Relations mai 2012

Notre démocratie : fiction ou réalité?

Lucie Martineau et Sabrina Di Matteo

L’Église doit utiliser les moyens de son temps pour rejoindre les gens

Les auteures sont respectivement directrice des communications et adjointe au directeur/Service de formation à l’Église catholique de Montréal

L’Église catholique de Montréal fait de la publicité depuis des lustres. Traditionnellement, l’institution achète des espaces dans les quotidiens pour inviter la population à des célébrations liturgiques et des activités spéciales ou pour souligner des événements importants.

Avec l’arrivée du cardinal Jean-Claude Turcotte, en 1990, le style de ces publicités a évolué rapidement. Mgr Turcotte est un communicateur efficace et audacieux, connu pour ses propos directs et sa capacité de toucher tous les types de public. Il a choisi de s’allier à une jeune agence, BOS, et de faire de la publicité dans les églises, bien sûr, mais surtout à l’extérieur de celles-ci, à travers les médias traditionnellement utilisés pour annoncer des produits. BOS produit ainsi des campagnes qui attirent l’attention et qui suscitent la réflexion, parfois avec humour, en créant un lien de proximité avec le public.

Des publicités disant « Prions pour la paix » ont fait écho aux appels à la non-violence au début de la guerre en Irak, avec l’image percutante d’une arme à feu dont la gâchette est retenue par une croix. D’autres ont permis de revisiter le vocabulaire liturgique avec les mots employés depuis longtemps comme jurons au Québec : hostie, tabernacle, ciboire. Lors du débat sur la déconfessionnalisation du système scolaire, des annonces affichaient cette question : « Vos enfants savent-ils pourquoi ils ont congé à Pâques? » Puis, le panneau gigantesque affichant « Faites votre prière » à proximité de l’entrée du Pont Champlain, à Montréal, durant la semaine sainte 2011 et alors que des doutes surgissaient au sujet de la sûreté de nos infrastructures, a fait beaucoup parler de lui, tout comme la récente annonce « Prions », en vue des séries éliminatoires de hockey.

Quelques exemples
Théoriquement, l’Église de Montréal n’a pas les moyens de faire ce type de publicité. Mais l’agence BOS fait don de ses concepts et développe des créneaux auxquels les médias s’associent volontiers. Les succès sont nombreux, qu’il s’agisse de promouvoir la collecte annuelle ou de rappeler la présence active de l’Église dans la Cité.

On peut aimer ou ne pas aimer ce type de publicité. Certains diront que l’Église de Montréal est opportuniste. C’est vrai! Pourquoi pas? Les communications réussies sont souvent une série d’opportunités saisies ou planifiées. La publicité est un déclencheur, une passerelle vers les gens.


Être de son temps
L’Église peut-elle user de moyens publicitaires pour contribuer à la « nouvelle évangélisation »? Non seulement elle le peut, mais elle le doit, si elle veut réellement être une Église missionnaire. Car l’Église n’existe pas pour elle-même. Elle existe pour le monde, pour autrui, comme ferment du Règne de Dieu. Elle cherche à vivre et à faire connaître, malgré l’imperfection de sa réalité humaine, les fondements de ce Règne que sont la justice, la paix, la solidarité, le pardon, l’équité. La constitution pastorale Gaudium et Spes du concile Vatican II le reflète avec ces paroles fortes : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ
[] »

Par sa raison d’être, l’Église est à la fois dans le monde et hors du monde. Elle s’inscrit dans la réalité des sociétés, mais témoigne aussi de ce monde « autre » qu’elle habite : le monde de la transcendance, intimement relié au nôtre par l’incarnation de Dieu en Jésus Christ.

Ainsi, la publicité constitue une manière pour l’Église de signifier sa présence dans une société donnée et de rappeler aux citoyennes et citoyens, croyants ou non croyants, qu’elle est solidaire de leurs préoccupations. Sans prétendre expliquer l’Église et sa mission, la publicité est simplement un premier pas vers les personnes, une interpellation, voire une amorce de relation.

La nouvelle agora est celle des communications sociales, des médias sociaux, de l’interaction. Si saint Paul pouvait se rendre sur la place publique pour discuter avec le peuple et proclamer la présence du Christ, l’Église de maintenant doit utiliser les moyens de son temps pour descendre de ses parvis… et risquer la rencontre avec le monde.

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