Relations mai 2008

Le syndicalisme dans la tourmente

Bernard Lestienne, s.j.

Sauver la forêt amazonienne

L’auteur, jésuite, travaille au centre social Cias/Ibrades au Brésil

En 2007, la Campagne de la fraternité (Campanha da fraternidade) – que l’Église brésilienne organise à chaque année durant la période du carême, et qui porte chaque fois sur un grand enjeu de société – avait pour thème l’Amazonie. Elle s’était soldée, au-delà de toute attente, par une mobilisation de nombreux secteurs de l’Église catholique et de la société. C’est que l’Amazonie ne concerne pas seulement le Brésil; elle est un enjeu mondial. D’ailleurs, en janvier 2009, le 9e Forum social mondial aura lieu à Belém du Pará (Brésil). Cette ville, située à l’embouchure du fleuve Amazone, a été choisie précisément en fonction des thèmes amazoniens qu’elle incarne. Liée aux nouvelles questions et inquiétudes quant à l’avenir de notre planète, la défense du biome (ensemble des écosystèmes) amazonien – tout comme celle du biome semi-aride du Nord-Est brésilien – mobilise les esprits et les cœurs. Il s’agit, certes, de la forêt, mais aussi de l’eau, de la biodiversité, des peuples indigènes et de leurs cultures.

L’Amazonie s’étend sur sept pays et recouvre une superficie de sept millions de km2 (5 % de la Terre; 40 % de l’Amérique du Sud). La population amazonienne (23 millions d’habitants au Brésil) est concentrée principalement dans quelques villes et de nombreux villages le long des fleuves. La forêt abrite 40 000 espèces végétales et 14 000 espèces animales : c’est un véritable sanctuaire de biodiversité. C’est aussi la principale réserve d’eau douce de la planète (20 %). En sous-sol, l’Amazonie recèle des trésors de ressources minières, dont l’exploitation est encore jeune. Avec 34 % des réserves mondiales de forêt, l’Amazonie est le principal poumon de la Terre.

Mais l’avenir de cette fragile richesse est menacé. Lors des 30 dernières années, l’Amazonie brésilienne a perdu 16,3 % de sa superficie, soit environ 650 000 km2. La déforestation est un mal continu, difficile à contrôler et à contenir, une grave destruction aux effets irréversibles. L’usage du mercure par les garimpeiros (chercheurs d’or clandestins), durant l’extraction de l’or des rivières, produit des désastres irréparables qui contraignent les populations riveraines à fuir vers les villes. Les incendies ainsi que l’exploitation forestière (la vente des bois rares), agricole (l’extension de la culture du soja et de l’élevage bovin) et minière sont les principales causes de la déforestation. Aujourd’hui, la dévastation est surtout l’œuvre de grands propriétaires agricoles et de grandes entreprises minières nationales et internationales, avides d’exploiter de si grandes richesses.

Les perspectives ne sont en rien encourageantes, car l’on assiste à une politique progressive de « privatisation » de l’Amazonie. En 2006, un projet de loi a été approuvé qui autorise le gouvernement à mettre aux enchères d’importantes parcelles de forêt. Aux « gagnants », l’État confie la responsabilité du « développement » des espaces attribués, pour un bail de 35 ans. Beaucoup considèrent qu’il ne s’agit-là que d’une façon déguisée de livrer la terre à de nouveaux propriétaires : grands exploitants agricoles ou entreprises nationales et internationales. À terme, cela pourrait signifier un déboisement de 50 % de l’Amazonie et l’appropriation de la biodiversité sous forme de mises en brevet de la flore et même de la faune. Récemment, une entreprise japonaise a prétendu breveter le cupuaçu, un des fruits les plus appréciés de l’Amazonie. Seule la mobilisation de la société civile brésilienne et mondiale a pu renverser le processus. Pour les habitants de l’Amazonie, le progrès n’est pas de détruire 30, 50 ou 75 % de la forêt, mais d’avoir des écoles, des routes, de l’électricité, des soins médicaux et un assainissement de la forêt. Il y a aujourd’hui près de 200 projets de défrichage en cours, au nom du développement!

L’Amazonie est essentielle à un monde déjà sursaturé de CO2. Pour sa sauvegarde et la préservation de la planète, il faut planter au lieu de couper, reboiser au lieu de déboiser. Il existe de nombreuses associations engagées dans ce combat pour le respect des cultures, de la vie et de la planète. L’Amazonie est un bien universel qui doit être préservé et protégé par le Brésil et tous les pays qu’elle rassemble, avec l’aide internationale de tous ceux qui se soucient de l’avenir de la Terre.

 

Le syndicalisme dans la tourmente

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