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Captive revolution. Palestinian women’s anti-colonial struggle within the Israeli prison system

Publié le 2 juin 2015
Par : Nahla Abdo

Cet entretien avec la sociologue palestinienne Nahla Abdo, portant sur les conditions de détention des femmes palestiniennes dans les prisons israéliennes, permet d’ouvrir une réflexion critique sur la prégnance d’un schème de pensée orientaliste dominant. Le travail d’enquête et de terrain réalisé par Nahla Abdo permet de prendre la mesure de la résistance des femmes palestiniennes. Celles-ci ne sont pas des victimes passives, mais des femmes actives et courageuses, notamment en dévoilant ce qui préside à l’institutionnalisation de la répression d’État israélienne. L’analyse proposée ici est imprégnée de courants de pensée féministes au diapason des réflexions critiques sur le colonialisme, le sexisme, le racisme et l’impérialisme. Une pensée qui ouvre plus largement sur les mécanismes qui président à la déshumanisation du peuple palestinien.

Vivre ensemble (V.E.) : Dans votre livre, vous mettez l’emphase sur la lutte des femmes palestiniennes détenues dans les prisons israéliennes, de la période allant des années 1960 à la fin des années 1980. Qu’est-ce que les conditions réservées à ces femmes nous disent de l’État israélien et de sa relation avec les populations non-juives?

Nahla Abdo (N.A.) : J’aborde plus spécifiquement le traitement infligé aux femmes prisonnières politiques palestiniennes par les autorités des institutions pénitentiaires israéliennes. Pour bien répondre à votre question, je tiens à clarifier certains concepts. Toutes les femmes palestiniennes et tous les hommes palestiniens en détention en Israël se considèrent comme des prisonniers politiques; les femmes se décrivent en termes de Monadelat (combattantes de la liberté) et non de prisonnières. Ce sont des femmes et des hommes qui ont été illégalement enlevés de leurs propres territoires, (lesTerritoires occupés), et placés dans des prisons d’État, un acte déjà considéré comme illégal selon le droit international. Dans presque tous les cas, les prisonniers politiques sont capturés, non pas par la police israélienne, mais plutôt par l’armée d’occupation : ils sont considérés comme « une menace à la sécurité ». Dans les camps de détention / prisons, les prisonniers politiques passent par deux étapes : la première est l’interrogatoire, la deuxième, après avoir été jugés et condamnés par un tribunal militaire, est l’emprisonnement aux côtés d’autres détenus politiques et parfois même de criminels.

Certaines des femmes avec qui j’ai eu des conversations ont passé des semaines, et même des mois, dans la phase initiale de la détention (détention administrative) où elles ont connu des formes horribles de violence. Celles-ci vont de la torture physique, à la torture mentale et psychologique, jusqu’à la violence sexuelle. Certains prisonniers palestiniens ou autres arabes non-juifs ont aussi subi des agressions sexuelles, des tentatives de viol et des viols. Le livre fournit des détails graphiques sur certains cas de torture sexuelle et de tentative de viol contre les femmes palestiniennes en détention.

En plus de ces formes de violence individuelle infligée au corps et à la dignité du prisonnier politique palestinien, les femmes doivent faire face à d’autres formes de racisme et de discrimination culturelle. Il est important de se rappeler que la prison en Israël est seulement une institution (parmi plusieurs) dans la structure de l’État d’Israël… un État racialisé basé sur une idéologie coloniale. Aujourd’hui comme hier, Israël traite les non-juifs, essentiellement les Palestiniens, comme des êtres humains inférieurs, il diabolise leur culture et leur religion, et il les déshumanise.
Les prisonnières politiques palestiniennes peuvent toujours s’attendre à un châtiment collectif d’Israël, ce qui peut prendre la forme de la destruction au bulldozer de leur maison familiale, de l’interdiction des visites familiales, ou encore de la torture des membres de la famille en présence de la prisonnière politique elle-même. En un mot, il n’est pas exagéré de dire que les politiques racistes et racialisées de l’État se reflètent également dans la plupart de ses institutions, en particulier l’institution pénitentiaire.

V.E. : À travers son système pénitencier Israël tend à imprimer la marque de sa domination sur le corps des femmes et des hommes palestiniens. Pourquoi un tel recours à la violence ?

