Relations novembre-décembre 2016

La trahison des élites : Austérité, évasion fiscale et privatisation au Québec

Alex Scrivener

Une défaite pour les progressistes

L’auteur est responsable des politiques de l’ONG Global Justice Now, basée à Londres

Le Brexit entraîne une offensive néolibérale tous azimuts et une montée de la xénophobie au Royaume-Uni.

Plusieurs mois se sont écoulés depuis le référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE) – le Brexit –, qui s’est tenu le 24 juin 2016. Les partisans de ce retrait l’ont emporté comme on le sait avec 51,9 % des voix, contre 48,1 %, ce qui a entraîné la démission du premier ministre conservateur David Cameron, remplacé depuis par Theresa May.
 
Certes, le ciel ne nous est pas tombé sur la tête. Du moins, pas encore. Mais pour ceux qui comme nous, tout en reconnaissant que plusieurs des politiques néolibérales de l’UE sont un réel problème, n’étaient pas favorables au Brexit, et qui regardent par-delà la situation confortable des familles bourgeoises et des politiciens qui pavoisent, l’idée que le Brexit n’est pas si menaçant commence à s’écrouler.
 
Dans les jours qui ont suivi le référendum, une montée de la violence raciste a été observée. Des enfants d’immigrants se sont fait dire de « retourner chez eux » par leurs camarades, des commerces polonais ont reçu des menaces et des personnes racisées ont été agressées dans la rue. On a voulu y voir le simple effet du hasard. Malheureusement, les statistiques démontrent le contraire. Le nombre de crimes haineux a, en effet, augmenté et reste plus élevé de 50 % depuis le référendum – une victoire pour les xénophobes. Malgré la propagande du « business as usual », l’Angleterre est un endroit plus inquiétant aujourd’hui qu’avant si vous êtes immigrant ou membre d’une minorité ethnique. Le Brexit a galvanisé les éléments les plus réactionnaires de la scène politique anglaise, qui osent aujourd’hui proposer des politiques encore impensables il y a quelques mois seulement.
 
Le nouveau secrétaire d’État au Commerce international, Liam Fox, défenseur acharné du Brexit, défend désormais, par exemple, une position favorisant une exploitation accrue des pays du Sud. L’Accord économique et commercial global (AÉCG) entre le Canada et l’UE, qui incarne ce que la Commission européenne fait de plus contraire à l’intérêt public, est vu comme le modèle pour la future entente entre le Royaume-Uni et l’UE, alors que c’est fort probablement la plus grande menace qui pèse sur la capacité du Canada et des pays européens de développer démocratiquement leurs politiques publiques. Le nouveau secrétaire d’État, Priti Patel, veut pour sa part que l’argent destiné à l’aide étrangère le soit en fonction des intérêts commerciaux du Royaume-Uni. Et l’idée de baisser encore davantage les impôts des entreprises est vite revenue à l’avant-scène, ce qui accélérerait la transformation du Royaume-Uni en un paradis fiscal à part entière.
 
Même l’éducation n’est pas épargnée. Alors que les « grammar schools » – ces écoles certes publiques mais réservées aux meilleurs élèves – semblaient enfin une chose du passé (sauf quelques exceptions), elles reviennent en force.
 
Face à cette offensive tous azimuts, les forces sociales progressistes du Royaume-Uni peinent à répondre. Si la campagne pour le Brexit et la xénophobie qu’elle a stimulée ont soulevé des protestations (les manifestations « Refugees Welcome » par exemple), les progressistes restent en mauvaise posture. Le conflit en cours au Parti travailliste, qui divise les partisans de Jeremy Corbyn, son chef, et ceux qui veulent son départ, en distrait plusieurs. Cela n’aide en rien les luttes urgentes à mener alors que le gouvernement de Theresa May déplace rapidement le centre de gravité politique du Royaume-Uni vers l’extrême néolibéralisme et un nationalisme nostalgique. Des éléments de la gauche politique semblent même avoir abandonné l’idée de défendre le principe de la libre circulation des personnes, tentant, au mieux, de limiter les dégâts.
 
Cela est inacceptable. Que le Royaume-Uni ait décidé de quitter l’Union européenne ne signifie pas qu’un chèque en blanc a été signé aux éléments les plus réactionnaires du pays pour faire ce qu’ils veulent. C’est pourquoi notre mouvement, Global Justice Now (ex-World Development Movement), a identifié sept sujets prioritaires englobant des enjeux tels que la libre circulation des personnes, les droits des travailleurs et les changements climatiques, qui ne doivent pas faire l’objet de reculs ou de compromis lors des négociations avec l’UE. Partout au Royaume-Uni, on voit des signes d’une résistance qui se développe pour faire face aux conséquences d’un Brexit qui signifie, dans les faits, une autre avancée du programme néolibéral. Le temps presse.

 
*Traduit de l’anglais par Matthew Nini, en collaboration avec Catherine Caron.

La trahison des élites : Austérité, évasion fiscale et privatisation au Québec



Restez à l’affut de nos parutions !
abonnez-vous à notre infolettre


Share via
Send this to a friend