Relations août 2012

La mémoire vivante

2 août 2012 Jacques Monet

Les Archives des Jésuites : lieu de mémoire et d’inspiration

L’auteur, jésuite, est historien aux Archives des Jésuites du Canada

Depuis l’ouverture à Montréal, le 22 septembre 2009, des Archives des Jésuites du Canada, plus de trois cents chercheurs ont manifesté leur intérêt à les consulter et plus de la moitié l’ont fait en personne. D’autres visiteurs, individuellement ou en groupe, sont venus prendre connaissance de ce nouveau lieu qui regroupe sous un même toit des éléments qui étaient dispersés et qui, compte tenu de leur importance historique, méritent des conditions de préservation optimales.
 
Beaucoup de parents, de descendants de parents ou d’associés des jésuites canadiens – il y en a quelque deux mille depuis 1611 –, consultent ces archives pour découvrir leurs ancêtres ou compléter leur généalogie. D’autres, collectionneurs de livres rares et d’objets d’art, amateurs de musique, d’exploration ou de voyage, y cherchent des renseignements historiques. D’autres encore, spécialistes des langues autochtones, fouillent les dictionnaires et les compositions liturgiques en amérindien. Enfin, des étudiants, des professeurs et des historiens réalisent des travaux de recherche qui touchent la présence séculaire des jésuites dans notre histoire.
 
Les jésuites font partie du mythe fondateur du Canada. De plus, ils ont joué un rôle critique, sinon majeur, dans la continuité de notre communauté et de son destin, notamment dans les tout premiers établissements de la Nouvelle-France; dans le dialogue diplomatique avec les Premières Nations; au cœur des grandes découvertes et des confrontations politiques; dans l’enseignement collégial et universitaire; dans l’engagement social. Cela est bien reflété dans nos documents sur nos rayons – faisant l’équivalent de deux kilomètres linéraires –, où se trouvent des contrats et de la correspondance privée, des récits de voyage et des rapports scientifiques, des registres paroissiaux et des journaux quotidiens des communautés, les fameuses Relations des Jésuites, des actes pontificaux et royaux, etc. On y voit naître, évoluer et parfois mourir des institutions, des missions et des œuvres qui, très souvent, nous font comprendre et nous rappellent comment nous sommes devenus ce que nous sommes.
 
Ces deux kilomètres comprennent aussi des trésors de documents et d’objets précieux et rares : entre autres, une première édition des Voyages de Champlain; la série de dictionnaires Hurons et Ojibwés écrits à la fois par les héros de la mission mystique des années 1640 et par les « grands voyageurs » des longues et interminables randonnées dans le Nouvel Ontario, au tournant du XXe siècle; la carte tracée par le père Jacques Marquette lors de sa découverte du Mississippi, en 1673; les portraits et les paysages amérindiens de l’île Manitoulin par l’artiste peintre jésuite Nicolas Point; l’original du Journal (1852-1877) du père Dominique du Ranquet (1813-1900), généralement reconnu comme l’un des missionnaires les plus importants du XIXe siècle. On pourrait aussi énumérer les manuscrits originaux de célèbres auteurs jésuites comme l’historien Félix Martin, l’archéologue Arthur Jones, ou encore le théologien Bernard Lonergan. Et tant d’autres!
 
Parmi ces documents sans prix, plusieurs sont, en plus, plein d’un souffle spirituel extraordinaire. Je pense à la lettre de 1653 du père Paul Ragueneau sur la vie spirituelle de son confrère Jean de Brébeuf et aux autographes des pères Cholonec (1641-1723) et Chauchetière (1645-1700), accompagnateurs de la jeune Kateri Tekakouita.
 
Dans tous ces cas, les Archives sont plus qu’un lieu de mémoire. Elles deviennent aussi des témoins de la foi de nos ancêtres et de leur manière de reconnaître l’action de l’Esprit Saint, qui survole chacune des générations. Les Archives deviennent ainsi des lieux d’inspiration.
 



Restez à l’affut de nos parutions !
abonnez-vous à notre infolettre


Send this to a friend