Relations mars-avril 2017

Violences : Entendre le cri des femmes

Réjean Bergeron

Les nouvelles technologies doivent se mettre au service des valeurs et des convictions pédagogiques – non l’inverse !

L’auteur, professeur de philosophie au Cégep Gérald-Godin, a publié Je veux être un esclave ! (Poètes de brousse, 2016)
 
 
Pour ou contre les technologies numériques dans nos salles de cours ? Trop souvent, on présente cette question comme s’il s’agissait d’un combat mettant aux prises les technophiles d’un côté et les technophobes de l’autre. Et si tout dépendait du type d’éducation que l’on désire donner à nos élèves ?
 
Pour savoir quelle place on veut accorder à ces technologies numériques à l’école, il faut avant tout s’interroger sur ce qu’est un être humain et sur ce qu’on entend par éduquer, enseigner et apprendre : en somme, sur ce qu’on attend de notre système d’éducation. Voulons-nous qu’il aide l’individu à s’adapter à son environnement ou à le transformer ? Qu’il fasse de l’individu un outil efficace qui saura répondre aux multiples demandes en provenance du monde extérieur ? Ou qu’il vise plutôt à « outiller » celui-ci afin qu’il soit en mesure de s’épanouir, de mieux saisir les enjeux auxquels il sera confronté afin d’agir par la suite d’une manière plus éclairée ?
 
Cet effort de réflexion et de lucidité constitue sans doute le meilleur moyen d’éviter que l’être humain succombe à la tentation métaphysique par excellence qui consiste à se mettre au service de sa propre création, et d’éviter, par exemple, que la pédagogie finisse graduellement par se mettre naïvement et aveuglément au service de la technologie.
 
Quel rôle pour l’école ?
Ainsi, face à l’omniprésence des technologies numériques dans notre environnement, il ne fait pas de doute que l’école a un rôle important à jouer pour permettre aux élèves de bien en comprendre toutes les implications dans leurs façons d’être, de penser et d’agir. Comme tout autre outil, les technologies numériques ne sont pas neutres ; elles véhiculent une certaine manière d’appréhender et de penser la réalité. C’est pourquoi tout système d’éducation digne de ce nom doit se donner comme mandat non pas de simplement préparer l’individu à vivre dans cet univers numérique, mais bien plutôt à comprendre celui-ci afin de le dominer.
 
C’est qu’il y a une grande différence entre éduquer avec le numérique et éduquer au numérique[1]. Se précipiter tête baissée vers ces technologies sans avoir fait le point sur les valeurs éducatives et pédagogiques que l’on promeut ou défend en tant qu’enseignant, c’est à coup sûr le meilleur moyen d’en devenir « esclave », de finir par être à la remorque de la dernière application qui, à grands coups de marketing, réussit à se faire passer pour la toute dernière panacée en matière de pédagogie.
 
Pourtant, à bien y penser, les bonnes approches pédagogiques de même que les valeurs profondes qui en sont le fondement ne devraient pas être remises en question au gré des modes ou des dernières trouvailles en matière de technologie numérique. Ceux qui se prêtent à ce petit jeu de la chaise musicale ne font que révéler la faiblesse de leurs convictions en matière de pédagogie.
 
Que voulons-nous pour nos élèves ? Qu’ils reçoivent une formation de base ainsi qu’une culture générale des plus solides qui leur permettront, par la suite, de maîtriser les divers champs du savoir théorique et technique auxquels ils seront initiés. Savoir compter, lire, écrire et comprendre un texte sont les bases à partir desquelles toutes les portes du savoir peuvent être ouvertes, y compris celles de l’univers du numérique.
 
Le numérique, pas une panacée
Comme nous le dit le rapport de l’OCDE intitulé Connectés pour apprendre ?, « le fait de garantir l’acquisition par chaque enfant d’un niveau de compétences de base en compréhension de l’écrit et en mathématiques est bien plus susceptible d’améliorer l’égalité des chances dans notre monde numérique que l’élargissement ou la subvention de l’accès aux appareils et services de haute technologie[2]. » D’autant plus que « les pays qui ont consenti d’importants investissements dans les TIC dans le domaine de l’éducation n’ont enregistré aucune amélioration notable des résultats de leurs élèves en compréhension de l’écrit, en mathématiques et en sciences[3] », nous révèle cette même enquête. Trop étant comme pas assez, les pays de l’OCDE où l’usage de ces technologies est plus élevé que la moyenne ont même enregistré de moins bons résultats dans les mêmes domaines d’apprentissage.
 
Que conclure de tout cela ? Que la modération a bien meilleur goût, qu’un effort de discernement doit précéder l’utilisation de ces technologies et que les objectifs pédagogiques doivent être bien définis avant d’en faire usage si on veut s’assurer que ce soit bel et bien la technologie qui se mette au service de la pédagogie, de nos convictions et de nos valeurs profondes, plutôt que l’inverse.

 

 


[1] Philippe Bihoux, Karine Mauvilly, Le désastre de l’école numérique, Seuil, 2016, p. 84.
[2] OCDE/Pisa, Connectés pour apprendre ? Les élèves et les nouvelles technologies, 2015, p. 35.
[3] Ibid., p. 5.

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