Relations mai 2012

Notre démocratie : fiction ou réalité?

Jacques Racine

L’éducation citoyenne à l’école

L’auteur, théologien, a été membre du Conseil supérieur de l’éducation

Avec raison, on relie bien souvent la vitalité démocratique d’une société à la qualité de l’éducation citoyenne promue par son système éducatif. Dans le programme de formation de l’école québécoise, l’éducation à la citoyenneté est placée de façon explicite dans le domaine général de formation intitulé Vivre-ensemble et citoyenneté. C’est tout le personnel de l’école, considérée comme une microsociété, qui est invité à contribuer à développer une conscience citoyenne sous le leadership de la direction de l’école et du conseil d’établissement. Certaines disciplines sont plus directement identifiées comme lieux d’apprentissage au vivre-ensemble et à la citoyenneté. Par exemple, les programmes d’histoire ont la tâche de construire, chez l’élève, la conscience citoyenne et de consolider l’exercice de la citoyenneté. Le programme Éthique et culture religieuse doit quant à lui contribuer au développement de la pratique du dialogue moral. Enfin, le ministère de l’Éducation, des Loisirs et du Sport reconnaît que l’animateur à la vie spirituelle et à l’engagement communautaire joue un rôle significatif dans la formation citoyenne, en proposant aux élèves de réaliser divers projets.

Voici, brièvement résumées, les grandes visées officiellement retenues. Mais qu’en est-il sur le terrain? On constate que la situation est fort différente d’une école à l’autre. Certains enseignants en histoire n’acceptent pas le mandat qui leur est confié en éducation à la citoyenneté; trop d’enseignants des cours d’éthique et culture religieuse n’ont pas reçu la formation adéquate; des animateurs à la vie spirituelle et à l’engagement communautaire ont souvent à charge tellement d’écoles que leur influence ne peut être que restreinte; des directions d’école et des conseils d’établissement sont davantage préoccupés par les questions de gestion et négligent cette partie de leur mission, etc. Outre ces tristes constats, existe-t-il des exemples significatifs en matière d’éducation à la citoyenneté qui seraient à implanter plus largement dans le milieu scolaire?

En septembre 2011, plus de 3000 établissements scolaires adhéraient au regroupement des établissements verts Brundtland (EVB), initié par la Centrale de l’enseignement du Québec (CEQ, devenue en 1993 la Centrale des syndicats du Québec – CSQ). Dans un EVB, on « agit localement tout en pensant globalement », c’est-à-dire que l’on pose des gestes concrets et constants afin de contribuer à créer un monde écologique, pacifique, solidaire et démocratique. On y promeut des actions qui favorisent la démocratie, les droits humains, la coopération, l’équité, la solidarité, mais aussi la collaboration avec des organismes comme Oxfam, le Club 2/3, Équiterre, Amnistie internationale, Développement et Paix, etc. Ce mouvement s’inspire des travaux de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement, présidée par Gro Harlem Brundtland. Chaque école doit répondre à certains critères pour pouvoir être reconnue comme EVB. Il s’agit d’un véritable projet éducatif qui rejoint tous les membres de l’école.

Autre exemple d’effort de développement d’une conscience citoyenne : des enseignants font la promotion de la pédagogie coopérative qui s’inspire des travaux de Freinet et de Piaget. Les finalités de cette pédagogie rejoignent les exigences de la vie dans une société ouverte et plurielle : reconnaissance des droits et responsabilités des élèves, partage des tâches entre eux, résolution collective des conflits, réflexion régulière sur le vivre-ensemble du groupe ainsi que sur l’intégration de chaque élève. Certains professeurs au niveau primaire gèrent leur classe selon cette approche coopérative, en créant un conseil qui se réunit chaque semaine pour faire le point, distribuer les tâches aux élèves, résoudre les conflits, préciser les règles de fonctionnement et les obligations. Une école pourrait aussi être dite coopérative si tous les intervenants acceptaient de se laisser inspirer par cette pédagogie et par les pratiques auxquelles elle donne lieu.

Ces deux exemples ne doivent pas faire oublier les efforts des enseignants qui favorisent, au sein de leur enseignement des différentes disciplines, une véritable éducation à la citoyenneté attentive aux enjeux sociaux. Diverses activités parascolaires contribuent également à cette formation citoyenne : parlement-modèle, coopérative scolaire, voyage humanitaire, conseil d’école, etc. Certains proposent la création d’un cours spécifique d’éducation à la citoyenneté, mais cela ne la réduirait-elle pas à une « petite matière » marginale avec tout ce que cela signifie? Ne vaut-il pas mieux appuyer les réussites locales, favoriser leurs conditions de réalisation, les faire connaître? Devons-nous nous résigner à conclure que l’éducation à la citoyenneté n’appartient pas à la mission de toute l’école, que celle-ci n’a pas la responsabilité d’atteindre les finalités liées à ses programmes d’enseignement, qu’elle n’est pas, avec d’autres, garante par sa mission même de la vitalité de la démocratie au Québec?

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