Quels services de l’État pour les personnes réfugiées et demandeuses d’asile dans les régions du Québec?

Publié le 17 janvier 2024
Par : Stéphanie Arsenault

Par Stéphanie Arsenault, professeure à l’École de travail social de l’Université Laval

Détricoter sa condition d’exilée / Stéphanie Arsenault

 

Au Québec, l’accueil des personnes réfugiées prises en charge par l’État dépend pour beaucoup de services spécialisés dispensés par des organisations du réseau communautaire dont le rôle est fondamental, nous dit l’autrice de cet article. Mais qu’en est-il de l’adaptabilité de ces services au regard des réalités, profils et besoins des personnes migrantes? À ce questionnement, l’on pourrait ajouter celui consistant à essayer de comprendre les modalités par lesquelles des personnes aux profils variés et venant de régions du monde diverses finissent par prendre pied dans des régions du Québec qui, paradoxalement, peinent à garder leur population native. C’est un peu la rationalité de l’accueil et ses rouages qui s’en trouvent éclairés, à la lumière de la question de l’installation des personnes nouvellement résidentes hors des grands centres urbains. Le texte a aussi le grand mérite de faire voir le profil sociologique et les catégories de personnes migrantes en cause dans ces débats, au regard de la multiplication et de la division des récents programmes migratoires canadiens.

Depuis des décennies, les gouvernements québécois successifs se promettent d’augmenter le rayonnement de l’immigration au-delà de la région montréalaise, avec, toujours, des résultats mitigés. L’installation des nouveaux résidents permanents dans les régions autres que Montréal et Laval plafonne autour de 20 à 25% chaque année (MIFI, 2022a). Chez la population étudiante étrangère et travailleuse temporaire du Programme de mobilité internationale, qui regroupe principalement des travailleurs spécialisés, c’est aussi à peine plus du quart qui s’installe ailleurs qu’à Montréal et Laval. Il n’y a que les personnes sélectionnées en vertu du programme des travailleurs étrangers temporaires, qui regroupe principalement des professions catégorisées comme étant peu spécialisées, qui se retrouvent majoritairement (au deux tiers) hors du grand Montréal, notamment en agriculture. Plus de 93% d’entre elles sont des hommes admis temporairement au Québec, sans leur famille pour la plupart (MIFI, 2020). Quant aux personnes ayant déposé une demande d’asile, elles sont maintenant présentes presque partout au Québec, bien que dans une proportion minime comparativement à Montréal.

Toutes les régions de la province connaissent donc l’installation sur leur territoire de personnes venues de l’étranger, pour un temps limité ou pour de bon. Elles y étudient et y travaillent; elles s’y marient et créent une famille; elles développent des amitiés et de nouvelles racines. Or, et nous y reviendrons, les conditions de vie de ces personnes varient considérablement en fonction, notamment, du statut migratoire qui leur est accordé, puisque l’accès aux droits socioéconomiques en est largement tributaire.

L’installation des nouveaux résidents permanents dans les régions autres que Montréal et Laval plafonne autour de 20% à 25% chaque année (MIFI, 2022a). Chez la population étudiante étrangère et travailleuse temporaire du Programme de mobilité internationale, qui regroupe principalement des travailleurs spécialisés, c’est aussi à peine plus du quart qui s’installe ailleurs qu’à Montréal et Laval. Il n’y a que les personnes sélectionnées en vertu du programme des travailleurs étrangers temporaires, qui regroupe principalement des professions catégorisées comme étant peu spécialisées, qui se retrouvent majoritairement (aux deux tiers) hors du grand Montréal, notamment en agriculture.

Afin de stimuler l’installation de nouveaux arrivants un peu partout au Québec, le gouvernement provincial oriente vers plusieurs régions les personnes réfugiées prises en charge par l’État. Il s’agit de personnes reconnues réfugiées à l’étranger, généralement par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, et envers qui le gouvernement s’engage en assurant leur déplacement vers la région de destination ainsi que des services d’accueil et d’installation. Parallèlement, de plus en plus de personnes demandeuses d’asile, dans diverses circonstances, se dirigent également vers ces régions, que ce soit dès leur arrivée ou par la suite.

