Relations août 2007
Voix des femmes en Église
L’auteure a été, de 1987 à 1993, adjointe du Secrétaire général de l’AÉCQ pour les affaires sociales.
Depuis vingt-cinq ans, le Réseau des répondantes diocésaines à la condition des femmes poursuit son travail à l’intérieur de l’Église catholique du Québec.
En septembre 1981, les évêques du Comité des affaires sociales de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec (AÉCQ) demandent à leurs confrères de nommer une personne, dans leur diocèse respectif, à titre de responsable du dossier de la condition des femmes. Ces répondantes diocésaines ont progressivement formé un réseau. Elle veulent ainsi briser l’isolement et se donner des espaces pour développer une prise de parole et des outils d’animation.
Après les premières années de consolidation, l’année 1986 constitue un moment charnière pour l’ensemble des activités qui vont suivre. En effet, l’AÉCQ tient, en mars de cette année, une session d’étude portant sur le « mouvement des femmes et l’Église », d’où découleront vingt-huit recommandations. Le réseau assumera en quasi-totalité la responsabilité de leur réalisation, et ce, malgré ses fragilités et ses contraintes.
Parmi celles-ci, mentionnons, au premier chef, la mobilité des répondantes et leur relève. Ces femmes sont embauchées pour un ou deux jours par semaine et la plupart le sont bénévolement – une seule répondante ayant été permanente, jusqu’en 1993, au diocèse de Sherbrooke. Elles doivent également faire face au malaise des évêques sur la question des femmes et à leur demande de discrétion sur ce « dossier » car, malgré une volonté de partenariat, une partie de l’épiscopat résiste parfois à élargir un débat pourtant nécessaire. Le réseau veut néanmoins répondre aux besoins des femmes, trouver des solutions et inscrire son action à la fois dans les enjeux ecclésiaux et sociaux.
D’importantes réalisations du réseau ont tracé de nouvelles avenues pour la pastorale et suscité le développement d’outils pédagogiques inédits. Énumérons quelques dossiers mis en œuvre avec peu de ressources humaines et financières, mais avec l’accord tacite de certains évêques considérés comme des alliés : la session de formation sur le langage inclusif; la réflexion sur la violence faite aux femmes en milieu conjugal, marquée par la publication d’une déclaration sous le titre Violence en héritage? et la mise sur pied de sessions de formation à l’intention du personnel pastoral; les forums sur le partenariat hommes/femmes en Église; la table de travail sur la sexualité; le 50e anniversaire de l’obtention du droit de vote des femmes au Québec, souligné par une rencontre de 50 femmes ayant marqué le Québec dans différentes sphères d’activités, une célébration très médiatisée à la Basilique de Québec et la participation aux États généraux des femmes; des journées de ressourcement et de formation sur le contenu de documents ecclésiaux; etc.
Après vingt-cinq ans, la situation du réseau est inquiétante. Son avenir est menacé par le nombre restreint des répondantes. En effet, dans le contexte actuel de coupures budgétaires des diocèses, souvent les mandats ne sont pas renouvelés ou bien ils sont confiés à des personnes (parfois même à des hommes) déjà occupées à temps plein à d’autres responsabilités. En outre, sans doute influencées par les positions du Vatican à l’égard des femmes (surtout depuis 1994), l’ouverture et la volonté des évêques d’ici, dans ce dossier, ne sont plus ce qu’elles étaient.
Ces derniers ont-ils pris au sérieux les retombées de ce réseau pour notre Église et l’impact que l’action des répondantes diocésaines peut avoir sur l’ensemble de la société civile? S’ils décident de donner moins de place aux femmes, ils se privent certainement d’un dynamisme qui a fait ses preuves et demeure prometteur.
Malgré toutes ces interrogations, il y avait de multiples raisons de célébrer les vingt-cinq ans du réseau, en mai dernier, au Cap-de-la-Madeleine. Sous le thème « conscience en éveil », cet événement a permis de rechercher de nouvelles avenues pour assurer une action efficace dans l’Église. Certes, l’Église catholique tire un grand profit du service des femmes dans son action pastorale, dans ses sacristies et autour de l’autel. Cependant, le réseau veut agir au-delà de ces services et promouvoir, pour les croyantes, une véritable reconnaissance et une meilleure intégration au processus de décision et à l’annonce de l’Évangile. Les femmes sont des bâtisseuses de vie : laissons travailler l’Esprit, il est aussi en elles!


