Relations décembre 2013

La promesse du don

Constance Vaudrin

Pétrolière canadienne sévèrement jugée en Colombie

L’auteure, membre du Comité pour les droits humains en Amérique latine, a fait partie de la délégation du Projet accompagnement solidarité Colombie (PASC) à Puerto Gaitán en Colombie

En août dernier, un tribunal international d’opinion a sévèrement jugé une pétrolière canadienne pour ses agissements en Colombie.

Le 18 août dernier, le Tribunal populaire sur les politiques extractives en Colombie a jugé coupable la pétrolière canadienne Pacific Rubiales Energy de violations des droits humains, du travail et de l’environnement. Le Tribunal populaire, qui s’inspire des pratiques des divers tribunaux internationaux d’opinion comme le Tribunal Russell et le Tribunal permanent des peuples, a rendu son verdict à la suite des témoignages de victimes entendus lors d’audiences préalables, organisées par diverses organisations sociales colombiennes, dont la Red de Hermandad et l’Unión Sindical Obrera (USO), le syndicat pétrolier national. À Puerto Gaitán, l’audience a rassemblé plus de 600 personnes, dont 19 délégués représentant huit organisations sociales, syndicales et politiques québécoises et canadiennes, une délégation coordonnée par le Projet accompagnement solidarité Colombie.
 
C’est dans les environs de Puerto Gaitán, dans le département de Meta, que se trouve le principal champ pétrolier de l’entreprise canadienne enregistrée à Toronto, et qui compte plusieurs filiales dans les secteurs pétroliers et miniers en Colombie. L’extraction pétrolière est la cause d’une diminution importante du volume d’eau, par ailleurs de plus en plus contaminée et source de maladies de la peau chez les habitants du territoire où vivent les peuples autochtones Sikuani. De plus, la compagnie a procédé à la construction d’un oléoduc sur des territoires ancestraux sacrés, causant des dommages sociaux, environnementaux et culturels, le tout sans respect du principe de consultation préalable. Entre autres graves problèmes, les camions transportant le pétrole se succèdent sur une route de terre régionale, causant des accidents.
 
Le jury du Tribunal populaire a condamné la pétrolière pour violation du droit d’association syndicale, du droit au travail (conditions de travail, embauche et taux salarial en violation des normes colombiennes) et des droits de la personne (agressions contre les ouvriers syndiqués, menaces de mort, attentats, diffamation, tentatives d’assassinat). On estime que 6000 hommes armés protègent les installations de l’entreprise où travaillent environ 14 000 ouvriers dans des conditions déplorables, à coup de contrats renouvelables d’une durée de 28 jours. Lors des audiences, l’USO a témoigné que depuis un conflit de travail en 2011, l’entreprise refuse de reconnaître le syndicat et a négocié un nouvel accord avec un syndicat patronal, l’UTEN, licenciant par le fait même les 3000 travailleurs membres de l’USO. En décembre 2012, un syndicaliste, qui avait déjà reçu des menaces de mort, a été assassiné. Ce meurtre a forcé l’USO à fermer son local à Puerto Gaitán.
 
Devant de telles injustices, l’appui international aux organisations sociales, syndicales et autochtones colombiennes, de plus en plus menacées, doit être maintenu et renforcé. La délégation canadienne, témoin important, entend maintenir les liens de solidarité créés lors de ces audiences et poursuivre des actions auprès du gouvernement canadien pour exiger que soient créés des mécanismes d’accès à la justice et un meilleur contrôle des agissements des entreprises canadiennes à l’étranger. Cette vigilance est d’autant plus nécessaire que l’Accord de libre-échange avec la Colombie, entré en vigueur en 2011, facilite l’exploitation pétrolière et minière faite par des entreprises canadiennes. Loin de diminuer les violations de droits humains, comme l’affirme le gouvernement canadien, cet accord risque d’accroître – comme cela a été le cas jusqu’à présent – la militarisation, le déplacement des populations, la contamination environnementale et les violations des droits humains dans les régions où les compagnies exploitent les gisements pétroliers et miniers. En effet, selon le Bureau du vérificateur de Colombie, « 87 % des réfugiés internes proviennent des régions d’exploitation pétrolière et minière, alors que 78 % des crimes commis contre les syndicalistes et 89 % des violations des droits des peuples autochtones y sont aussi perpétrés ».

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