On pourrait se demander pourquoi et comment des personnes venues des quatre coins du monde, après avoir vécu différents événements traumatiques, s’enracineraient dans les régions du Québec, alors que certaines d’entre elles peinent à y conserver sa population native? À quels défis ces personnes font-elles face dans les régions du Québec et quels sont les enjeux que cela soulève? Afin d’alimenter la réflexion sur les pistes de réponses à ces questions, je décrierai, dans les lignes qui suivent, les conditions d’accueil et d’installation que ces personnes rencontrent à travers la province et j’apporterai quelques éléments d’analyse à ce propos. Ces descriptions et analyses s’appuient principalement sur une série d’entrevues réalisées en 2020 auprès des responsables de l’accueil des personnes réfugiées dans onze organisations situées dans autant de régions de la province.

Qui sont les personnes réfugiées et demandeuses d’asile établies en région?

De 2011 et 2020, une moyenne d’environ 1500 réfugiés pris en charge par l’État québécois a été orientée annuellement vers 14 villes : Québec, Sherbrooke, Rimouski, Drummondville, Gatineau, Saint-Hyacinthe, Victoriaville, Trois-Rivières, Brossard, Saint-Jérôme, Joliette, Granby, en plus de Montréal et de Laval (MIFI, 2022a, 2022b). Les organismes d’accueil en immigration de toutes ces villes ont aussi été sollicités, particulièrement à partir de 201, par des personnes demandeuses d’asile se trouvant dans leur région. Pour certains organismes, il s’agissait de quelques personnes annuellement, comme à Rimouski, pour d’autres, il s’agissait de plusieurs dizaines ou centaines de demandeurs d’asile, comme à Québec. Le dénombrement précis des personnes demandeuses d’asile dans les régions du Québec est par ailleurs difficile, voire impossible, puisque celles-ci ne se rapportent pas systématiquement à des organismes d’accueil et que leurs adresses de résidence réelles ne sont pas toujours actualisées dans les registres gouvernementaux québécois.

Selon les rapports annuels des organismes mandatés par le MIFI pour l’accueil des personnes réfugiées et demandeuses d’asile dans les régions du Québec, les principaux pays de provenance des personnes réfugiées ou demandeuses d’asile arrivées dans ces régions au cours de la dernière décennie sont l’Afghanistan, le Bhoutan, le Burundi, la Colombie, la Côte d’Ivoire, Haïti, le Mexique, le Myanmar, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo et la Syrie. On pourrait ajouter l’Ukraine, même si les ressortissants ukrainiens, bien qu’ayant fui la guerre, n’ont pas été admis à titre de réfugiés, mais plutôt à titre de travailleurs temporaires. S’agissant des ressortissantEs ukrainienNEs, ceux et celles n’ayant pas au moins un membre de la famille détenant la citoyenneté canadienne ou la résidence permanente devront remplir les critères d’admission à la résidence permanente s’ils souhaitent demeurer au Québec au terme de leur permis initial de trois ans. Ce qui signifie également avoir appris la langue française et avoir occupé, à temps complet, un emploi jugé admissible en vertu du programme utilisé, comme le programme de l’expérience québécoise, pendant au moins 24 mois.

Ces personnes réfugiées et demandeuses d’asile, ou officiellement travailleuses temporaires, comme les ressortissants ukrainiens, sont souvent vulnérabilisées en raison de leurs parcours migratoires et de vie marqués par des événements traumatiques. Mais elles le sont aussi souvent en raison des conditions de vie difficiles auxquelles elles font face au Québec. C’est pourquoi il convient d’essayer de comprendre les obstacles structurels entravant leur bien-être dans la province.

Comment se déroulent l’accueil, l’installation et l’intégration ?

