Relations Septembre 2012

Une Église appauvrie: une chance?

Louis Favreau

Oui, mais il ne faut plus tout miser sur le financement public

L’auteur, sociologue, est membre du Groupe d’économie solidaire du Québec
 
Fin avril, le Groupe d’économie solidaire du Québec (GESQ) tenait son « université d’été » sur l’opportunité de créer ou non une Agence québécoise de développement international (AQDI), dans le contexte des changements majeurs apportés à l’Agence canadienne de développement international (ACDI) et des graves conséquences que cela a sur la mission et la pérennité de nombreux organismes.
 
Un choix politique
Une telle agence québécoise relève d’abord d’un choix politique : celui de la pleine maîtrise de nos moyens en matière de coopération internationale, liée à notre affirmation nationale. Le scénario avancé par son instigatrice, la députée Louise Beaudoin, est le suivant : un gouvernement du Québec qui en aurait la volonté politique pourrait avancer 50 millions $ pour créer dès maintenant ladite agence et demander simultanément le rapatriement des 800 millions $ que le Québec injecte annuellement dans l’agence canadienne.
 
Les membres de l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI) ont très bien accueilli le projet à leur assemblée spéciale du mois de février, mais sont restés sur leur réserve lors de leur assemblée de mai dernier. Pour notre part, au GESQ, nous sommes favorables à ce projet, mais également sceptiques car un des maillons faibles du financement des organismes de coopération internationale demeure la trop grande part qu’y occupe le financement public. De plus, leur base sociale étant relativement faible, la population, plus ou moins informée, est moins encline à faire des dons parce qu’elle doute que l’argent se rend vraiment au Sud. À cela s’ajoutent des ONG confessionnelles (Vision Mondiale, par exemple) qui viennent les concurrencer en dénaturant une solidarité internationale en voie de redevenir un marché de la compassion et du militantisme caritatif. Dans pareil contexte, il nous semble que d’autres pistes sont à poursuivre simultanément pour ne pas retomber dans le travers de tout miser encore sur le financement public.
 
De nouvelles pistes de financement
Une première proposition serait de miser davantage sur le patrimoine financier des générations qui arrivent à la retraite. À l’initiative de personnes engagées dans la coopération internationale, des fonds de dotation ou des fondations ont été créés durant les dernières années. Par exemple, le Fonds Solidarité Sud, créé en 2007, dispose déjà d’un « fonds de capital patient » d’un million de dollars composé de polices d’assurance-vie et de legs testamentaires adossés à des dons majeurs. Il est inaliénable : seuls les intérêts du Fonds seront éventuellement utilisés pour des projets.
 
Une deuxième proposition s’inspire directement de l’expérience des fonds de travailleurs et consiste à créer un Fonds québécois d’investissement solidaire avec le Sud. Celui-ci serait soutenu par des fonds publics liés à des déductions d’impôts et à une subvention de départ du gouvernement, par l’épargne-retraite de travailleurs et le placement d’argent d’organisations syndicales, coopératives, universitaires, de communautés religieuses, etc. Pourquoi la faisabilité d’un tel projet serait-elle douteuse? En France, Terre solidaire a créé avec succès la SIDI (Solidarité internationale pour le développement et l’investissement) en 1983. Cette société financière octroie des prêts, des garanties de prêts et participe aux structures de financement de projets de développement de communautés dans le Sud. Début 2011, ce fonds atteignait 60 millions d’euros, apportés par 5000 souscripteurs.
 
Mettre de l’avant de telles idées nouvelles ne signifie pas délaisser la nécessaire mobilisation politique qui doit être faite en direction de l’ACDI, ni celle en faveur du projet intéressant d’une agence québécoise de développement international. Mais les organismes de coopération internationale n’ont pas le choix : ils devront davantage compter sur leurs propres moyens dans la décennie qui vient en fédérant leurs efforts. Ce n’est pas gagné! D’autant que des questions de fond se posent aussi quant à ce que nous faisons au Sud, tant le monde a changé au cours des deux ou trois dernières décennies (montée du capitalisme financier et boursier, urgence écologique, montée des fondamentalismes religieux, fin des communismes et j’en passe). La recherche d’alternatives globales s’impose aussi à nous dans une nouvelle perspective : celle de la défense des écosystèmes de la planète.

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