cas, tous et toutes constatent l’importance de la persévérance et l’urgence de demeurer solidaires. Ces solidarités ont resserré des liens et elles en créent de nouveaux, portés par l’espérance de faire bouger les gouvernements et d’améliorer la situation du peuple haïtien à plus ou moins long terme.

Plusieurs actions ont appelé nos gouvernements à faire preuve de générosité. Les gouvernements canadien et québécois ont annoncé des mesures spéciales visant à faciliter et à accélérer les procédures d’immigration. Pour plusieurs participants, les résultats de ces mesures se font toujours attendre.

Ces annonces d’ouverture et de flexibilité concernant les lois de l’immigration nous laissent songeurs. Plusieurs soulignent l’intransigeance des lois de l’immigration et les injustices vécues par les personnes migrantes même dans des situations aussi difficiles. Ils constatent que peu d’Haïtiens ont pu faire venir leurs familles, à cause des procédures toujours complexes et lentes. Les mesures proposées par le gouvernement du Québec demeurent peu accessibles pour les familles haïtiennes, à cause de frais et d’exigences financières trop élevés. Le gouvernement fédéral a bien ouvert la porte pour l’adoption d’enfants, mais il refuse d’accélérer les procédures en ce qui concerne la réunification des familles haïtiennes.

Des pistes d’action

Glen Smith, théologien directeur de Direction chrétienne, a accepté de partager ses réflexions, après avoir entendu les commentaires des ateliers. Son commentaire porte sur l’axe de l’action/réaction/action. Il rappelle que l’évènement a touché beaucoup de gens qui, comme lui, ont des liens avec Haïti. Il est un habitué d’Haïti, il y séjourne 3 à 4 fois par année depuis 1990.

Il raconte comment il a vécu l’annonce du séisme. Le 12 janvier dernier, il avait une épaule cassée et très douloureuse. La nouvelle de la catastrophe lui a complètement fait oublier sa douleur, davantage préoccupé par le sort des personnes en Haïti et l’absence de nouvelles de ses amis haïtiens. Toutefois, constate-t-il, il existe plusieurs façons de vivre l’inquiétude et la souffrance. Certains veulent se regrouper et partager leur souffrance, alors que d’autres trouvent le réconfort dans le silence. Il faut respecter cela.
 
Afin d’aller plus loin dans la réflexion, il propose quelques pistes d’action s’inscrivant dans la pratique œcuménique. Ses actions s’articulent autour de quatre axes. Voici les grandes lignes de sa réflexion :

1. Action en solidarité avec la souffrance.
L’absence de couverture médiatique par les grands médias ne doit pas nous faire oublier les besoins. Des réseaux d’information alternatifs existent, comme Radio-métropole disponible sur internet <www.metropolehaiti.com>. Le peuple haïtien est fort et résilient, mais très touché, il ne peut rebondir sans notre aide.

2. Faire preuve de vigilance.
Le séisme était prévisible. Plusieurs incidents annonçaient une catastrophe de ce genre, sans doute de moindre envergure, mais tout de même prévisible. Il faut une planification, revoir les infrastructures urbaines. Si certains, à l’instar du télé-évangéliste Pat Robertson, ont blâmé les Haïtiens pour leur impiété, alors que d’autres ont accusé l’absence de Dieu. peu de gens ont pointé du doigt la responsabilité humaine. Pourtant ce sont bien souvent les hommes qui contribuent à leur malheur par leur négligence et leur indifférence.

3. L’imputabilité des gouvernements.
Les autorités doivent être tenues de remplir leurs obligations et de respecter leurs engagements envers la population. Une règle qui s’applique tout autant aux gouvernements étrangers qu’à celui d’Haïti. Les gens doivent s’assurer que les gouvernements agissent en ce sens, tant au Canada qu’en Haïti.

4. L’immigration doit être une priorité.
Le gouvernement canadien a promis d’accueillir 5 500 Haïtiens. Peu d’Haïtiens ont pu bénéficier de ces promesses. Les gens sont inquiets pour les membres de leurs familles toujours en Haïti : s’impose donc l’urgence d’accélérer la réunification familiale et le processus d’examen des demandes. N’est pas moins importante la question des exigences et des frais trop lourds pour les familles. D’où la nécessité de continuer les pressions sur les gouvernements canadien et québécois pour les obliger à respecter leurs promesses.

La rencontre se termine par la relecture de Mathieu (25, 34-40), proclamée au début de l’activité. Puis, les participants et participantes sont invités à une prière inspirée des extraits d’un texte du père Godefroy Midy intitulé : Évangéliser Haïti pour une culture de vie.

En conclusion, les gens posent un geste d’amitié en solidarité avec la population haïtienne d’ici et de là-bas, en entonnant un chant tiré de la liturgie protestante : Laisserons-nous à notre table.


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