Relations juin 2005

Notre alimentation un choix de société

Guy Paiement

Une table citoyenne

L’auteur est président la Table de concertation sur la faim et le développement social du Montréal métropolitain

Dans son rapport final remis au gouvernement, la Commission parlementaire sur la sécurité alimentaire a intégré la proposition de la Table de concertation sur la faim et le développement social du Montréal métropolitain. Celle-ci réclamait une politique globale de sécurité alimentaire qui inclurait une orientation interministérielle, un comité de surveillance et des initiatives prises par les municipalités, les commissions scolaires et les multiples groupes communautaires qui sont aux prises avec les personnes qui souffrent de la faim et de la pauvreté.

Ces recommandations ne tombaient pas du ciel. Elles venaient d’un long travail de réflexion mené par les multiples membres de la Table. Pendant plus de deux ans, en effet, ces derniers ont planché sur la nécessité d’un meilleur contrôle de notre alimentation en partant de leur expertise sur le terrain et en faisant appel à des ressources externes. Les groupes communautaires qui participent à l’aide alimentaire directe, dans le cadre d’initiatives d’entraide, d’ateliers d’apprentissage en milieu scolaire ou encore dans le soutien à des activités citoyennes dans leur milieu savent bien que tout ce travail ne peut aller loin s’il n’est pas étayé par des décisions politiques.

On a beau, par exemple, tracer la carte des ressources alimentaires d’un milieu pour vérifier la réalité de l’accès à une nourriture saine et diversifiée, les résultats ne donneront pas davantage de revenus aux ménages, ni de moyens de transport adéquats. De même, il ne suffit pas de constater la montée du diabète et de l’embonpoint chez les enfants si les menus scolaires sont inadéquats, ou si les municipalités ne réglementent pas l’implantation des restos de junk food près des écoles. De plus, promouvoir les aliments biologiques n’exige pas seulement une accréditation de qualité, mais des subventions gouvernementales pour en assurer l’accès à toute la population et pas seulement à ceux qui en ont les moyens.

Les petits producteurs, qui visent une autre alimentation, disparaissent les uns après les autres au profit de certaines multinationales. Ils ne demandent pas mieux que de créer des liens directs avec des groupes de citoyens et des expériences sont déjà en cours qui vont dans ce sens. Mais ces initiatives seront-elles soutenues? Les enfants du primaire qui apprennent à réaliser une brioche découvrent aussi le goût de l’école et surprennent leurs parents avec leurs nouvelles attentes pour le contenu de leur boîte à lunch. Sans une politique des commissions scolaires, ces enfants pourront-ils devenir une espérance pour demain? Enfin, que fait-on avec tous nos concitoyens qui souffrent de difficultés mentales, des abus de l’alcool ou des drogues et qui sont laissés aux efforts surhumains de certains groupes? Pense-t-on vraiment qu’un sac de nourriture peut suffire et suppléer au manque de responsabilité gouvernementale? Les communautés amérindiennes et innuites du Grand Nord paient un prix astronomique pour toute nourriture qui vient du Sud. Peut-on assurer à toutes les régions du Québec un accès équitable à la nourriture sans un soutien gouvernemental réaliste?

Telles sont certaines pistes proposées par les membres de la Table. Elles rejoignent, pour plusieurs d’entre elles, des suggestions venant de différents chercheurs et organismes nationaux. Elles reçoivent également l’aval de beaucoup de citoyens qui sont de plus en plus préoccupés par ce qu’ils mangent ou ce qu’on leur impose de manger. C’est dire assez combien la nécessité de contrôler son alimentation s’impose dorénavant dans la population. Il n’est plus suffisant de croire que les Québécois se contentent d’être de simples consommateurs crédules, ou encore qu’ils cherchent toujours à épargner quelques sous. Des questions multiples montent de différents milieux qui dessinent peut-être des lignes de force pour demain.

Lors de la conférence de presse qui lançait ses éléments pour une politique de sécurité alimentaire, les membres de la Table ont pu entendre des représentants de diverses institutions publiques affirmer leur accord avec les recommandations et promettent leur collaboration. Déjà, la Commission scolaire de Montréal entend chercher des façons d’arrimer des écoles et des groupes communautaires dans une perspective de promotion de la santé et de lutte contre la pauvreté. Le service de développement social de la Ville de Montréal, pour sa part, entend maintenir son appui aux initiatives structurantes de plusieurs groupes. La nouvelle instance régionale en sécurité alimentaire, qui se met en place, pourra sans doute servir d’incubateur à d’autres initiatives ou du moins les stimuler.

Il reste au gouvernement à donner suite au rapport de sa Commission. Nous serons certainement plusieurs à observer un devoir de mémoire.

 

Notre alimentation un choix de société



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