Soulignons d’abord que les organismes d’accueil en immigration comptent sur des équipes de travail comptant entre cinq et cinquante intervenant∙e∙s, dont plus de la moitié est généralement issue de l’immigration et originaire de divers pays. Cette caractéristique contribue à en faire des équipes culturellement sensibles et compétentes sur le plan de la compréhension du vécu des personnes ayant traversé récemment le processus migratoire. Par ailleurs, soulignons que les conditions de travail précaires prévalant dans les organismes communautaires occasionnent un fort roulement de personnel dans la plupart d’entre eux, en particulier chez les membres du personnel dotés des meilleures qualifications. Cette situation a pour effet de fragiliser les équipes et la construction, dans la durée, des compétences des membres du personnel.

Les intervenant∙e∙s doivent initialement accompagner les personnes réfugiées dans une série de démarches administratives, comme l’inscription à l’assurance maladie, à l’assurance sociale, aux allocations fiscales pour enfants, à l’aide sociale, à la garderie, à l’école et à la francisation, pour n’en nommer que quelques-unes. La vaste majorité des personnes concernées ne connaissant pas le français à leur arrivée, il devient nécessaire de recourir aux services d’un∙e interprète professionnel∙le pour permettre la communication. Or, seul un nombre restreint d’heures d’interprétation est financé pour l’accomplissement de ces démarches, ce qui s’avère régulièrement insuffisant. De plus, certaines activités, comme une consultation dentaire ou ophtalmologique, ne sont pas admissibles à l’interprétation subventionnée. Dans ce contexte, des organismes optent parfois pour solliciter leurs interprètes afin qu’ils rendent le service gratuitement, ce qui ne manque pas de créer le malaise chez les intervenant∙e∙s qui en font la demande, d’autant plus qu’il s’agit d’une tâche cruciale et ardue qui devrait être rémunérée sans restrictions. Par ailleurs, certains milieux ne comptent pas sur leur propre banque d’interprètes, et ils doivent en conséquence recourir à des interprètes exerçant à distance, souvent par téléphone, ce qui ne constitue pas une situation d’interprétation favorable et risque de compromettre la qualité de l’intervention.

Les intervenant∙e∙s ont aussi pour mandat d’identifier un logement adéquat pour les nouveaux arrivants réfugiés et demandeurs d’asile. Pour ce qui est des personnes réfugiées, les intervenant∙e∙s doivent aussi faciliter l’emménagement et l’adaptation à la vie en logement, ce qui ne leur est pas formellement permis auprès des demandeurs d’asile envers qui l’accompagnement financé est très restreint. Cet empêchement à l’accompagnement global des personnes demandeuses d’asile plonge régulièrement les intervenant∙e∙s du milieu dans des dilemmes éthiques et des conflits de valeurs opposant leurs valeurs personnelles et professionnelles aux valeurs étatiques. L’identification de logements adéquats et abordables s’avère une tâche extrêmement chronophage et difficile dans toutes les régions. Beaucoup de familles réfugiées sont composées de plus de cinq membres et se trouvent dans une grande précarité économique à leur arrivée et longtemps par la suite. Cela se combine à l’infime disponibilité des logements spacieux et abordables. Il en résulte fréquemment des situations où des familles se voient scindées entre deux logements, ou envoyées dans des logements trop petits, insalubres ou tellement excentrés qu’elles n’ont pas, ou pratiquement pas, accès au transport en commun et aux commerces d’alimentation grandes surfaces qui peuvent offrir un panier d’épicerie à des coûts plus abordables.

Prendre sa place / Stéphanie Arsenault

Les ressources au regard des besoins : le cas des mères e jeunes enfants

Certaines familles, en particulier des familles ayant vécu de nombreuses années en camps de réfugiés, souvent sans électricité, sans eau courante et sans murs ni plancher en dur, doivent apprendre plusieurs codes et comportements liés à la vie en appartement telle qu’on la connait au Québec. Pour faciliter ces apprentissages, les intervenant∙e∙s réalisent des visites à domicile. Mais le temps disponible à cette fin dans les organismes semble variable et plusieurs affirment ne pas pouvoir y consacrer le temps jugé nécessaire, ce qui peut laisser place à l’apparition de tensions entre les familles et leur voisinage ou leurs propriétaires et à de la souffrance et de la détresse dans les familles. Afin de contrer ce manque de ressources, certains organismes remettent entre les mains de bénévoles le suivi à domicile des familles réfugiées, une fois leur emménagement complété. Or, cette responsabilité peut s’avérer lourde et complexe pour des personnes bénévoles qui manqueraient, quoique bien intentionnées, des connaissances ou des compétences appropriées pour s’acquitter adéquatement de cette tâche.

