Relations novembre 2007

Nouveaux visages de la migration

Osire Glacier

Les réfugiés environnementaux

L’auteure, doctorante en études islamiques à l’Université McGill, est boursière au Centre justice et foi

Le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) définit les réfugiés environnementaux comme des personnes qui ont été forcées de quitter leurs habitations traditionnelles d’une façon temporaire ou permanente, à la suite d’une nette dégradation de leur environnement – par des causes naturelles ou humaines – qui bouleverse leur cadre de vie ou qui déséquilibre sérieusement leur qualité de vie. Par dégradation de l’environnement, on entend un changement physique, chimique ou biologique dans l’écosystème, le rendant temporairement ou définitivement inadapté pour une habitation humaine.

Ce concept correspond à une réalité nouvelle. En effet, si le terme « réfugié » s’appliquait jusque-là à toute personne fuyant son pays à cause de conflits armés ou pour des raisons politiques, les conséquences des changements climatiques font que ce terme s’étend maintenant à toute personne fuyant son pays pour des raisons environnementales. D’ailleurs, les prévisions des scientifiques dans le domaine confirment cette nouvelle réalité : l’ONU estime à 50 millions le nombre de réfugiés climatiques d’ici 2010. Pour sa part, le Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) évalue que, d’ici 2050, entre 60 et 150 millions de personnes souffriront de famine, de pénuries d’eau ou d’autres fléaux climatiques, tels que les tempêtes côtières et les inondations brusques. Et ce chiffre pourrait grimper à 400 millions d’ici 2080.

Les experts du GIEC ont constaté qu’à cause de l’activité humaine, la concentration de CO2 dans l’atmosphère est nettement plus élevée qu’elle ne l’a été durant les 400 000 dernières années, phénomène qui va entraîner un réchauffement climatique se situant entre 1,8 et 4Ës C. Or, c’est à partir d’un réchauffement supérieur à 2Ës C que les risques de phénomènes climatiques non maîtrisés pourraient survenir.

Par ailleurs, ces experts affirment que si tous les pays de la planète seront touchés par le réchauffement climatique, les pays du Sud seront plus exposés que ceux du Nord qui sont pourtant les principaux pollueurs. Ainsi, les conséquences du réchauffement climatique se traduiront, en Amérique du Nord, entre autres par une augmentation des vagues de chaleur sur les villes, une augmentation des tempêtes violentes sur les côtes, une diminution de la surface enneigée des massifs montagneux de l’Ouest, une baisse du débit des rivières et du niveau des lacs, une augmentation de la demande d’eau et des difficultés d’approvisionnement pour la production d’hydro-électricité. En revanche, les conséquences du réchauffement climatique seront plus dramatiques dans les régions arctiques, africaines et côtières. Ainsi, les communautés inuits seront victimes de la fonte des glaces en Amérique du Nord et au Groenland, pendant que les populations africaines seront de plus en plus menacées par le manque d’eau, le rétrécissement du lac Tchad, le dessèchement des terres arables, des périodes de sécheresse prolongées et l’inondation des grands deltas qui hébergent aujourd’hui 300 millions de personnes. Ces populations viendront alors grossir les rangs des personnes fuyant les tempêtes côtières et les économies en crise des États insulaires du Pacifique, d’Afrique tropicale ou du bassin méditerranéen. À cause de tous ces phénomènes, les experts dans le domaine estiment donc que dans quelques décennies, le nombre des réfugiés environnementaux dépassera celui des réfugiés pour des raisons de guerre ou de violence.

Comme la législation internationale concernant les réfugiés date de la Deuxième Guerre mondiale, les Accords de Genève définissent les réfugiés comme des personnes qui fuient, poussées par la peur d’être poursuivies sur la base de leur race, de leur religion, de leur nationalité, de leurs convictions politiques ou de leur appartenance à certains groupes sociaux. Autrement dit, cet accord définit le statut de réfugié et, par conséquent, il réglemente les droits qui en découlent. Or, comme les réfugiés environnementaux se trouvent à l’extérieur de leur pays d’origine pour d’autres raisons que la guerre et la violence, ces derniers ne bénéficient jusqu’à présent d’aucun soutien matériel ou juridique dans la communauté internationale. Cette absence d’une juridiction internationale concernant les réfugiés climatiques fait donc porter toutes les responsabilités d’une problématique collective sur les épaules d’individus qui sont, de plus, issus de communautés ou de pays économiquement défavorisés. Étant donné l’imminence de la crise humanitaire causée par la dégradation de l’environnement, une vision structurelle de cette problématique s’impose.

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