Relations août 2008

Fragilités

Manifeste – Résister ou disparaître

Dès septembre, le poète José Acquelin et l’artiste visuel Michel Dépatie assureront la nouvelle chronique littéraire de Relations. En guise de préambule à cette collaboration, nous publions le manifeste qu’ils ont signé et lu publiquement avec les poètes Paul Chamberland et Joël Pourbaix lors d’un acte poétique à la place Gérald-Godin à Montréal, le 16 septembre 2007, dans le cadre du 13e Festival international de la littérature. Voir : <www.resisteroudisparaitre.org>.

Nous savons aujourd’hui que des forces de destruction nous menacent tous et, avec nous, la Terre des vivants. Ces forces sont démesurées mais c’est nous, les humains, qui sommes responsables de leur déchaînement. L’avidité, la violence et l’ignorance, volontaire ou non, sont à la source du mal.

Comme des millions de femmes, d’hommes et d’enfants de par le monde, nous refusons de nous laisser piéger dans la peur, le déni ou le cynisme. Nous répugnons à faire du néant notre pain quotidien. Chacun a reçu cette Terre en héritage et en partage le séjour, pour le meilleur ou pour le pire, avec tous les autres. Nous refusons d’être complices de l’horreur des temps présents. Nous sommes décidés à résister à tout ce qui vise à nous intimider, à nous mutiler, à nous anéantir.

Mais où trouver la force pour résister à l’obscurité des pouvoirs qui ont rendu orphelins tant de cœurs humains? Est-ce demander l’impossible? À cela nous répondons que nous avons fait le pari de donner toutes ses chances à cet impossible, afin de dégager l’avenir d’une Terre renouvelée en ses vivants et réconciliée en ses peuples.

Si le mal est en nous, le remède à la dévastation et au désespoir ne se retrouve qu’en nous. Accepter sa propre faiblesse ouvre la voie à une ferme aspiration à l’intégrité de la vie et toute sa puissance de guérison.

L’appât du gain, la soif de domination, la rage de soumettre ou d’anéantir celui qu’on tient pour un ennemi ne viendront jamais à bout de l’angoisse que provoque en chacun l’inévitable sentiment de sa précarité. L’humus nous précède et nous survivra. Que ça nous plaise ou non, la puissance qui nous a mis au monde et nous en fera disparaître se joue de nos bravades et de nos prétentions. Ça suffit la suffisance!

Aux forces de destruction massive nous opposons l’amour que nous savons pouvoir dégager de la mutuelle reconnaissance de notre commune détresse originaire. C’est en consentant sans réserve et avec humilité à l’aveu de notre propre fragilité que nous nous ouvrons à la vie, aux autres et à l’infini qui respire en chacun.

Un seul mot de moi à toi, de toi à moi, et l’univers reviendra battre dans nos veines. Nous n’aspirons pas à plus grand poème que l’œuvre de guérison et d’invention d’un séjour terrestre enfin accordé à la dignité et à la beauté intrinsèque de chacun. Voilà pourquoi nous nous sommes engagés à pratiquer ce précepte :

Tu n’humilieras personne.

Tu parviendras ainsi au bout de ton chemin. Fais acte de tendresse gratuite : va au-devant de ce que tu n’as jamais pensé être, abandonne-toi à tout ce que tu vois ne pas être toi. Ne cache pas le soleil au soleil. Ta seule dette est envers la lumière, qui n’a jamais attendu de toi que de faire un avec elle. Tu es la mémoire de l’avenir si tu n’opposes pas ton présent à l’avenir de la mémoire. 

Fragilités

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