N.A. : La littérature issue du féminisme critique regorge d’exemples qui mettent en évidence la violence d’État exercée au sein des colonies de peuplement contre le corps et la sexualité des femmes. Israël comme État colonial de peuplement ne fait pas exception. Les femmes sont traditionnellement considérées comme reproductrices de la nation et des symboles de la fierté nationale et de la survie. Elles représentent le noyau de la famille / nation et sont, en tant que telles, visées par ce que j’insiste pour appeler l’État colonial (de peuplement). Mes conversations avec les femmes palestiniennes, prisonnières politiques, font état du ciblage de leurs corps et de leur sexualité par les établissements pénitentiaires de l’État israélien. Les exactions physiques fréquentes faites aux femmes, soit la privation des serviettes hygiéniques pendant la menstruation, les agressions corporelles, la violence répétée, les agressions sexuelles, les tentatives de viol et le viol sont des formes de violence largement utilisés dans le système pénitentiaire d’Israël contre des femmes palestiniennes emprisonnées pour leurs idées politiques.

La perception israélienne orientaliste-raciste de la culture et de la famille palestinienne considère  les femmes comme le noyau de la famille. En déshumanisant ou en ne respectant pas les corps des femmes, on croit que la famille exercerait une pression sur elles pour les empêcher de résister au colonialisme. D’où l’usage de la violence physique contre les femmes comme outil de contrôle de la famille, et par conséquent de la nation, afin d’anéantir leur droit de résister à la colonisation et à l’occupation militaire. Captive Revolution présente des exemples où des mères et d’autres femmes sont incarcérées, interrogées et, dans certains cas, torturées devant des prisonnières politiques pour dissuader ces dernières de persister dans leur lutte.

V.E. : Quels sont les mouvements sociaux israéliens solidaires des détenues palestiniennes? Comment ces femmes les perçoivent-ils ?

N.A. : Pendant la période dont il est question dans mon livre Captive Revolution, plus exactement des années 1960 à la fin des années 1980 – années qui précèdent la première Intifada -, il y avait essentiellement un petit groupe de femmes israéliennes juives, soit le Comité juif en solidarité avec les prisonniers politiques palestiniens. L’idéologie sioniste hégémonique qui priorise la judéité aux dépens des non-juifs, incluant les Palestiniens autochtones, rendait quasi impossible pour les voix juives critiques l’expression de leur solidarité envers les prisonniers politiques palestiniens puisqu’ils étaient tous dépeints comme des terroristes et une menace à l’égard de la sécurité de l’État d’Israël. Le Comité juif en solidarité avec les prisonniers politiques palestiniens était constitué d’un petit groupe de femmes qui remplissaient essentiellement une fonction caritative, visitant les prisonniers politiques et, tel que le montre le livre, leur offrant certains présents.

En même temps, il y avait quelques braves et courageux citoyens juifs, parmi lesquels les avocates Felicia Langer et Leah Tsemel, qui ont joué un rôle capital dans la défense de nombreux prisonniers politiques, mues par la compassion et la conviction que les Palestiniens doivent être considérés comme des êtres humains d’égale dignité. Ces deux avocates étaient très critiques à l’égard de la logique de racialisation de l’État d’Israël et de ses institutions.

En tenant compte du fait que les avocats des Territoires occupés étaient confrontés à beaucoup de difficultés dans la défense des cas en Israël, ces avocates juives ont joué un rôle digne de louange à cette époque.

Ce n’est que plus tard, surtout pendant la première Intifada, qu’un certain nombre d’ONG israéliennes ont commencé à considérer la défense des détenus politiques palestiniens comme partie intégrante de leur travail de défense des droits humains. Parmi celles-ci, je mentionne le rôle de B’TSELEM, le Centre d’information israélien pour les droits humains dans les Territoires occupés.

Cette organisation a été mise sur pied en février 1989 par un groupe d’éminents universitaires, juges, journalistes et quelques membres de la Knesset, le Parlement israélien. Elle s’est donné comme tâche de documenter et de sensibiliser le grand public et les décideurs politiques sur les violations des droits humains dans les Territoires occupés. Elle s’attelle aussi à en dénoncer le déni prévalant au sein de la société israélienne, contribuant ainsi à créer une culture des droits humains en Israël.

B’TSELEM a beaucoup documenté le traitement réservé aux détenus politiques palestiniens dans les prisons israéliennes. Il a aussi mis en lumière les traitements infligés aux membres des familles des détenus par les autorités carcérales israéliennes en divulguant la nature des obstacles auxquels elles se butent lors des visites.

