Relations mars 2007

La vague militariste

François Labbé, Michel Bellemarre et Micheline Bélisle

Machine de guerre

Les auteurs sont militants au Collectif pour un Québec sans pauvreté

Le mot « militarisation » évoque des images sinistres : propagande, industrie de guerre, technologie meurtrière, troupes de soldats anonymes, mitrailleuses, chars d’assaut, bombardiers, villes en ruines, civils pulvérisés, colonnes de réfugiés, camps de la mort. Des pays riches et prospères, comme le nôtre, cherchent à nous vendre la militarisation sous prétexte d’étendre une paix civilisée ailleurs et d’accroître la sécurité ici, mais cela sonne comme un slogan impérialiste.

Le Canada en Afghanistan, par exemple, veut transmettre ses idéaux démocratiques par la force des armes. Est-ce là la bonne façon de le faire? De notre point de vue de citoyens, de militants et de personnes en situation de pauvreté, nous voyons dans cette militarisation de notre politique extérieure une extension d’une guerre que nous subissons ici et qui cherche à nous imposer un système de valeurs capitalistes s’attaquant à notre humanité.

Oubliez les bombardiers furtifs, les missiles intelligents et les robots espions. Les armes utilisées sont parfois totalement invisibles. Elles ciblent les pensées, les attitudes, les valeurs, les comportements, les désirs. D’abord, il y a la propagande, redoutable – à travers les divertissements, la télé soi-disant réalité, les loteries –, qui cherche à convaincre d’adhérer à la milice consommatrice, mais aussi à un style de vie : jeunesse, beauté, spectacle, apparence, égoïsme, narcissisme, inconstance, consommation et son corollaire, l’endettement.

Viennent ensuite les lois injustes, les hausses de tarifs, l’absence d’indexation complète au coût de la vie des salaires et des protections sociales. Ces mesures ciblent toujours les premières nécessités des personnes et des familles les plus courageuses, mais aussi les plus précaires, de sorte qu’elles les brisent petit à petit.

Il y a également les doubles messages des jeux vidéos et du cinéma qui encouragent la violence, mais interdisent, en même temps, aux enfants et aux adolescents de se montrer le moindrement agressifs, sous peine d’être diagnostiqués « trouble oppositionnel avec provocation ». Ou encore ces slogans publicitaires qui exigent que nous soyons libres, individualistes, responsables tout en s’insérant dans un carcan conformiste et contrôlant.

Que dire aussi de la catégorisation des personnes, qui mène à la création de préjugés sur mesure et servent à les humilier, les exclure, les appauvrir? Elle brise toujours plus et mieux leur résistance, tout en recouvrant cette violence d’un voile de vertu, en faisant valoir, par exemple, qu’il est juste de créer pour les personnes à l’aide sociale dites « aptes au travail » des conditions de vie horribles afin de les décourager d’abuser de « l’argent des impôts versés par d’honnêtes travailleurs ». Et tout aussi juste d’attaquer les syndicats qui défendent les intérêts de « paresseux » qui perdraient leur job dans toute entreprise privée qui se respecte.

Contre ceux et celles qui sont sur le point de flancher sous la pression – on appelle ça des traumatismes de guerre – une série d’armes chimiques étonnamment polyvalentes sont mises à contribution. Elles peuvent, en effet, autant soutenir les soldats et collaborateurs sur le point de flancher et de devenir non opérationnels, pour les garder actifs sur le champ de bataille, qu’étouffer, en douceur, toute résistance. Ce sont les psychotropes. Vous êtes angoissés par les clameurs de la bataille ou paralysés par le doute? Cette guerre a-t-elle encore un sens? Un anxiolytique viendra vous apaiser et faire taire votre esprit critique. Vous êtes fatigués de résister? Un diagnostic rapide, prononcé par des autorités compétentes, et une bonne ordonnance mettront un terme à votre obstination.

Mais quel est l’objectif fondamental poursuivi dans cette guerre singulière? Le même que dans la plupart des guerres : accroître la richesse et le pouvoir de quelques-uns au détriment des autres.

La vague militariste

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