Relations Hiver 2021-2022

La jeunesse qu'on exclut

2 août 2012 Claude Vaillancourt

L’engagement non partisan est aussi essentiel que la voie partisane

L’auteur, professeur de littérature au Collège André-Grasset, écrivain et militant, est président d’ATTAC-Québec
Les partis au pouvoir ont plutôt tendance à se mettre au service des classes dominantes. Dans ce contexte, pour plusieurs, une solution s’impose : créer et investir des partis politiques différents, progressistes et ouverts aux revendications sociales. Ces partis seront ainsi guidés par des citoyens impliqués qui empêcheront que les intérêts particuliers l’emportent sur les intérêts collectifs.
 
Les dérives du pouvoir
Ce choix est on ne peut plus louable et les mouvements sociaux ont besoin d’avoir des relais au sein des partis politiques pour porter leurs idées, les défendre et les mettre en œuvre. Mais il semble évident que les politiciens y parviennent difficilement seuls. Rappelons-nous que le néolibéralisme s’est installé après que les mouvements sociaux aient remporté d’importantes victoires. Plusieurs avaient accordé leur confiance à des gouvernements de gauche pour préserver les acquis de ces luttes parfois douloureuses. Le Parti québécois est l’exemple flagrant d’un parti qui avait un programme aux objectifs sociaux ambitieux, avec une base militante nombreuse et active. Pourtant, une fois au pouvoir, il n’a pas résisté aux pressions et à l’idéologie dominante et a adopté une série des mesures néfastes : baisses d’impôts qui ont fragilisé les services publics, mesures désastreuses pour atteindre le déficit zéro, virage néolibéral dans la conception de l’État. Et ce, aux dépens de sa base, souvent considérée comme un adversaire aux yeux des dirigeants du parti. Le réveil a été principalement sonné par les groupes sociaux, aux premières loges pour évaluer, comprendre et se mobiliser devant de telles politiques.
 
De pareilles dérives ont aussi été observées en grand nombre à l’étranger. Par exemple, le Parti socialiste en France n’avait plus de socialiste que le nom sous le gouvernement de Lionel Jospin. Barack Obama, porté par l’appui et les dons multiples de simples citoyens dans sa campagne pour l’investiture du Parti démocrate, s’est ensuite en grande partie soumis aux volontés des élites d’affaires qui ont financé sa campagne présidentielle à coup de millions de dollars.
 
Un partage des tâches
Plusieurs ne se laissent pas abattre par de pareils résultats et croient que l’on peut faire mieux en formant de nouveaux partis politiques, comme Québec solidaire. Il faut espérer de tout cœur qu’ils aient raison. Le pouvoir politique est essentiel pour changer en profondeur les choses. Mais qui peut nous garantir que lorsque ces nouveaux partis s’approcheront de leur but, ils ne seront pas tentés – voire contraints – par les mêmes compromissions et les mêmes jeux de coulisses que leurs prédécesseurs?
 
D’où l’importance d’avoir un mouvement social actif et bien organisé. Au Venezuela, au Brésil, en Bolivie et en Équateur, des partis politiques de gauche ont réussi à prendre le pouvoir parce qu’ils ont profité d’un appui indispensable de mouvements sociaux solidement implantés. Les transformations sont plus profondes et plus durables si elles s’inscrivent dans une telle dynamique que si elles sont imposées par une élite politique, tout bien intentionnée soit-elle.
 
Parlons ici d’un partage des tâches : certains doivent choisir la voie de la politique partisane. Ils ne pourront cependant être efficaces que s’ils sont constamment épaulés par des personnes qui les suivent de près, les encouragent et leur donnent une importante approbation lorsqu’ils agissent en fonction du bien commun et de l’intérêt public. Mais qui sauront aussi les contester et les guider lorsque le parti s’éloigne de ses objectifs.
 
J’ai quant à moi fait le choix de militer hors des partis politiques. Je ne prétends pas, loin de là, que ce choix est le meilleur. Mais je sens que dans l’équilibre des forces actuelles, il reste un travail gigantesque à faire pour donner aux partis politiques la force et le bien-fondé d’entreprendre les transformations plus que nécessaires pour échapper aux multiples crises qui nous assaillent et faire en sorte que celles-ci aient l’appui d’une grande partie de la population. Or, se faire élire, entreprendre la bataille politique nécessite beaucoup de temps, de courage et d’énergie, mais comporte aussi son lot de « politicaillerie ». Ce qui ne permet pas toujours aussi librement de s’instruire, d’approfondir des dossiers, de demeurer actif dans la guerre – fondamentale – des idées. De plus, le militant non partisan profite d’un préjugé favorable : il ne veut pas le pouvoir, il ne travaille pas pour ses propres intérêts. Cela, à mes yeux, lui donne une formidable légitimité.



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