DOSSIER : - Luttes et espoirs de la communauté haïtienne

École Foie et Joie d’Haïti

Publié le 2 juin 2010
Par : Ramiro Pàmpols

Le mouvement Foi et Joie (Fe y Alegría) a vu le jour au Venezuela, il y a plus de cinquante ans, à l’initiative de jésuites et de groupes universitaires. Il est maintenant répandu dans beaucoup de pays d’Amérique latine. Il propose un projet pédagogique alternatif fondé sur l’éducation populaire et l’implication de la communauté locale dans des initiatives sociales en vue d’améliorer ses conditions de vie.

Depuis 2006, ce mouvement éducatif est présent en Haïti. Il s’est établi aux deux extrémités du pays : dans le département du Nord-Est, à Bédoue, et dans le département de l’Ouest, à Balan. Dans les deux endroits, il offre les cours primaires dans de belles et nouvelles salles de classe qui accueillent plus de 500 élèves. Parmi ceux-ci, certains vivent – ou survivent – dans les montagnes de Bédoue; d’autres dans la région semi-désertique de Balan, sur les bords du lac Azueï, à 60 km de Port-au-Prince.

Les professeurs proviennent des communautés locales. On en compte trente, si on inclut ceux et celles qui ont participé aux ateliers de formation pédagogique l’an dernier.

Foi et Joie porte un grand intérêt aux communautés locales, car elles sont un élément essentiel de son programme éducatif. Ce sont des communautés essentiellement paysannes, sans commerce formel, où les hommes cultivent les champs ou s’adonnent à la pêche. On y mène un genre de vie rudimentaire : sans eau potable ni électricité, ni services de base, seulement un modeste dispensaire à Balan. Ce sont des communautés éloignées de tout. Pour arriver au plus proche village, les gens doivent parcourir de longues distances sur des routes impraticables, surtout dans le cas de Balan. En temps de pluies, les deux écoles restent inaccessibles.

Cet isolement géographique n’est pas la seule difficulté à surmonter. Il y a aussi la méconnaissance du projet éducatif particulier de Foi et Joie de la part de la population habituée à un enseignementfortement traditionnel. Une autre difficulté réside dans le manque d’implication des hommes dans le fonctionnement de l’école. Quand une réunion est convoquée pour mettre sur pied un comité de parents, il est assuré que les femmes y viendront, mais les pères de famille n’en voient nullement la nécessité. Déjà, laisser leurs enfants fréquenter l’école constitue souvent un défi pour eux.

Mais ces différents obstacles à une pédagogie dynamique où tous sont invités à s’impliquer activement sont l’occasion de faire progresser les choses. De fait, les parents comprennent peu à peu qu’il s’agit d’un modèle nouveau d’éducation « populaire et intégral », qui prend en compte les personnes dans leur individualité, incluant leurs liens familiaux et communautaires.

Foi et Joie ne veut pas seulement ouvrir de nouvelles écoles là où il n’y en a pas, il veut créer une école d’un type nouveau en ce qui a trait à la pédagogie et aux méthodes d’enseignement. Il vise aussi à diffuser sa politique d’éducation et d’intégration, parmi des écoles en situation de grande précarité, choisies même dans les bidonvilles, dans le but de créer un vaste réseau d’accompagnement. Ce réseau se constitue grâce à des ateliers de formation offerts aux enseignants de ces écoles.

En 2008-2009, 48 professeurs de plus se sont incorporés à nos ateliers de formation destinés aux enseignants. Ce qui fait 78 professeurs au total, les derniers venant de 5 écoles d’une région très étendue et pauvre, Kazal, située à 50 km de Port-au-Prince. Une fois la formation terminée, Foi et Joie « accompagne » aussi les écoles. Grâce à cet élargissement, le réseau compte maintenant 1671 élèves.

Il s’agit là d’une voie prometteuse pour améliorer à travers tout le pays les méthodes d’enseignement à plusieurs égards déficientes et désuètes.


Notes

1 Cet article est déjà paru dans la revue Relations, no 735, septembre 2009.
2 L’auteur, jésuite et ancien prêtre ouvrier catalan, était directeur adjoint de Foi et Joie Haïti .


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