Relations août 2009

Technoscience: la boà®te de Pandore

Simon Beaudoin

Le porc hypophosphorique

L’auteur est doctorant en sciences de l’environnement et assistant de recherche au Centre de recherche interdisciplinaire sur la biologie, la santé, la société et l’environnement (CINBIOSE)

Des chercheurs de l’Université de Guelph en Ontario proposent, depuis 10 ans, de produire des porcs transgéniques brevetés, sous le nom d’EnviropigMD, dont le fumier contiendrait moins de phosphore que celui des élevages conventionnels. En effet, l’alimentation des porcs est riche en phosphore – une matière indigeste pour ces animaux. Ceux-ci l’éliminent donc dans leur lisier. La solution? Modifier leur alimentation? Non! Créer plutôt des porcs transgéniques en introduisant dans leur code génétique un transgène contenant, notamment, un gène de souris et un gène de la bactérie E. coli. Cette modification génétique rend possible la production, dans leurs glandes salivaires, d’une enzyme (une phytase recombinante). Cette dernière, une fois dans le système digestif, permet la digestion d’une partie du phosphore alimentaire pouvant ensuite être absorbé par les intestins, lesquels produiront environ 150 fois plus de phytase que les concentrations normalement utilisées en élevage conventionnel. On ignore toujours quels seraient les impacts d’une surabsorption de phosphore sur la santé de ces animaux et sur la nôtre…

Cet « Enviropig » a donc été créé avant même l’examen global des enjeux et des impacts potentiels de l’introduction d’animaux transgéniques en agriculture[1]. Par exemple, si l’on diminue les rejets de phosphore par tête de bétail tout en maintenant les normes d’épandage des lisiers (basées sur la concentration en phosphore), verra-t-on s’accroître la densité animale par unité de surface – exacerbant ainsi l’ensemble des impacts socio-environnementaux?

Ce porc transgénique – pensé en fonction de la concentration agro-industrielle – pourrait être un des premiers spécimens d’animaux transgéniques à être introduit dans le cycle agroalimentaire. Il risque d’affecter beaucoup plus largement les équilibres vitaux des écosystèmes et les équilibres socio-économiques des communautés que ne peut le faire le phosphore. Mangera-t-on bientôt du porc transgénique hypophosphorique? En janvier 2009, la Food and Drug Administration des États-Unis autorisait, pour la première fois au monde, la commercialisation de viande d’animaux transgéniques. Serons-nous les prochains?



[1] Voir le texte de L. Vandelac et S. Beaudoin dans Porcheries! – La porciculture intempestive au Québec, Montréal, Écosociété, 2007, p. 254-276.

 

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