Relations mars-avril 2017

Violences : Entendre le cri des femmes

André Laliberté

Xi Jinping, « noyau dur » du Parti communiste

L’auteur est professeur en études politiques à la Faculté des sciences sociales de l’Université d’Ottawa

Le nouveau titre honorifique que vient de s’attribuer le président chinois est peut-être le signe d’une contestation de son autorité au sein des instances du Parti.

Secrétaire général du Parti communiste de Chine (PCC), président de la République populaire et président de la Commission militaire centrale, Xi Jinping a émergé depuis 2012 comme le dirigeant le plus solidement établi en Chine depuis Deng Xiaoping, voire Mao Zedong. À ces titres qu’il cumule, il convient d’en ajouter un plus récent : celui de « noyau dur » (jiben de gexin) du PCC. Que signifie cette nouvelle désignation ? Faut-il y voir une concentration accrue de pouvoirs, au détriment des six autres membres du Comité permanent du Bureau politique du Parti, l’instance suprême ?
 
Mao n’a jamais utilisé ce titre pour lui-même, malgré le fait qu’il ait gouverné en maître absolu pendant plusieurs années. Il a été désigné comme tel de manière posthume par son successeur Deng Xiaoping, qui a utilisé le terme pour lui-même et pour son successeur désigné, Jiang Zemin, afin de souligner la continuité du régime lors des événements entourant le massacre de la Place Tian’anmen en 1989. Hu Jintao (2002-2012), le successeur de Jiang Zemin, n’a pas bénéficié de cette désignation. La décision de Xi Jiping peut donc donner l’impression qu’il ne croit plus aux vertus de la direction collégiale pratiquée par son prédécesseur immédiat.
 
Ce terme de « noyau dur » est cependant trompeur. Xi ne bénéficie pas de l’aura révolutionnaire de Mao et de Deng, et le PCC est aujourd’hui beaucoup plus institutionnalisé qu’il ne l’était à l’époque où ces deux personnalités historiques étaient aux commandes et pouvaient imposer leurs vues aux cadres et à la fonction publique. Plusieurs contraintes limitent le pouvoir de Xi. Depuis les années Jiang, les dirigeants à la retraite ont la capacité de mobiliser leurs alliés dans les instances du Parti – telles que le Comité central, qui compte 220 membres, et son organe supérieur, le Bureau politique, avec ses 25 membres – pour influencer le Comité permanent.
 
De plus, Xi appartient à la cohorte méprisée des « fils de princes » (taizi), les enfants de hauts dirigeants précédents. Il est, en effet, le fils de Xi Zhongxun, vice-président du Comité permanent de l’Assemblée nationale populaire de 1988 à 1993. Les « fils de princes » suscitent bien des mécontentements au sein de la population. Ils sont perçus comme une élite déconnectée, bien que, jusqu’ici, Xi est plutôt perçu comme un dirigeant populiste et sensible aux préoccupations de la majorité – une perception positive alimentée par sa campagne contre la corruption toujours en cours. En 2016, Xi a, par exemple, ordonné l’arrestation de 122 officiels de haut rang, ce qui a permis à la Commission centrale de discipline et d’inspection de récupérer 2,3 milliards de yuans. Si cette campagne plaît à l’opinion publique, elle suscite cependant bien des craintes chez les cadres de haut rang.
 
Faut-il alors voir dans la désignation de « noyau dur » un signe que Xi veut consolider davantage son autorité, aux dépens des instances formelles du Parti ? Nous ne le saurons que lors du prochain congrès du PCC, l’automne prochain, lorsque la prochaine équipe dirigeante sera sélectionnée et qu’il sera possible de déceler les intentions de Xi pour 2020 : poursuivre un troisième mandat de secrétaire général, et ainsi rompre avec la tradition établie depuis Jiang, ou désigner son successeur ?
 
Malgré ses hommages au « grand timonier » (Mao) et la répression contre les juristes libéraux et les intellectuels critiques du régime, Xi n’a pas l’intention de revenir aux politiques économiques maoïstes : il est plutôt intéressé à gérer les affaires d’une Chine prospère, avec toutes les contradictions propres au capitalisme que cela comporte. La posture nationaliste adoptée en Asie de l’Est au sujet des relations avec le Japon et avec Taïwan, les revendications en Mer de Chine méridionale et l’intransigeance manifestée contre les souverainistes à Hong Kong vont de pair avec une politique étrangère qui s’appuie sur l’expansion commerciale. Sa participation au Sommet économique de Davos, une première pour un dirigeant chinois, en est la preuve.
 
Reste à voir dans quelle mesure Xi saura conserver son sang-froid dans les nombreuses crises qui se pointent à l’horizon en 2017. On l’a vu, les défis à l’externe sont nombreux. Mais plus encore, sur le plan intérieur, la Chine doit gérer les conséquences des politiques précédentes. La directive de l’enfant unique, par exemple, qui visait à mettre un terme à une croissance démographique « préjudiciable à la prospérité », selon ses promoteurs, a entraîné un vieillissement rapide de la population qui place toute une génération de retraités dans une situation de précarité extrême, en l’absence de régimes de retraite adéquats. Elle a aussi causé un énorme déséquilibre démographique entre les hommes et les femmes, en défaveur de celles-ci. Les sociologues chinois s’inquiètent ainsi du grand nombre de « branches sèches », ces hommes sans possibilité de fonder une famille et qui ont dans le passé été sources d’instabilité sociale.
 
De plus, la politique de réforme et d’ouverture, entérinée par tous les dirigeants depuis Deng Xiaoping, a causé une croissance des inégalités sociales et l’industrialisation accélérée du pays s’accompagne de conséquences désastreuses pour l’environnement. Les efforts du gouvernement central pour mettre un frein aux effets négatifs de la croissance économique suscitent des résistances non seulement du milieu des affaires mais aussi de l’appareil du Parti. Ainsi, les intérêts de l’industrie du charbon, une source importante de pollution de l’air dans la capitale et d’autres grands centres urbains, se sont longtemps opposés aux tentatives de l’autorité centrale de fermer les mines, au nom de la stabilité sociale qui serait compromise par la mise à pied de milliers de travailleurs.
 
Bref, Xi devra imposer à des cadres récalcitrants et aux milieux d’affaires les mesures nécessaires pour aider à résoudre les problèmes sociaux, économiques et ultimement politiques liés au vieillissement de la population et à la dégradation inquiétante de l’environnement.

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