Au-delà de la société civile israélienne, on aura été témoins, au cours de la dernière décennie, de la croissance de la solidarité internationale à l’égard des prisonniers politiques palestiniens. Cette solidarité active est présente un peu partout dans le monde, y compris au Canada, parmi les organisations étudiantes et des groupes de défense des droits humains.

V.E. : Qu’est ce qui contribue à une vision plus critique et pluraliste de la solidarité?

N.A. : Les femmes et hommes palestiniens qui sont détenus et emprisonnés le sont en raison de leur lutte contre le colonialisme, l’occupation militaire ainsi que pour leur résistance face aux politiques racistes qu’Israël leur impose tant à l’intérieur des limites de la Ligne verte (1948)[1] que des Territoires occupés de Cisjordanie et Gaza. Cette lutte en est une pour l’indépendance, la liberté et les droits humains. Les luttes et mobilisations antiracistes et anticoloniales donnent fréquemment lieu, et ce partout dans le monde, à des mouvements de sympathie et à des élans de solidarité, peu importe la proximité culturelle et les affinités symboliques.

Les mouvements de masse et les manifestations que l’on a vus dans les différentes villes étasuniennes, à la suite des meurtres commis par d’ex-policiers blancs sur des hommes noirs – comme Bernard Bailey en Caroline du Sud et Michael Brown à Ferguson – sont des exemples concrets de cette solidarité agissante pour mettre fin à l’impunité et aux meurtres à caractère racistes. Il est intéressant de noter que parmi les groupes anti-racistes mobilisés pour contrer de telles politiques figurent les Juifs pour la justice raciale et économique. Ce qui montre qu’il n’est pas nécessaire d’être individuellement victime du colonialisme et d’injustices basées sur la race pour être solidaire avec les victimes.

Au Canada, des individus progressistes se montrent solidaires avec les populations autochtones relativement aux injustices et au traitement inhumain qu’on leur réserve, que ce soit dans le système carcéral ou à l’extérieur de celui-ci. La montée de la campagne de Boycottage, désinvestissement et sanctions (BDS) d’Israël est un autre exemple concret du succès international de la solidarité avec le peuple palestinien. Il y a donc une sorte d’internationalisation de la solidarité agissant en matière d’anti-racisme.

Notre solidarité avec les peuples vivants dans des conditions difficiles et sous la violence coloniale, dans les États occupés comme la Palestine, fait appel à notre humanité et interpelle nos convictions pour la justice sociale et la liberté. Il faut comprendre que les intérêts stratégiques à long terme des États occidentaux avec Israël, incluant ceux de l’Amérique du Nord, ont accentué la victimisation des Palestiniens qui sont surtout considérés comme des terroristes et non comme un peuple luttant pour la justice et les droits de la personne.

Toutefois, la recherche d’un modèle de justice et d’humanisme n’est pas une préoccupation des institutions étatiques et officielles, mais plutôt de la société civile et des gens ordinaires, soucieux d’égalité entre tous les humains peu importe leur religion, leur origine ethnique ou leurs croyances. L’argument voulant que nous ayons tendance à être solidaires d’abord avec les personnes qui pensent comme nous, qui partagent notre vision du monde, est très problématique. Il sous-tend que les Palestiniens ou d’autres victimes d’injustice et de violence sont différents de « nous » et ne partagent pas notre vision du monde. Or, dans les faits, les Palestiniens, comme tous les peuples autochtones du monde, sont victimes de colonialisme, de violence et d’injustice et, comme nous, ils cherchent à améliorer leur condition et à vivre dans une vraie démocratie,  où existe un système de justice sociale qui respecte leurs droits en tant qu’êtres humains.

V.E. : Comment les attributs culturels et religieux des États occidentaux et de leurs dirigeants déterminent leurs rapports avec Israël et les Palestiniens ?

N.A. : Dès 1979, dans son livre La question de la Palestine, Edward Saïd avait compris le système de pensée raciste orientaliste présent en Occident, en particulier dans les milieux officiels nord-américains quand vient le temps de transiger avec les Arabes, les musulmans et plus encore les Palestiniens. Depuis lors, des recherches approfondies ont été menées sur la culture orientaliste de l’Occident, y compris au sein du mouvement féministe, en particulier sur la façon dont les Arabes et les musulmans, avec un accent particulier sur les Palestiniens, sont considérés. Dans Captive Revolution, je consacre tout un chapitre à expliquer le bagage culturel ou plutôt l’idéologie de l’impérialisme qui a joué un rôle hégémonique dans les écrits sur les Arabes et les Palestiniens. Les mantras culturels et religieux occidentaux ont toujours placé les motifs de la victimisation des femmes palestiniennes sur le compte de leur propre culture, religion et hommes, et ils n’ont jamais soulevé le rôle du colonialisme de peuplement israélien dans l’oppression et l’assujettissement des Palestiniens.

