Relations mars-avril 2020
Marche mondiale des femmes : marcher pour transformer
L’auteure fait partie de la Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes
Célébrant son 20e anniversaire cette année, la Marche mondiale des femmes déploiera à nouveau marches et activités dans différents pays.
Depuis la première grande Marche mondiale des femmes (MMF), en 2000, beaucoup de chemin a été parcouru, beaucoup de luttes ont été menées, beaucoup de gains ont été enregistrés, mais beaucoup de défis demeurent à relever malgré ces avancées. Ce vaste mouvement féministe international, né au Québec, est toujours bien vivant et travaille à l’organisation de sa cinquième grande action internationale qui aura lieu en 2020, année marquant son 20e anniversaire.
Cet événement historique est révélateur de la force et de la détermination des femmes, des féministes, qui résistent et se tiennent debout partout sur la planète pour dire haut et fort : « Nous résistons pour vivre, nous marchons pour transformer. » Tel est le thème de cette année. Des femmes de toutes les régions du monde vont se mobiliser. Déjà, 45 coordinations nationales sur tous les continents sont à pied d’œuvre.
Il faut dire que la conjoncture mondiale est pour le moins alarmante. Il suffit de penser aux conflits et risques de guerres, aux trop nombreux déplacements forcés de populations. Dans plusieurs régions, le repli sur soi devient la règle. Le rejet des personnes immigrantes et réfugiées, la montée des groupes et partis d’extrême droite, la prévalence d’une conception masculiniste aussi, nécessitent de nouvelles actions et solidarités. Pensons aux peuples autochtones qui vivent les formes les plus extrêmes de discrimination et d’exclusion sociale, dans un contexte de croissance des inégalités sociales liées aux ambitions démesurées et égoïstes des classes les plus riches. Sans oublier la crise climatique, bien sûr, qui entraîne aussi des déplacements de populations. Tous ces événements frappent particulièrement les femmes.
Les violences vécues par les femmes et les jeunes filles (dont la violence sexuelle qui a été mise en évidence par la campagne #Moiaussi) suscitent des mobilisations sans précédent. Relevons également que le travail réalisé par les femmes est toujours maintenu dans l’invisibilité et que les discriminations salariales sont bien vivantes. Et, comme si ce n’était pas suffisant, il faut rappeler que la démocratie est bafouée et mise à mal dans de nombreux pays.
Bref, c’est pour réagir à ces situations pour le moins inquiétantes que les peuples dans plusieurs régions du monde se lèvent. La colère gronde, les dénonciations des exploiteurs et des tyrans se multiplient et, partout, les féministes fondent de nombreux mouvements de résistance et se joignent à d’autres. L’espoir renaît ! À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars dernier, les militantes de la Marche mondiale des femmes ont ainsi lancé leur prochaine grande mobilisation. Actions et marches marqueront cette année anniversaire en solidarité avec les femmes d’ici et d’ailleurs afin de changer le monde, de transformer les mentalités et de faire reculer le système patriarcal.
Au Québec, trois dates importantes ont été retenues : le 8 mars pour le lancement, le 24 avril avec un 24 heures de solidarité pour dénoncer les compagnies minières, et le 17 octobre, jour de clôture des actions à Terrebonne. Toutes les composantes du mouvement des femmes sont réunies dans la coalition qu’est la Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes (CQMMF). Ce mouvement rassemble les principaux groupes autonomes de femmes représentant la diversité et les femmes les plus vulnérables, toutes les tables ou coalitions régionales de groupes de femmes, l’ensemble des organisations syndicales et les grands groupes nationaux qui luttent contre les violences faites aux femmes et pour faire reculer la pauvreté.
Après une période de consultation auprès des groupes membres de la CQMMF, il a été convenu de porter des revendications sur quatre thèmes principaux : la pauvreté des femmes et des familles ; les violences faites aux femmes et aux jeunes filles – dont les violences spécifiques vécues par les femmes autochtones – ; la protection de l’environnement ; la défense des droits des femmes et des familles migrantes et immigrantes.
Les travaux de la MMF s’appuient toujours sur les valeurs de la Charte mondiale des droits des femmes pour l’humanité, charte adoptée en 2004 lors d’une rencontre internationale tenue au Rwanda[1]. Ces valeurs essentielles sont l’égalité, la justice, la solidarité, la paix et la liberté.
Une citation de l’édition de décembre 2019 du Bulletin international de la MMF résume bien le parti pris de cette grande mobilisation internationale : « Avec cette action nous voulons réaffirmer le féminisme populaire comme notre modèle d’organisation, qui nous permettra d’élargir l’espace et la voix des femmes, dans la diversité, en marche pour transformer le monde. »
Pour honorer toutes les femmes qui se mobilisent depuis les 20 dernières années dans le cadre de ce mouvement, la photographe Joane Mc Dermott et moi-même publierons un livre commémorant les grandes mobilisations tenues au fil des rencontres internationales et des actions réalisées depuis l’an 2000. Intitulé La Marche mondiale des femmes : 20 ans de solidarité féministe, ce livre sera disponible en mars.
[1] Lire Brigitte Verdière, « Une charte mondiale des femmes », Relations, no 697, décembre 2004.