Les personnes réfugiées sont admissibles à la francisation à temps complet dès leur arrivée et elle débute généralement leurs cours quelques semaines ou, plus souvent, quelques mois après leur installation. Les demandeurs d’asile y ont accès à temps partiel, bien que certains y sont parfois admis à temps complet. Les intervenant∙e∙s remarquent par ailleurs que le manque d’accès aux services de garde à la petite enfance retarde fréquemment l’apprentissage du français, en particulier chez les femmes mères de jeunes enfants et chez les personnes demandeuses d’asile qui, elles, n’ont carrément pas droit aux services de garde subventionnés, pas plus qu’aux versements anticipés du crédit d’impôt pour frais de garde d’enfants. Ceci constitue ni plus ni moins une barrière pratiquement infranchissable pour l’accès à la francisation chez les femmes demandeuses d’asile mères de jeunes enfants.

Les villes où sont dirigées les personnes réfugiées prises en charge par l’État et où s’installent certains demandeurs d’asile, ne sont pas toutes dotées de transports en commun, ou si elles en sont dotées, ils ne sont pas toujours efficaces et faciles d’usage, notamment pour des personnes allophones ou analphabètes. Comme les nouveaux arrivants dont on parle passeront généralement plusieurs années avant de posséder un véhicule privé, dont des familles avec de jeunes enfants, la mobilité peut vite devenir un défi, voire un problème majeur. En effet, comment se déplacer aisément avec plusieurs jeunes enfants lorsqu’on se trouve à bonne distance de la garderie, du centre de francisation, de l’épicerie, de l’organisme d’accueil en immigration et de l’hôpital?

De plus, une proportion non négligeable des personnes réfugiées est peu ou pas scolarisée, c’est-à-dire qu’elles déclarent détenir neuf ans ou moins de scolarité. La durée normalement allouée de cours de français à ces personnes considérées non alphabétisées, qui est de moins d’un an, apparait largement insuffisante pour l’acquisition d’habiletés conversationnelles et fonctionnelles en français. En outre, les intervenant∙e∙s et les enseignant∙e∙s remarquent que, souvent, les personnes qui portent un bagage d’épreuves et de souffrances n’ont ni la tête à l’apprentissage d’une nouvelle langue ni l’énergie requise pour y parvenir dans les mois qui suivent leur arrivée. Dans ce contexte, la fatigue, l’épuisement, la maladie, les suivis médicaux pour les membres de la famille, les déplacements urbains parfois longs et laborieux, les préoccupations vives à l’endroit des membres de la famille encore en danger dans les pays d’origine et les difficultés économiques sont autant de facteurs qui peuvent entrainer des retards, des absences, des échecs, des abandons ou des exclusions des programmes de francisation. La souplesse avec laquelle ces facteurs sont pris en compte dans les différentes régions et institutions semble aussi variable. Or, la souplesse et la flexibilité devraient être des règles d’or dans la livraison de services destinés à une population aussi vulnérabilisées.

Les villes où sont dirigées les personnes réfugiées prises en charge par l’État et où s’installent certains demandeurs d’asile, ne sont pas toutes dotées de transports en commun, ou si elles en sont dotées, ils ne sont pas toujours efficaces et faciles d’usage, notamment pour des personnes allophones ou analphabètes. Comme les nouveaux arrivants dont on parle passeront généralement plusieurs années avant de posséder un véhicule privé, dont des familles avec de jeunes enfants, la mobilité peut vite devenir un défi, voire un problème majeur. En effet, comment se déplacer aisément avec plusieurs jeunes enfants lorsqu’on se trouve à bonne distance de la garderie, du centre de francisation, de l’épicerie, de l’organisme d’accueil en immigration et de l’hôpital? Dans certaines villes, on a pensé à des mécanismes, comme l’octroi de titres de transport en commun gratuits pour les personnes réfugiées, ou la mise sur pied de programmes d’accompagnement permettant aux personnes de se familiariser graduellement avec les services de transport en commun.