Tous les Palestiniens, qu’ils résident dans l’État d’Israël ou qu’ils habitent les Territoires occupés de Cisjordanie ou de la bande de Gaza, étaient et continuent d’être déshumanisés autant par l’occupant (Israël) que par la plupart des pays occidentaux, spécialement par leurs représentants officiels. Comme mentionné plus tôt, depuis son établissement sur les ruines de la société et de l’économie palestiniennes, depuis la Nakba (de l’arabe pour catastrophe) et la destruction d’environ 500 villages palestiniens, Israël n’a eu de cesse de vouloir éradiquer la Palestine et les Palestiniens de la carte, proclamant la Palestine/Israël comme juive. Malgré les injustices flagrantes et la déshumanisation inhérente à ce type de politiques, les liens indéfectibles entre Israël et les pays occidentaux, notamment ceux d’Amérique du Nord, ont permis d’instiller une réalité dans laquelle la criminalisation de la victime palestinienne mène à présenter Israël comme la victime des Arabes.

L’histoire de cette fabrication remonte à loin et ne peut être discutée suffisamment ici. Il est tout de même impératif de préciser qu’Israël se présente depuis 1948 comme un allié stratégique puissant capable de tenir sous contrôle les Arabes de la région, notamment en étendant son territoire par des agressions militaires, d’une part, et par la violence ou l’élimination de toute voix critique, d’autre part. Sans surprise, ce récit s’étend jusqu’ici, au Canada, alors que notre milieu académique est confronté à plusieurs formes de « mises sous silence » qui nous empêchent de critiquer l’État d’Israël. À travers sa campagne de Hasbara (de l’hébreu pour explication ou propagande) et le rôle de diverses organisations sionistes présentes dans plusieurs universités canadiennes et américaines, la critique de l’État d’Israël et de ses politiques racistes ont été labellisées comme de l’antisémitisme. Même les voix juives critiques de l’État d’Israël ne peuvent échapper à de telles campagnes, tant elles sont représentées comme des organisations traitresses. L’expérience d’une d’entre elles, les Voix juives internationales, n’est qu’un exemple parmi d’autres.

V.E. : Lors de la dernière opération israélienne dans la bande de Gaza, nos médias ont mis les projecteurs sur les femmes et les enfants victimes, mais très peu d’emphase sur les victimes de sexe masculin. Qu’est-ce qui peut expliquer cela?

N.A. : On peut interpréter la couverture par les médias occidentaux de cette sauvage agression militaire d’Israël contre Gaza (agression qui ne sera probablement pas la dernière) de diverses manières. À partir de la couverture faite par les principaux médias d’Amérique du Nord et d’Europe, on peut clairement voir le caractère unilatéral de la présentation du conflit. C’est la plupart du temps la version israélienne qui est reprise et largement diffusée ici en Occident, alors qu’au mieux les récits et les images mis en circulation traitent de façon symétrique les victimes palestiniennes de Gaza et leur agresseur israélien. Le mutisme officiel exhibé par l’Occident devant le massacre de milliers de Palestiniens avec autant de blessés, aussi bien femmes, hommes et enfants, devant la destruction de milliers d’habitations et devant les bombardements israéliens d’écoles de l’ONU qui servaient de refuges aux civils était tout simplement assourdissant.

Très similaires aux autres incursions militaires d’Israël dans la Bande de Gaza, cette dernière invasion a cependant vu une escalade dans la perpétuation de crimes contre l’humanité. Dans un récent rapport (5 novembre 2014), Amnistie internationale signalait une « impitoyable indifférence » de la part des forces armées israéliennes dans leurs attaques meurtrières contre des habitations familiales à Gaza. D’après ce rapport, « Les forces israéliennes ont effrontément bafoué les règles de guerre en menant une série d’attaques sur des habitations civiles, montrant une impitoyable indifférence par rapport au carnage ainsi causé ».

