Relations août 2007
Semence
L’auteure est poète
Tu rêves de villes que le temps
n’aura pas érodées, des forêts
qui dessinent des chemins vastes,
tu rêves, et sur la mer,
les mâts des navires
rongent les pierres blanches,
le remous grignote le rivage,
– tu rêves, mais l’aube tarde
à souffler sur les ruines,
les ombres se fracassent
contre la chair des maisons,
ébranlent la charpente fragile
des fenêtres par lesquelles tu vois
un peu d’espoir, crois-tu,
et comme lentement s’édifie un poème,
à l’intérieur de toi,
tu recueilles un à un ces lieux,
ces visages, tu touches à l’amour,
à tout ce qui peut encore être vrai
et beau, comme une promesse.
Le rêve, la lumière, sais-tu,
ne demandent pas que nous les regardions,
ils naissent à notre insu, comme l’écho
de chaque chose nous enveloppe,
pointe le secret, la tranquille alternance
du soleil et de la lune, et la terre
que transforme la lente semence.
Le rêve, la lumière, sais-tu,
parfois l’obscurité les rattrape,
pour que ne cesse la respiration certaine
et inquiète du temps
à travers ce que tu étreins,
sans jamais fermer les yeux
sur ce monde encore possible,
et qui peut encore renaître.