À Québec, le programme Bus-ami, géré par l’organisme Service d’aide et d’accompagnement aux immigrants, permet aux personnes d’être accompagnées par une personne bénévole pendant quelques trajets et de se doter d’une carte explicative destinée à être montrée aux chauffeurs, décrivant les arrêts souhaités. Ce genre d’initiative peut réduire le stress occasionné par l’apprentissage des déplacements dans un environnement nouveau, surtout lorsqu’il s’agit d’une nouvelle expérience et que les personnes ne parlent pas et ne lisent pas la langue française. Mais dans certaines régions, l’offre de transport en commun est insuffisante et complexe. Elle peut requérir un système de réservation téléphonique et de désistement obligatoire, sous peine d’amendes, avec des points d’embarquement peu nombreux, autant de facteurs qui limitent son utilisation.

Nous l’avons évoqué plus haut, les personnes et les familles réfugiées et demandeuses d’asile se retrouvent dans une situation de grande précarité financière dès leur arrivée, une précarité qui se poursuit généralement pendant plusieurs années. Beaucoup arrivent au Canada endettées de plusieurs milliers de dollars, que ce soit envers le gouvernement canadien qui a fourni un prêt pour le paiement des examens médicaux et du transport aérien vers le Canada des réfugiés pris en charge par l’État, ou, pour les demandeurs d’asile qui ont souvent parcouru à fort prix des milliers de kilomètres dans des conditions plus que risquées, envers d’autres prêteurs légaux ou illégaux.

À cet endettement initial s’ajoutent souvent d’autres sources d’endettement émanant d’institutions financières faisant pression sur les personnes une fois au Canada en leur proposant du crédit alors qu’elles ne sont pas nécessairement bien accompagnées pour saisir le fonctionnement et les conséquences du crédit. Cet accès facile au crédit se manifeste dans un contexte où les personnes réfugiées attendent de nombreux mois avant de recevoir les allocations fiscales pour enfants auxquelles elles ont droit et où les demandeurs d’asile n’y ont tout simplement pas droit. La quasi-totalité des personnes ou des familles réfugiées et demandeuses d’asile ne peuvent répondre adéquatement à leurs besoins alimentaires avec les revenus dont elles disposent. Une majorité d’entre elles fréquentent les banques alimentaires pour arriver à nourrir leur famille, pour peu qu’elles en connaissent l’existence et qu’elles soient accessibles. Les organismes d’accueil en immigration consacrent pour la plupart des sessions d’information de groupe et de l’accompagnement personnalisé pour l’apprentissage de la gestion d’un budget en contexte de précarité financière. Dans certains cas, les associations coopératives d’économie familiale y contribuent également.

on pourrait s’attendre à une excellente rétention de la population, puisqu’en général les personnes qui quittent une région ou un pays le font pour aller à la recherche d’un lieu capable de répondre à leurs besoins. Mais en plus de répondre à ces conditions générales donnant accès à une qualité de vie à une population dans son ensemble, l’installation et l’intégration de personnes immigrantes ayant quitté leur pays pour assurer leur survie requièrent des considérations supplémentaires, sans quoi la vulnérabilité et les traumatismes qu’ils portent risquent de s’aggraver plutôt que de se résorber.

