Relations juin 2007

Où va notre système de santé?

Christiane Biron

Prendre soin des humains

Lorsque le réseau de la santé fait la manchette, et cela arrive souvent, ce qui est mis en lumière, ce sont ses dysfonctionnements… Et Dieu sait qu’il y en a! Mais peut-on y découvrir de « bonnes nouvelles » qui seraient dignes aussi de faire les manchettes? Approchons-nous de plus près… pour voir et entendre ce qui se passe.

Me voici dans les départements, là où se trouvent les personnes souffrantes. Je vois Jean, préposé aux bénéficiaires, qui ne calcule ni son temps ni ses pas pour assurer le bien-être et le réconfort des patients, dans un climat de confiance. Le verre d’eau qui manque, une couverture en plus, etc. Je vois le docteur Gendron, sans cesse attiré par les clientèles vulnérables, délaissées. On dit de lui : « Son humanisme aide le milieu à devenir meilleur. » Je vois Carmen, chef d’unité, qui s’associe toute une équipe pour donner naissance à de nombreux projets visant l’amélioration de la qualité des soins et de la qualité de vie en soins prolongés : installation d’un bain tourbillon, décoration de l’unité, formation du personnel sur l’approche aux mourants, projet de zoothérapie, etc.

Je vois Jacinthe, infirmière, avec le docteur Lemay, s’inquiéter de la manière dont les mauvaises nouvelles sont annoncées aux familles. Je les vois mettre sur pied des mises en situation avec formation, en vue d’aider les médecins résidents à exprimer davantage d’empathie envers les membres de la famille en situation de choc, en tenant compte des réactions affectives exprimées. Chaque membre du personnel infirmier nouvellement embauché aux soins intensifs reçoit une formation concernant le soutien aux familles des patients en fin de vie. Les médecins sont continuellement invités à plus de transparence et de vérité, faisant confiance au patient et à sa famille concernant les décisions importantes à prendre au sujet des traitements proposés ou de l’arrêt des traitements en cours.

Je vois Denis, membre du service de pastorale, prendre du temps pour écouter, réconforter, accompagner la personne souffrante dans ce qu’elle vit. Une présence pastorale peut être demandée en tout temps, jour, soir, nuit, fin de semaine. Je vois des équipes multidisciplinaires se réunir chaque semaine afin de se concerter pour prendre les meilleures décisions pour assurer le mieux-être des personnes hospitalisées, selon leur situation de vie. Et j’entends très souvent des personnes hospitalisées me dire : « Au prix que coûte mon traitement ou tel médicament, une chance que je n’ai pas à le payer, car je serais incapable de me faire soigner! »

Un conseil d’excellence a été mis sur pied dans mon établissement. Il vise à accorder une reconnaissance officielle à une personne exceptionnelle : celle qui, au-delà de sa compétence professionnelle, apporte toute l’attention, toute la délicatesse nécessaires pour rejoindre, au-delà du patient, l’être humain fragilisé par la maladie. Ce sont ces qualités personnelles qui sont en grande partie mises en valeur. Cette manière d’être où la solidarité se donne à voir, de même que la générosité, le respect, la persévérance et la force qui permettent de croire que les personnes et les situations peuvent se transformer. Cette mention d’excellence permet aussi d’apprécier les forces, les qualités et les réussites des autres. Elle se veut donc une source d’inspiration, de motivation et une incitation au dépassement pour l’ensemble du personnel.

Avec l’augmentation de l’espérance de vie, nous voyons un nouveau phénomène émerger : la violence envers les personnes âgées. Dans le milieu hospitalier, une sensibilisation est faite auprès du personnel afin de les habiliter à détecter les indicateurs physiques et comportementaux d’abus physique, psychologique, sexuel, médical ou matériel et financier. Un mode d’intervention et une approche thérapeutique sont proposés afin de venir en aide à la personne âgée abusée.

Au fond, bien avant d’être un système, le réseau de la santé est constitué de personnes… des personnes largement animées d’un feu sacré qui ne s’est jamais atténué malgré les années. Des personnes qui n’hésitent pas à faire ce petit quelque chose de plus pour humaniser le milieu. Des personnes qui éveillent la dignité chez l’autre, quelle que soit sa situation de vie. Des personnes qui inspirent et donnent le goût d’emboîter le pas dans la construction d’un monde toujours plus humain!

Où va notre système de santé?

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