Relations décembre 2006

Les veines ouvertes de l'Afrique

Louise Beaudoin

Sommet de la Francophonie : un premier bilan

L’auteure, professeure associée au Département de science politique de l’UQAM, a été ministre des Relations internationales du Québec et, à ce titre, responsable de la Francophonie

Le XIe Sommet de la Francophonie, qui s’est tenu les 28 et 29 septembre dernier à Bucarest, en Roumanie, marque l’arrivée d’une douzaine de pays au sein de l’organisation.

C’était la première fois que les chefs d’État et de gouvernement des pays membres de cette organisation internationale se réunissaient dans cette région du monde. Ils voulaient ainsi marquer l’importance qu’ils accordent à l’arrivée dans la Francophonie d’une douzaine de pays d’Europe centrale et orientale.

Dans un premier temps, il faut signaler que le processus d’élargissement s’est poursuivi avec l’adhésion, comme nouveaux membres de plein droit, de l’Albanie, d’Andorre, de la Macédoine et de la Grèce; comme membres associés, de Chypre et du Ghana; comme observateurs, du Mozambique, de la Serbie et de l’Ukraine. Ce qui porte à 68 le nombre d’États et de gouvernements participant à l’Organisation internationale de la Francophonie. L’avenir de la langue française préoccupant peu la plupart de ces pays, il faut en conclure que la Francophonie a choisi de privilégier sa mission politique tout en s’affirmant, sur la scène mondiale, en tant que regroupement géoculturel favorable à la diversité linguistique et culturelle. Les pays membres, anciens ou actuels, ont tout de même pris un certain nombre d’engagements relatifs à l’usage de la langue française dans les organisations internationales, ce qui doit être considéré comme une avancée lorsqu’on sait que le français est en repli dans l’ensemble de ces institutions. Un vade-mecum – énumérant de façon précise les obligations de chacun – a été adopté après d’âpres discussions.

Reste à voir si ces bonnes intentions seront suivies d’effets et si la tendance constatée au cours des dernières années en faveur de l’utilisation d’une langue unique dans les enceintes internationales, souvent avec la complicité de pays francophones, pourra être inversée.

Comme prévu, mais encore plus, le Liban a été au cœur des discussions de ce XIe Sommet. D’abord parce les autorités roumaines, à l’instigation du président Jacques Chirac, ont invité le premier ministre Fouad Siniora plutôt que le pro-syrien président Émile Lahoud à participer au sommet. Une partie de bras de fer entre la présidence libanaise et le gouvernement s’en est suivie; le gouvernement a tenu bon et c’est le ministre de la Culture, Tarek Mitri, qui a occupé le siège du Liban. Ensuite, parce que le Canada – fidèle à sa position dans le conflit qui a opposé cet été Israël au Hezbollah – a mis son veto à un amendement libano-égyptien rappelant les conséquences dramatiques pour la population libanaise des attaques israéliennes. Le Canada a accepté un compromis après plusieurs heures de négociations particulièrement tendues, mais les journalistes et observateurs ont souligné qu’en s’isolant ainsi, Stephen Harper avait raté son entrée en Francophonie; alors que Jean Charest, à l’instar de tous les premiers ministres québécois avant lui, jouait son rôle et occupait toute la place que lui autorise le statut particulier du Québec.

Le thème des technologies de l’information dans l’éducation, qui aurait dû normalement être au cœur du sommet, a été largement éclipsé par la question du Liban et d’autres dossiers politiques préoccupants. On a quand même discuté de cette question éminemment importante pour le développement des pays du Sud et plusieurs pages de la déclaration finale y sont consacrées. Le Québec et nos universités, notamment l’UQAM, à laquelle est rattachée la Télé-université, sont fort bien préparés à répondre aux besoins criants qui s’expriment dans ce secteur et l’on peut espérer qu’une fois la poussière du sommet retombée, la Francophonie donnera suite aux demandes pressantes de certains pays en matière d’éducation et de transition vers la société du savoir.

Le bilan de ce XIe Sommet est contrasté. Le plus inquiétant étant sans doute qu’avec cet élargissement sans fin, la Francophonie risque de se diluer et de perdre de vue sa mission essentielle : s’assurer que le français demeure une grande langue internationale. Mais le pire n’est pas certain… Peut-être qu’au contraire, le rayonnement du français et le pluralisme linguistique seront-ils mieux assurés ainsi. L’avenir nous le dira.

Les veines ouvertes de l'Afrique

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