Conclusion

Au fil d’une vie tissée d’épreuves, les personnes réfugiées ou demandeurs d’asile ont développé de grandes compétences leur permettant de faire face aux situations les plus adverses, mais elles se trouvent aussi vulnérabilisées par ces mêmes épreuves. Afin de leur offrir des services d’accueil et d’installation adéquats, les gouvernements devraient impérativement adopter une vision globale des facteurs permettant le développement d’une qualité de vie pour tous et toutes dans les régions, couplée à une vision humaniste des besoins humanitaires spécifiques vécus par les personnes immigrantes, et dans ce cas-ci, les personnes ayant fui la persécution.

D’une part, il faudrait donc promouvoir le développement de logements abordables ou sociaux, de moyens de transport collectif local et interrégional efficaces, d’établissements et de soins de santé et sociaux de qualité, de services de garde à la petite enfance subventionnés, d’établissements d’enseignement postsecondaire et, finalement, d’emplois de qualité. Toutes ces conditions sont essentielles au développement d’une bonne qualité de vie accessible à l’ensemble de la population. Lorsque toutes ces conditions sont réunies, on pourrait s’attendre à une excellente rétention de la population, puisqu’en général les personnes qui quittent une région ou un pays le font pour aller à la recherche d’un lieu capable de répondre à leurs besoins. Mais en plus de répondre à ces conditions générales donnant accès à une qualité de vie à une population dans son ensemble, l’installation et l’intégration de personnes immigrantes ayant quitté leur pays pour assurer leur survie requièrent des considérations supplémentaires, sans quoi la vulnérabilité et les traumatismes qu’ils portent risquent de s’aggraver plutôt que de se résorber.

D’autre part donc, les gouvernements devraient, à cet effet, assurer le déploiement de services de francisation dans toutes les régions de la province, même lorsque le nombre de nouveaux arrivants allophones y est peu élevé. Les cours devraient y être accessibles dans toutes les formules (temps partiel et complet) et de manière régulière, ce qui n’est pas le cas actuellement. Les allocations financières de participation accordées aux élèves de francisation doivent être augmentées, car les montants actuels ne font que maintenir les personnes dans une grande précarité économique, et être élargies aux demandeurs d’asile. Les allocations insuffisantes font en sorte que les personnes quittent prématurément les bancs d’école pour le marché du travail, se dirigeant inévitablement vers les emplois les moins bien rémunérés et offrant les pires conditions de travail.

On doit aussi s’assurer que les services sociaux et de santé y soient livrés de manière culturellement sensible et sécuritaire, c’est-à-dire que ces services prennent en compte le respect de l’identité culturelle et globale des personnes issues d’univers culturels distincts de celui du groupe majoritaire. Cela implique notamment d’y financer adéquatement les services d’interprétation afin d’assurer une communication de qualité couvrant l’ensemble des besoins liés à l’accueil et à l’installation, ainsi qu’à la santé physique et psychologique des personnes. Cela implique aussi d’y assurer la formation continue des intervenant∙e∙s des réseaux communautaire et de la santé et des services sociaux afin qu’ils et elles soient interculturellement compétent∙e∙s et aptes à intervenir avec une population diversifiée et parfois traumatisée. Finalement, les ressources communautaires en immigration et à vocation générale, puisqu’elles jouent un rôle crucial dans la réponse aux besoins fondamentaux de la population, devrait voir leur financement considérablement rehaussé, afin de permettre la rétention des intervenant∙e∙s compétent∙e∙s et d’apporter des réponses à tous les besoins exprimés sur terrain. La situation actuelle de précarité et d’instabilité financière des organismes communautaires fait en sorte que le personnel des organismes consacre une proportion démesurée de leur temps à la recherche des fonds à même d’assurer leur propre survie, en plus de continuellement devoir veiller à la formation de nouveaux employés souvent de passage.

 

Sources :

Ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration [MIFI] (2020). 2014-2019 L’Immigration temporaire au Québec. Québec : Gouvernement du Québec.

Ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration [MIFI] (2022a). 2016-2020 Tableaux de l’immigration permanente au Québec. Québec : Gouvernement du Québec

Ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration [MIFI] (2022b). 2021 Présence et portraits régionaux des personnes immigrantes admises au Québec de 2010 à 2019. Québec : Gouvernement du Québec.


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