Relations juin 2010

Des voies pour réinventer l'économie

Iseult Séguin Aubé

Le mouvement des villes en transition

L’auteure, diplômée en développement économique communautaire et en design d’éco-communautés, fait partie de l’initiative Transition Québec centre-ville

 Nous faisons face actuellement à une diminution rapide des réserves planétaires de pétrole qui fondent notre modèle de société. Le pic de la production mondiale sera atteint d’ici 2020. Au cours des cinq dernières années, le prix du pétrole a fluctué à la hausse, ne descendant que très rarement en deçà de 50 dollars US le baril. Et tout comme le cours de celui-ci, le climat est de plus en plus instable. Mais alors que le double défi des changements climatiques et du pic pétrolier nécessite une réponse urgente et proactive, la dernière conférence des Nations unies sur les changements climatiques s’est soldée par un échec. Et si le pouvoir de renverser la tendance se trouvait au cœur de nos communautés plutôt qu’à l’ONU? C’est le pari pris par des centaines de collectivités qui s’activent au sein d’un nouveau mouvement baptisé « mouvement de transition ».

Fondé en 2006 par Rob Hopkins, à Totnes, en Angleterre, après que cet enseignant en permaculture eut développé l’idée de base avec ses étudiants, le mouvement se propage à travers le monde de manière virale. L’idée est simple : il s’agit d’amener les gens à sevrer leur collectivité de sa dépendance aux énergies fossiles et de les accompagner dans un processus d’acquisition de connaissances visant à renforcer leur capacité d’autosuffisance dans différents domaines comme l’alimentation, la santé et le transport.

Pour y arriver, le modèle propose de réunir quelques personnes dynamiques et mobilisées afin de mettre sur pied un comité initiateur d’éducation populaire. L’objectif est qu’après un an de travail sur le terrain, une partie importante des membres de la communauté soit conscientisée au double enjeu des changements climatiques et du pic pétrolier. Il est ensuite possible de créer des comités thématiques constitués de citoyennes et citoyens désirant passer à l’action. Un comité travaillant sur la question de l’alimentation pourrait, par exemple, choisir de mettre sur pied un marché local alors qu’un comité s’intéressant au transport pourrait développer un système de vélo libre-service. Le nombre de projets n’a de limites que la créativité et l’énergie disponibles au sein de la communauté.

Le pic pétrolier affectera nos sociétés de telle sorte que le recours à des savoirs ancestraux s’avérera nécessaire dans plusieurs domaines. Pensons, entre autres, aux techniques traditionnelles de conservation des aliments dont la transmission a été interrompue dans bien des régions. La grande « requalification » dont parle le mouvement de transition a pour but d’aider les individus à se réapproprier ces savoirs tout en les adaptant aux besoins actuels. Finalement, la dernière étape du modèle consiste à élaborer un plan d’action de descente énergétique pour mettre un terme à la dépendance de la communauté aux énergies fossiles. Le processus menant à la création de cet outil est foncièrement participatif, ce qui augmente les chances de le voir mis en pratique puisqu’une part importante de la communauté a contribué à son élaboration.

Le mouvement de transition fait tranquillement son apparition au Canada. Il y a maintenant douze initiatives officielles réparties dans tout le pays. Au Québec, une dizaine de communautés, notamment à Sutton et à Coaticook, tentent de mettre en pratique le modèle. Elles ne possèdent toutefois pas encore le statut d’initiatives officielles. Pour obtenir celui-ci, deux membres du comité initiateur doivent participer à une formation offerte par le Réseau de transition. Ces formations, de même que la majorité des ressources sur le sujet, ne sont toutefois pas encore disponibles en français. La question de la langue pose ainsi un frein à la propagation du mouvement au Québec et ailleurs dans la francophonie. Heureusement, cette situation devrait changer d’ici quelques mois puisque des francophones seront bientôt en mesure d’offrir la formation officielle. De plus, les éditions Écosociété publieront une version française du Transition Handbook – la référence du mouvement – d’ici l’automne 2010. Muni de ces ressources et outils, il est à espérer que le mouvement de transition se répande allègrement au Québec au cours des années à venir.

Consulter : www.villesentransition.net et www.transitionnetwork.org.

Des voies pour réinventer l'économie

Restez à l’affut de nos parutions !
abonnez-vous à notre infolettre

Share via
Send this to a friend