Relations décembre 2008
Un souffle d’espoir
Il y a à peine quarante ans, les militants pour les droits civiques luttaient encore aux États-Unis contre la ségrégation raciale. Ils étaient jetés en prison et menacés de mort. Qu’un noir accède à la présidence de ce pays, c’est là un événement historique marquant qui est porteur d’un immense espoir dans l’action collective. Les rassemblements populaires au soir des élections, les foules en liesse, les visages en larmes à l’annonce de la victoire de Barack Obama en témoignent avec éloquence.
La valeur de cet événement ne repose en rien sur la capacité ou la volonté d’Obama de tenir ses promesses portant, entre autres, sur un partage plus juste des richesses, une éducation et des soins de santé plus équitables pour tous les habitants, une réforme du système financier et de la fiscalité au service du bien commun, des politiques environnementales plus responsables. Un avenir très rapproché nous dira si ces promesses étaient grosses de vérité ou de mensonge, de courage ou d’illusion au service du statu quo. De toute évidence, les attentes que bien des gens projettent sur Obama, aux États-Unis comme ailleurs, sont démesurées. D’autant plus que le gouvernement de George W. Bush lui lègue une des pires situations imaginables. Même s’il est vrai, comme le faisait remarquer Noam Chomsky à qui on demandait si l’élection d’Obama ferait une différence, que « de petits changements dans un système étatique si puissant peuvent avoir des conséquences énormes ».
Toujours est-il que ce n’est pas à l’aune de ces résultats que l’on doit juger de la valeur de ce qui s’est passé. Celle-ci réside, avant tout, dans le fait que des millions de gens – noirs, latinos, petits travailleurs – jusque-là « invisibles » et « inaudibles » à la classe dirigeante étatsunienne, se soient reconnus dans les paroles de cet homme qui donnait voix et chair à leur espoir d’une manière surprenante. Ses discours faisaient écho à leur expérience vécue. Une économie prédatrice au service d’une infime minorité les laissait endettés, sans soins de santé, sans travail, sans maison, sans rentes. C’est ainsi que le mythe de l’Amérique, dans lequel le phare de la liberté, éblouissant les gratte-ciel, masque la misère des bas-fonds et l’exclusion sociale, s’est effrité. La réalité a pris le pas sur le mythe au point où même le mot « socialisme » – véritable épouvantail aux États-Unis – que les détracteurs républicains d’Obama ont accolé à son programme, n’a pas effrayé outre mesure. Les laissés-pour-compte de la citoyenneté se sont sentis concernés par les affaires humaines. Ils se sont levés pour apparaître dans l’espace public en tant que citoyens. Ils naissaient à la politique.
En ces temps sombres de crise financière et économique, de guerres impérialistes, de pillage des ressources, tramés sur fond de dépolitisation et de sacralisation d’un marché désarrimé de la société et des besoins, ce qui s’est passé au sein des États-Unis, au cœur de l’Empire, n’est pas rien. Cela nous concerne tous. C’est un événement qui insuffle de l’espoir. De larges couches de la population ont entrepris une longue marche politique dans laquelle le monde cesse d’être pour eux une réalité implacable. Ce vote était plus qu’un vote, il assénait un coup de poing à la figure du destin. L’histoire n’est pas une fatalité, nous n’en sommes pas les pantins, mais toujours les acteurs indispensables, si du moins nous voulons contrecarrer le cours des choses qui, laissé à lui-même, nous charrie où les puissants le veulent bien. Car ceux-là tirent leur pouvoir de notre renoncement au nôtre. Il est certain que la mobilisation sociale est garante de l’accomplissant des promesses d’Obama. Sans elle, celles-ci ne pourront être que des pétards mouillés. Sortir de la torpeur, renouer collectivement avec notre capacité d’agir, c’est là un grand défi à relever. Les occasions ne manquent pas. Le monde est encore le théâtre où se produit le miracle de l’action humaine. Le Québec en sera-t-il aussi la scène?


