Relations septembre 2011

Jeunes voix engagées

José Rosario Marroquín, s.j.

L’intransigeance de LifeSiteNews

L’auteur, jésuite, est membre du Centre de droits humains Miguel Agustín Pro Juárez

En mai 2011, Développement et Paix (D&P), l’organisation de solidarité internationale de l’Église catholique du Canada, annonça au Centre de droits humains Miguel Agustin Pro Juarez – mieux connu sous le nom de Centre Prodh1 – qu’elle suspendait l’aide qu’elle lui accordait jusqu’ici pour la réalisation de ses projets.

Établi au Mexique, le Centre Prodh, comme plusieurs autres organisations latino-américaines, s’est vu affecté par cette décision adoptée à la suite de pressions de catholiques regroupés autour du site Internet LifeSiteNews, qui affirme défendre la vie et la famille. Ces pressions ont aussi amené des changements dans les politiques de D&P, qui doit dorénavant demander l’approbation de l’évêque local avant de financer tout projet.

Le site en question a accusé le directeur du Centre Prodh, le père jésuite Luis Arriaga, d’avoir une position favorable à l’avortement et par conséquent opposée, affirme le site, à la position officielle de l’Église catholique. Il s’est fondé pour cela, d’une part, sur des documents signés par l’organisme, en cohérence avec son mandat, dans lesquels le Centre Prodh exprimait ses préoccupations au sujet de la situation des droits humains au Mexique et, d’autre part, sur la participation de Luis Arriaga, en novembre 2009, à un événement qui soulignait l’apport du Centre Prodh à la défense des droits des femmes. Celles-ci, comme on le sait, subissent une discrimination accentuée au Mexique par les déficiences du système judiciaire.

Les responsables de LifeSiteNews ont demandé au bureau de l’archevêché de Mexico des précisions sur les activités du Centre Prodh. On répondit que l’organisation qui s’était comportée quelques fois de manière « anti-chrétienne ».

Peu après, Luis Arriaga, invité au Canada pour faire connaître la situation des droits humains au Mexique, a eu une conversation avec l’évêque d’Ottawa, Terrence Prendergast, qui insista pour qu’il signe une déclaration dans laquelle il s’engageait, lui et son organisation, à défendre la vie, de la conception à la mort naturelle. Le père Arriaga refusa la demande considérant qu’elle attentait aux droits fondamentaux. Il dut retourner au Mexique.

Il ne s’agit pas là de faits isolés. Diverses organisations d’Amérique latine rendent compte de faits similaires en rapport à D&P.

Ce qui est en train de se passer révèle à la fois l’hétérogénéité du catholicisme vécu en Amérique latine et les pressions qu’exercent divers groupes sur les évêques pour imposer leur vision du monde. Des catholiques en lien avec la théologie de la libération et promouvant la justice sociale entrent ainsi en confrontation avec des catholiques centrés sur une éthique individuelle défendant la vie. Des nostalgiques de la chrétienté s’opposent à la pratique de chrétiens qui assument les défis d’une Église incarnée dans le monde.

Malheureusement, les conséquences de ces affrontements retombent sur des groupes qui y sont étrangers. Dans le cas du Centre Prodh, les fonds de D&P auraient été employés pour des projets éducatifs en matière de défense des droits des migrants au Mexique. Grâce à Dieu, l’aide financière d’autres personnes a permis la continuité de ces projets.

Il faut éviter de s’enfoncer dans un débat sans fin et irrationnel qui se fonde sur la condamnation des autres et sur une quelconque prétention à posséder la vérité. Nous devons plutôt établir des manières d’agir dans le monde actuel qui se fondent sur le dialogue. Le site Internet LifeSiteNews a adopté une attitude intransigeante qui ne contribue en rien à améliorer les relations entre les diverses composantes du catholicisme. De plus, il nous éloigne des problèmes sociaux auxquels nous sommes invités à réfléchir sans chercher des privilèges, ni nous laisser imposer des visions du monde. D&P est une instance de l’Église catholique du Canada et les décisions qu’elle est amenée à prendre ne doivent pas être monopolisées par une seule tendance du catholicisme canadien, mais refléter l’Église dans son ensemble.

1. Lire aussi dans Relations : « Le Centre Prodh », no 741, juin 2010 et « Développement et Paix dans le collimateur », no 750, août 2011.

Jeunes voix engagées

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