DOSSIER : - Voix du Sud regards du Nord sur les migrations

Les États-Unis et l’immigration

Publié le 2 janvier 2008
Par : Jill Marie Gerschutz

Ce texte reprend quelques éléments de la conférence présentée lors du colloque Voix du Sud, regards du Nord sur les migrations par Jill Marie Gerschutz déléguée aux questions politiques de la Conférence jésuite des États-Unis.

L’identité étasunienne repose sur les différentes vagues d’immigration. Cependant, il semble qu’au cour des dernières années, une amnésie collective se soit emparée des autorités malgré la diversité des origines de ceux et celles qui composent la société étasunienne.

En 2005, l’United States Conference of Catholic Bishops et une quinzaine d’organisations catholiques ont lancé la campagne Justice pour les immigrants (Justice for Immigrants Campaign)[1]. Cette campagne voulait sensibiliser les catholiques et la population des États-Unis aux enjeux touchant l’immigration et demandait d’importants changements législatifs dans la gestion de l’immigration aux États-Unis. Les catholiques ont une préoccupation pour les questions d’immigration car plusieurs sont issues des récentes vagues d’immigration. Ainsi la communauté catholique a constaté l’importance de soutenir les nouveaux arrivants et de les aider à s’organiser.

Une terre d’immigration

Dès l’Indépendance, les États-Unis ont favorisé une immigration de travailleurs. D’abord l’immigration issue de la traite d’esclaves venant d’Afrique, mais aussi un système de servage provenant d’Europe. Très tôt des mesures d’exclusion ont été mises en place, pour des raisons d’hygiène publique ou par racisme comme dans le 1882 Act qui bannit les chinois[2].Cependant, très peu d’immigrants étaient acceptés avant le début du 20e siècle. Dans les faits, les restrictions ont toujours été de mise en matière d’immigration. Jusqu’à aujourd’hui, les limitations n’ont jamais cessé d’augmenter.

Entre 1942 et 1964, divers programmes ont permis l’admission de millions de travailleurs saisonniers agricoles. Toutefois, ce programme a soulevé de nombreux débats sur les droits de ces travailleurs et les enjeux touchant leurs famille, notamment sur la question de la réunification familiale.

Au début des années 1950, la Convention sur les droits des réfugiés a transformé l’approche de plusieurs pays en matière d’immigration. La communauté catholique des États-Unis a fait campagne pour une réforme de l’immigration qui reflèterait les principaux points de ladite convention. Ainsi, la gestion de l’immigration s’est transformée en programme axé sur le travail à une immigration sélectionnée selon des quotas. C’est ce modèle qui est toujours en vigueur aujourd’hui.

Dans le contexte de la mondialisation de plus en plus de gens cherchent  à migrer aux États-Unis. Toutefois, les programmes sont de plus en plus restrictifs. En 1986, le président Ronald Reagan, signe le Immigration Reform and Control Act qui garantit l’amnistie aux immigrants « irréguliers » qui sont arrivés aux États-Unis avant 1982. Mais cette Loi déclare criminel le fait de cacher des immigrants « irréguliers » qui n’ont pas bénéficié de l’amnistie. C’est ainsi qu’a commencé l’ère de la criminalisation des immigrants. Depuis les années 1990, il y a une forte pressions sur les frontières. D’où l’éclosion d’une économie informelle qui s’adresse aux nombreux immigrants pauvres en situation irrégulière.

En 2006, les chiffres indiquaient que 37 millions d’étrangers — nés hors des Etats-Unis — vivaient sur le territoire des États-Unis. Ceux qui font partie du premier tiers sont légaux, un tiers des autres sont nationalisés et ceux du dernier tiers sont sans documents. Seulement, 7 % sont des réfugiés. Depuis le 11 septembre 2001, la tendance consiste à associer immigrants « illégaux » et terrorisme. Pourtant 19 des 20 pirates qui ont attaqué les avions vivaient légalement au États-Unis. Des institutions ont fait un important travail de persuasion pour encourager cette confusion.

Justice pour les immigrants

Les objectifs de la campagne Justice for Immigrants visent à éduquer le public, en particulier la communauté catholique, y compris les agents de la fonction publique, en ce qui concerne les migrations et les immigrés; à favoriser une réforme des lois de l’immigration; à créer un réseau d’aide aux immigrants pour les soutenir dans leurs démarches en vue de régulariser leur situation. Une partie des demandes portaient sur les « sans documents », sur la régularisation de leur statut, le regroupement familial, la mise en place de mécanismes permettant aux travailleurs « sans statut » de régulariser leur situation et de leur assurer des conditions de travail décentes, l’arrêt de la stratégie de fermeture des frontières et le retour aux mesures de protection des réfugiés.

Les perceptions des politiciens et de la population rendent difficiles les changements face à l’immigration. Toutefois, il ne faut pas que les dimensions politiques et idéologiques occultent les problèmes sociaux et culturels qui touchent les milliers de « sans documents ». Il importe de prendre en considération la grande pauvreté et la vulnérabilité à l’exploitation et aux abus, triste sort réservé à la plupart  d’entre eux. Ils doivent avoir accès à des logements adéquats et décents, aux soins de santé, à l’éducation pour leurs enfants, etc.


[1] Pour en savoir plus sur la campagne voir le site Internet (anglais) : www.justiceforimmigrants.org

[2] Le Congrès vote la loi d’exclusion des Chinois, qui suspend pendant dix ans toute immigration chinoise sous la pression du parti californien des travailleurs (de nombreux ouvriers estiment que les Chinois volent le travail des Américains).


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