Relations juin 2005

Notre alimentation un choix de société

Anne-Marie Aitken

Notre alimentation : un choix de société

« Les nourritures ne sont pas seulement bonnes à manger mais aussi bonnes à penser. »

Claude Lévi-Strauss

Fruits et légumes frais à n’importe quelle saison, pains de toutes sortes et formes, fromages qui rivalisent les uns avec les autres – en provenance du terroir ou des quatre coins du monde : les étals des marchés et des épiceries québécois regorgent de produits à des prix défiant toute concurrence. « Choix du président » oblige! Sans parler de la variété des vins, des viandes et autres gourmandises pour satisfaire notre palais. Le menu a tout pour être alléchant.

En apparence, nous n’avons jamais aussi bien mangé pour si peu cher : la valeur de notre panier d’épicerie en dollars constants a diminué de moitié en l’espace de 50 ans. Nos dépenses d’alimentation ne représentent aujourd’hui que 14 % de notre revenu. En fait, ces bas prix nous cachent la vraie valeur des denrées que nous consommons et la manière dont elles sont produites, leurs coûts sociaux et environnementaux ne nous étant pas facturés.

En même temps, la méfiance envers la nourriture que nous mettons dans nos assiettes n’a jamais été aussi forte : alerte à la malbouffe, bataille contre les OGM, maladie de la vache folle et de la tremblante du mouton, perte de la valeur nutritive des aliments, dénonciation du fastfood et de ses méfaits sur la santé, perplexité autour de l’irradiation de certains produits en vue de les conserver, etc. Questions de mode? Peut-être, direz-vous. Pas seulement. Un mouvement de fond se dessine actuellement dont il faudra bien tenir compte. Les citoyens que nous sommes se mobilisent non seulement pour défendre une certaine qualité de vie mais aussi pour rendre la chaîne agroalimentaire plus équitable, de la production des aliments à leur consommation, en passant par leur transformation et leur distribution. Il en va de l’avenir de notre planète soumise à des procédés destructeurs.

Même si chacun achète et mange ce qui lui plaît, l’alimentation résulte avant tout de décisions politiques, économiques et agricoles que nous ne pouvons ignorer. À la fin des années 1970, l’État québécois avait chargé les agriculteurs d’une mission qui se résumait en un mot : autosuffisance. Aussitôt dit, aussitôt fait : de 1977 à 1985, le degré d’autosuffisance du Québec a grimpé de 55 % à 77 %. Dans les années 1990, l’autosuffisance a fait place à la mondialisation des échanges commerciaux et à la conquête des marchés. Pendant que les importations de produits alimentaires passaient de 1,7 à 3 milliards de dollars entre 1990 et 2002, les exportations bondissaient de 1,2 à 3,6 milliards de dollars. Depuis 1997, nous exportons davantage d’aliments que nous n’en importons. Ces choix de société ont des incidences très concrètes.

Comme le souligne Laure Waridel, les aliments sont devenus aujourd’hui de véritables produits industriels. Les multinationales ne nous les vendent pas pour nous nourrir mais pour faire des profits. Ce système permet à une minorité d’exploiter une majorité; ceux et celles qui font la plus grosse quantité du travail ne reçoivent qu’une infime part du prix payé par le consommateur. Contre ces inégalités du système économique mondial, nous avons le pouvoir d’exercer une consommation responsable qui, même si elle ne change pas radicalement la face du monde du jour au lendemain, a le mérite de nous conscientiser pour agir à notre échelle.

Pour sa part, Daniel Pinard renchérit en affirmant que le pouvoir n’est pas au bout de la fourchette. Ce n’est pas d’abord dans notre assiette que nous devrions réagir mais bien dans la rue pour exiger de véritables changements politiques afin de s’attaquer aux structures perverses qui saccagent l’environnement tout en appauvrissant une grande proportion des producteurs du Sud. Le véritable enjeu est donc la mise en place d’une nouvelle politique agricole à l’échelle planétaire.

À travers quelques exemples bien choisis, Maxime Laplante nous révèle les dessous de l’industrie agroalimentaire. Il montre comment son manque de vison politique a des conséquences sur la qualité et la variété des aliments, sur notre souveraineté alimentaire, sur la façon de concevoir l’occupation du territoire et le rôle des paysans dans notre société. Il plaide pour le retour à une agriculture de proximité qui rapprochent les agriculteurs des citoyens. Le Nord comme le Sud en seront bénéficiaires.

Nous avons du pain sur la planche tant ce mouvement rame à contre-courant de la mondialisation actuelle! Des artisans se sont déjà mis au travail.

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