Relations décembre 2008
Toujours rebelles
L’auteure est étudiante à la maîtrise à l’École nationale d’administration publique
Devant les assauts répétés des conservateurs contre les droits des femmes, de jeunes féministes se mobilisent pour lutter contre la montée de la droite au Canada.
Qui a dit que « jeunes » et « féministes » étaient incompatibles? Les quelque 500 militantes âgées entre 14 et 35 ans qui ont convergé à Montréal, du 11 au 13 octobre dernier, à l’occasion du rassemblement pancanadien de jeunes féministes « Toujours rebelles », ont démontré avec force que la relève est bel et bien vivante et plus que jamais mobilisée.
Issues de toutes les provinces et territoires du pays, les représentantes de la nouvelle génération sont bien déterminées à se réapproprier le mouvement et à bousculer les idées reçues à l’égard du féminisme. Bien qu’elles aient grandi et vécu dans une société où les femmes sont en principe libres et émancipées, elles sont loin de considérer que le féminisme est une idéologie révolue et ringarde. Elles ne luttent peut-être pas pour le droit de vote, ou l’accès à l’éducation et au marché du travail, mais les enjeux qui les interpellent en 2008 n’en sont pas moins nombreux.
Dans le contexte actuel de la montée de la droite et de la progression des idées conservatrices au pays, ces jeunes féministes ont ressenti le besoin de se rassembler pour réfléchir, discuter, échanger et faire le point sur la situation des femmes au Canada et dans le monde. Plusieurs thèmes ont ainsi retenu l’attention au cours de ces trois jours d’intense cogitation, de l’hypersexualisation à la réalité des femmes autochtones, en passant par le sexisme dans les médias, la féminisation de la pauvreté, l’industrie du sexe, la violence conjugale et la sous-représentation des femmes dans les instances décisionnelles.
Un des sujets qui a occupé le plus de place pendant les ateliers et les plénières est certainement l’avortement. Le projet de loi privé C-484 sur les enfants non encore nés victimes d’actes criminels a grandement secoué les « jeunes rebelles » – comme elles s’identifient. Et pour cause. Le texte soumis par le député conservateur Ken Epp aurait engendré une incertitude importante sur le statut juridique du fœtus, ouvrant la porte à la recriminalisation de l’avortement. Les jeunes femmes, qui sont souvent en situation de précarité sur le plan économique et conjugal, auraient été parmi les premières affectées. Le projet de loi est mort au feuilleton en raison des élections, mais plusieurs estiment que le débat sur l’avortement va tôt ou tard resurgir maintenant que les conservateurs ont été reportés au pouvoir.
Les participantes ont également exprimé leur crainte d’un retour aux valeurs et aux modèles conservateurs. En effet, les différentes mesures et politiques adoptées par le gouvernement Harper depuis son arrivée au pouvoir font la promotion de la famille traditionnelle et hétérosexuelle, où le rôle « naturel » de la mère consiste à rester à la maison pour s’occuper des enfants et des tâches domestiques. Cette tendance préoccupe beaucoup les jeunes femmes qui sont bien déterminées à combattre pour préserver des droits acquis de haute lutte par les générations qui les ont précédées.
En plus de prendre part à des discussions et des débats, les 500 militantes en ont profité pour élaborer ensemble des stratégies d’action visant à faire valoir leurs revendications. À titre de première riposte, elles ont convenu de mener, à la date symbolique du 8 mars, Journée internationale de la femme, une série d’actions simultanées dans leurs provinces et territoires respectifs.
Le point culminant du rassemblement a toutefois été l’adoption d’un manifeste dans lequel les jeunes féministes dénoncent les inégalités et les oppressions dont les femmes sont encore victimes aujourd’hui. Cette déclaration, à lire sur le site <www.rebelles2008.org>, servira par la suite d’outil politique aux jeunes féministes afin de communiquer leurs idées dans l’espace public et de stimuler d’autres actions concrètes à court terme.
Avec la réélection des conservateurs à la tête du pays, ce rassemblement pancanadien de jeunes féministes tombait à point nommé. Même minoritaire, le gouvernement dirigé par Stephen Harper représente une menace à l’atteinte de l’égalité entre les sexes. Lors de son premier mandat, il a entre autres modifié le statut de Condition féminine Canada et mis la hache dans plusieurs subventions et programmes d’aide aux organismes qui luttent pour les droits des femmes. Espérons maintenant que les liens tissés pendant cette fin de semaine survivront à la distance et à l’éloignement, car le pays aura bien besoin de cette force vive de femmes déterminées et dynamiques pour combattre les valeurs néolibérales, conservatrices et sexistes véhiculées par ce gouvernement.


