Relations Septembre 2012

Une Église appauvrie: une chance?

Michèle Asselin

Oui, si cette agence intègre notre vision du développement

L’auteure est coordonnatrice du Centre international de solidarité ouvrière (CISO)
 
Dans Le Devoir du 4 novembre 2011, Louise Beaudoin, alors députée indépendante, formulait l’idée que le Québec crée sa propre agence de développement international. Celle-ci gérerait les 800 millions $ que versent chaque année les Québécois, à même leurs taxes et impôts, en contribution à l’Agence canadienne de développement international (ACDI). Cette idée a été accueillie avec un certain enthousiasme dans le réseau des organismes de coopération et de solidarité internationales, alors que nombre d’entre eux craignent pour leur survie depuis l’adoption de nouvelles politiques par le gouvernement conservateur. Ces craintes sont justifiées quand on sait que des organismes de renom tels Développement et Paix, Kairos, le Conseil canadien de la coopération internationale, Droits et Démocratie et Alternatives ont subi d’importantes coupes et même le retrait total de leur financement.
 
Des changements inacceptables
Les nouvelles politiques de l’ACDI sont de plus en plus marquées par les impératifs de la politique étrangère et commerciale du Canada et cherchent à associer le secteur privé – en particulier les minières canadiennes – au développement international. Mais pourquoi privilégier le développement de lucratives entreprises extractives? L’aide publique au développement devrait-elle servir à améliorer la croissance économique du Canada? Il s’agit de liaisons dangereuses lorsqu’on connaît le bilan désastreux de certaines entreprises canadiennes en matière de respect des droits humains et de l’environnement.
 
De plus, les organismes de coopération et de solidarité internationales sont désormais soumis à un système concurrentiel d’appels de propositions et doivent proposer des projets qui s’inscrivent dans les plans des gouvernements locaux, une règle qui ne tient plus compte des perspectives des partenaires de la société civile des pays du Sud avec lesquels un lien de respect et de confiance s’était construit depuis plus de trente ans. Cela restreint leur rôle à celui de simples sous-traitants, contrairement à celui d’acteurs efficaces du développement qui leur permettait jusqu’ici de mettre en place des approches novatrices.
 
Une alternative emballante
La vision des organismes et du développement prônée par le fédéral s’éloigne définitivement de celle fondée sur la coopération, la solidarité et la reconnaissance des droits (individuels et collectifs) – rempart fondamental contre la pauvreté, les injustices, la guerre et la violence – que partage la majorité des organismes québécois. La Déclaration du Québec – Responsables aussi du monde, fruit des États généraux de la coopération et de la solidarité internationale de 2006, en témoigne bien. Tout cela fournit des arguments décisifs en faveur de la création d’une Agence québécoise de solidarité internationale (AQSI) qui corresponde à notre vision du développement. Celle-ci devrait s’appuyer sur l’expertise et les partenariats développés par les organismes de coopération et de solidarité internationales pour développer ses programmes. Elle devrait mettre l’accent sur l’appui à la société civile, actrice incontournable du développement. Une place importante devrait être accordée aux activités de sensibilisation du public. Par ses actions, l’AQSI devrait contribuer à l’atteinte de l’égalité entre les femmes et les hommes et entre les peuples, à la reconnaissance des droits individuels et collectifs, au renforcement de la démocratie et à la protection de l’environnement.
 
Certes, le défi est grand et il y a loin de la coupe aux lèvres. Il faudra convaincre l’Assemblée nationale du Québec de la pertinence de ce projet. Les parlementaires québécois devront être mobilisés et défendre cette idée bec et ongles s’ils veulent convaincre le gouvernement canadien de négocier le rapatriement des sommes versées par le Québec à l’ACDI – une étape cruciale. Il a fallu plus de dix ans au gouvernement du Québec pour conclure une entente avec le Canada pour récupérer la portion des cotisations que les travailleuses et les travailleurs, d’une part, et les employeurs québécois, d’autre part, versaient à la caisse d’assurance-emploi au chapitre des prestations de maternité, parentales et d’adoption. Mais grâce aux efforts concertés des mouvements sociaux et des parlementaires québécois, nous avons réussi à instaurer un Régime québécois d’assurance parentale qui reflète nos valeurs et qui suscite l’envie tant au Canada que dans le monde. Cette longue lutte peut d’ailleurs nous fournir de bons exemples des nombreuses embûches à surmonter. Alors, pourquoi n’arriverions-nous pas à fonder une Agence québécoise de solidarité internationale? L’enjeu vaut certainement qu’on s’y attarde sérieusement.

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