Relations septembre 2000

Jean Pichette

Un nouveau départ

Et bien voilà, c’est fait. Vous tenez entre vos mains le premier nu­méro de la « nouvelle » revue Relations. Il aura fallu neuf mois de gestation pour accoucher d’une revue que nous souhaitons encore plus près des grands enjeux de notre temps : preuve que les technologies de reproduction, dont il est question dans notre dossier, n’ont pas réduit le temps de réflexion nécessaire pour mener à bon port les changements souhaités par l’équipe de rédaction de la revue !

À l’évidence, ce numéro n’est pas un clone de ce que fut Relations jusqu’à aujourd’hui. Il n’est cependant pas non plus un mutant qui viendrait rompre avec une tradition longue de presque 60 ans. Toutes les transformations que connaît aujourd’hui Relations ne modifient donc en rien l’engagement de la revue à proposer un regard critique sur le monde qui soit traversé par une solida­rité constante avec les plus démunis et un souci d’accueillir les questions de sens, hors desquelles la réflexion risque de se réduire en une simple technique de gestion de problèmes.

Le dossier sur les biotechnologies illustre notre volonté d’interroger le monde actuel à travers une parole soucieuse de jeter des ponts entre des événements pouvant parfois sembler sans rapport entre eux : c’est dans les liens que se tisse le sens des choses, qui peut seul donner une profondeur à notre existence. Le développement fulgurant des techno-sciences médicales annonce ainsi des humains à la carte, qu’on pourra rapiécer, membre par membre, tissu par tissu, certains voyant même poindre à l’horizon une immortalité plus ou moins frelatée. Faut-il s’étonner que l’hu­main soit traité comme un être en pièces détachées alors que la pensée a largement abdiqué devant l’exigence de saisir le monde dans son unité ? Comme si, en isolant chaque problème pour le confier à un spécialiste, on pouvait as­pirer à une vérité autrement insaisis­sable.

Relations se veut au contraire un lieu de rencontre, où puisse se nouer entre des voix d’origines diverses un espoir nourri par une meilleure compréhension de notre humaine condition. Cela est d’autant plus important aujourd’hui que nous sentons tous plus ou moins qu’une page d’histoire est en train de se tour­ner, sans trop savoir de quoi l’avenir sera fait. Réfléchir sur le monde, pour l’équipe de Relations, c’est donc aussi s’engager envers lui, pour éviter qu’il ne tombe dans l’insignifiance. C’est donner aux mots un poids sans lequel ils se cantonnent dans les jeux d’esprit, où tout est indifférent.

Alors que les grands mé­dias connaissent une vague de concentration sans précédent, offrant une vision du monde plus monolithique que jamais, Relations s’entête à résister et à offrir à ses lec­teurs un regard différent sur la réalité. Comme l’écrit Wajdi Mouawad, qui signe sa première chro­nique dans la revue, « avoir des idées, les vouloir défendre, les soumettre au monde malgré la peur de se tromper, demeure un acte de résistance au Québec ». La pertinence d’une revue chré­tienne, socialement engagée, derrière les plus démunis, elle loge là, encore au XXIième siècle : dans la volonté ferme de contribuer, par la pa­role, à la construction d’un monde où la beauté habiterait jusqu’aux rapports entre les individus.

Les nouveaux habits de Relations ne sont pas, dans cette perspective, une simple coquetterie post-moderne. Ils témoignent d’une conviction : la résistance à la barbarie, même – et peut-être surtout – lorsque celle-ci se dissimule derrière le « progrès », ne peut plus faire l’économie de s’incarner dans un rapport sensible au monde que les apôtres du progrès ont trop souvent disqualifié, parce que non scientifique. L’art nous ouvre portes et fenêtres, alors que l’air du temps nous enferme dans des fatalités, joyeuse ou triste. Il suffit, pour s’en convaincre, d’écouter parler les œuvres de Marc Séguin, notre premier artiste invité. Elles ont beaucoup à nous dire.

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