Secteur Revue Relations

DOSSIER : Que vive la langue!

Le scandale de la misère

Par : Robin Couture
L’auteur est porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté

Le Collectif pour un Québec sans pauvreté sera en tournée cet automne pour exiger la couverture des besoins de base de tous les Québécois.
 
 
Beaucoup l’ignorent, mais au Québec, près d’une personne sur dix vit « dans le rouge ». En effet, des centaines de milliers de personnes seules (dont plusieurs avec des contraintes sévères à l’emploi en raison d’une maladie grave ou d’un handicap), des dizaines de milliers de couples sans enfants et près de 50 000 familles monoparentales, généralement avec des femmes à leur tête, n’ont pas un revenu suffisant pour combler leurs besoins de base. En tout, ce sont 750 000 personnes qui manquent cruellement de l’essentiel, qui sont obligées de faire des choix déchirants et qui vivent littéralement en situation de survie. La question se pose : comment pouvons-nous tolérer que ces personnes vivent dans de telles conditions? C’est un véritable scandale dans une société aussi riche que la nôtre.
 
Depuis sa fondation en 1998, le Collectif pour un Québec sans pauvreté mène une lutte acharnée en faveur de l’élimination de la pauvreté. Début 2011, il a lancé sa campagne Fixer des cibles de revenu pour le Québec, qui vise plus particulièrement l’amélioration immédiate du revenu des personnes assistées sociales et celui des travailleuses et des travailleurs pauvres. Dans le cadre de cette campagne, plusieurs actions citoyennes ont eu lieu, de l’envoi massif de courriels à tous les députés à la tenue de points de presse à l’Assemblée nationale, en passant par « l’occupation » de La grande guignolée des médias 2011. Ces efforts ont mené 53 députés (dont la majorité des députés actuels du Parti québécois) à promettre de tout mettre en œuvre pour que soit tenue une commission parlementaire ouverte sur ces enjeux, c’est-à-dire un grand débat de société sur la pauvreté.
 
Cet automne, le Collectif sera en tournée partout au Québec pour faire connaître les causes profondes qui expliquent ce scandale qu’est la non-couverture des besoins de base, lequel cache une histoire remplie d’injustices. Une histoire où les riches sont de plus en plus riches, où la classe moyenne s’érode petit à petit et où les plus pauvres demeurent pauvres. Une histoire où, malgré une croissance économique presque continue, les inégalités socioéconomiques augmentent et la richesse, elle, se concentre davantage dans les mains de quelques-uns. Une histoire où les travailleurs occupent de plus en plus des emplois précaires, à temps partiel et atypiques pour gagner toujours moins, et où certains ménages, comme les personnes seules et les couples sans enfants, sont laissés de côté.   
 
La couverture des besoins de toutes les personnes est un passage à emprunter pour sortir de la pauvreté. Cette pauvreté qui use ceux et celles qui la vivent, bafoue les droits les plus fondamentaux, prive la société québécoise de la pleine contribution de près d’un million de personnes et entraîne des coûts sociaux et des problèmes de santé immenses. Ainsi, le gouvernement péquiste fraîchement élu, à l’instar de la nouvelle Assemblée nationale, doit parler de ce scandale et agir pour y mettre fin. Et les Québécois qui, au cours des prochaines semaines, grâce au travail du Collectif, seront de plus en plus nombreux à connaître le fin fond de l’histoire, doivent veiller à ce que les élus agissent en ce sens.