Relations décembre 2013

La promesse du don

Julie Désilets

S’aider en aidant les autres

L’auteure est coordonnatrice pédagogique de la formation à Mer et Monde
 
 
Faire un stage d’initiation à la coopération internationale représente une aventure incroyable. C’est l’occasion unique d’aller à la rencontre de gens de pays appauvris, qui nous inspirent par leur force et leur résilience devant les épreuves de la pauvreté. Mais une telle expérience comporte aussi son lot de dépassement personnel pour faire face aux défis de l’adaptation interculturelle et au déracinement temporaire de notre nid douillet québécois. Les stagiaires de Mer et Monde en savent quelque chose et sont amenés à repousser leurs limites personnelles et à porter un regard nouveau sur notre monde et sur eux-mêmes. Depuis une dizaine d’années, au Québec, des projets innovateurs sont développés pour mettre ce potentiel de changement et de croissance au service de jeunes décrocheurs ou de jeunes vivant des difficultés d’insertion socioprofessionnelle. À Mer et Monde, c’est depuis 2011 que nous participons activement à ces initiatives audacieuses grâce à la mise en place d’un tout nouveau programme : les stages socioprofessionnels de groupe.
 
Ces derniers, en plus des objectifs généraux de sensibilisation à l’engagement citoyen et à la consommation responsable visés par Mer et Monde, ont pour objectif spécifique la remise en action des participants. En collaboration avec des organismes en employabilité, dont les Carrefours jeunesse-emploi (CJE), Mer et Monde accompagne ces jeunes dans la réalisation de stages de formation et de solidarité internationale s’échelonnant généralement sur 15 semaines, dont trois semaines à l’étranger. Ces stages permettent aux participants de vivre et de travailler dans un contexte socioculturel nouveau, ce qui les invite à se dépasser et à accroître leur confiance en soi, des ingrédients indispensables pour les motiver à retourner aux études et leur ouvrir de nouvelles perspectives d’emploi.
 
Ces stages ont généralement lieu en Amérique centrale. Pendant le séjour à l’étranger, les participants partagent le quotidien d’une famille d’accueil et vivent « avec et comme les gens » qui les reçoivent. Ils deviennent, pendant ces trois semaines, un membre à part entière de la famille, ce qui est souvent très significatif pour des jeunes provenant la plupart du temps d’un milieu familial plutôt difficile. Ils participent aux tâches domestiques et aux activités sociales de la famille et y prennent tous les repas. Par ailleurs, le travail manuel est au cœur de l’appui apporté à la communauté. Le groupe de stagiaires s’implique ainsi dans un projet concret comme la rénovation d’une salle de classe, l’installation de latrines dans une école, l’aménagement d’un jardin communautaire, etc. Ce travail manuel, en appui à un projet défini et initié par le partenaire local, est également jumelé à des activités plus sociales : l’animation d’activités pour enfants dans une école ou une garderie, des ateliers de cuisine locale, des activités sportives, etc. Des moments sont également prévus pour des cours d’espagnol ainsi que pour des rencontres individuelles et de groupe entre les participants et les intervenants qui les accompagnent. La concrétisation d’un tel projet, au-delà de l’aide apportée à nos partenaires étrangers, permet aux participants de se sentir vivants, utiles et engagés dans une démarche constructive. La vie a ainsi plus de sens! Ce sentiment de contribuer à quelque chose de plus grand que soi nourrit certainement l’engagement des individus dans leur propre vie et dans la société en général.
 
Le fait de venir en aide à leur communauté d’accueil procure un grand sentiment de fierté à ces jeunes. Cette dose d’estime personnelle est probablement ce qui compte le plus dans ce genre de stage. Myriam Paquette, stagiaire du projet Horizon-Honduras du CJE de Matane, en témoigne bien : « L’apprentissage si humain que ma famille d’accueil a entrepris avec moi m’a permis de penser différemment. Ces 12 jours ont été comparables à des mois de travail intense sur moi-même, car l’intégration dans une autre culture permet de se dépasser, de chercher à aller plus loin. »
 
Par ailleurs, un autre élément déterminant est la rencontre de personnes et de communautés qui deviennent, pour les jeunes participants, des modèles inspirants, par leur manière de faire face aux défis de taille que leur pose la situation socioéconomique et politique de leur pays.
 
Ainsi, ces projets ont des retombées directes pour les stagiaires et pour l’ensemble de la société québécoise – déjà, une centaine de jeunes ont participé à un tel stage avec Mer et Monde. Le taux de retour aux études ou d’intégration en emploi des participants est estimé à 93 %. C’est beaucoup, sachant que 86 % d’entre eux n’avaient pas de diplôme post-secondaire et que 69 % recevaient des prestations d’aide gouvernementale avant leur stage.

La promesse du don

Restez à l’affut de nos parutions !
abonnez-vous à notre infolettre

Share via
Send this to a friend