Selon Philippe Luther, directeur de programme pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnistie internationale, « le rapport expose un modèle d’attaque menée contre les habitations civiles par les forces israéliennes qui témoigne d’un choquant dédain pour la vie des civils palestiniens, qui n’étaient pas prévenus au préalable des attaques et qui n’avaient aucune chance de s’enfuir ». Cela explique et justifie, partiellement, l’accent mis en Occident sur les femmes et les enfants parmi les victimes. Après tout, dans les conflits militaires, on perçoit souvent les hommes comme violents (les combattants) tandis que les femmes et les enfants sont considérés comme « civils ». Toutefois, cette vision doit être nuancée. Dans le cas de l’agression israélienne, tous les palestiniens – femmes, hommes et enfants – sont, à la base, des civils. Contrairement à Israël où tous les citoyens juifs de 18 ans et plus sont membres de l’institution militaire, les Palestiniens, eux, n’ont pas d’armée. La résistance palestinienne est basée sur le volontariat et les résistants sont des guérilleros et non des militaires professionnels. Évidemment, cette réalité n’est pas celle à laquelle les Occidentaux veulent adhérer. Dans le regard occidental dominant, les hommes[2] palestiniens sont trop souvent vus comme des terroristes, leur assassinat est justifié et, donc, ils ne sauraient être perçus comme des civils.

V.E. : la Résolution 194 de l’ONU sur le droit de retour des réfugiés constitue un levier politique fondé sur le droit international pour les Palestiniens. Quelle est, en la matière, le devoir de ce qui est communément appelé la « communauté internationale », compte-tenu de sa responsabilité historique dans la création de l’État israélien?

N.A. : C’est une excellente question pour plusieurs raisons. D’abord, il est important de rappeler que la résolution 194 de l’Assemblée générale de l’ONU adoptée le 11 décembre 1948 visait à être un outil légitime en vue de restaurer pour les Palestiniens leur droit au retour dans leurs maisons, leurs terres et leurs lieux de naissance. L’importance de cette résolution, c’est qu’elle peut rendre justice à, environ, sept millions de réfugiés palestiniens résidant à l’extérieur de la Palestine de 1948, de même qu’en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza.

Cette question est aussi importante car elle place la responsabilité du déplacement de millions de Palestiniens non seulement sur l’État sioniste, mais aussi sur les gouvernements occidentaux qui ont soutenu la création d’Israël sur les ruines des Palestiniens. Aujourd’hui, après de nombreuses années de guerre et de destruction, après la Nakba et la continuelle dépossession des Palestiniens et, encore plus important, l’échec du processus d’Oslo en vue d’implanter la paix dans la région, nous avons besoin de construire une entraide et une solidarité internationale qui mettra une  pression suffisamment forte sur Israël pour le pousser à transformer ses fondements d’un État juif racialisé et d’apartheid en ceux d’une réelle démocratie non seulement pour ses citoyens juifs, mais aussi pour tous les Palestiniens qui étaient et sont toujours les habitants indigènes de Palestine/Israël.

Une fois de plus, Oslo et la soi-disant solution des deux États ont abouti à une profonde impasse à cause de l’agressive et continuelle politique de colonisation d’Israël, de son maintien continuel d’une ségrégation raciale, de sa volonté répétée de vider Jérusalem et de l’annexer comme partie du territoire israélien et de son mépris total tant face aux millions de réfugiés qu’il a engendrés qu’envers le droit international. Ici, et comme beaucoup d’individus qui cherchent à travers le monde la justice et le progrès, je propose de mettre fin à Israël en tant qu’État d’apartheid ainsi qu’à sa nature ségrégationniste et raciste. La fin de ces pratiques et politiques racistes pourra permettre l’établissement d’un État démocratique avec égalité des droits aussi bien pour les citoyens juifs que palestiniens. La solution à un seul État à la question de Palestine/Israël est la meilleure option non seulement en garantissant la juste coexistence entre deux peuples, mais aussi l’existence des deux peuples, comme égaux au niveau constitutionnel, juridique et pratique dans un État qui pourra se nommer n’importe comment en autant que ses peuples légitimes y vivent ensemble en égaux.

Entretien réalisé et traduit par Mouloud Idir et Michaël Séguin

 


[2] Maya Mikdashi, « Can Palestinian men be victims? Gendering Israel’s war in Gaza », Jadaliyya, 23 juillet 2014. Texte à lire sous ce lien : http://www.jadaliyya.com/pages/index/18644/can-palestinian-menbe-%20victimsgendering-israels-w

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