Relations novembre 2000

Le modèle américain

Louise Boivin

Le laquais canadien

L’auteure est recherchiste au Centre justice et foi

Paul Martin est fier de dire que le Canada donne le bon exemple!

Les 24 et 25 octobre prochain, Montréal accueillera la réunion du G-20, réunissant le Groupe des sept pays les plus riches, la Russie et plusieurs pays du tiers-monde rebapti­sés « économies de marché émer­gen­tes ». Le G-20 est présidé, de 1999 à 2001, par le ministre canadien des Finances, Paul Martin, un des principaux architectes du démantèlement des services publics et programmes sociaux canadiens pendant les années 90.

Si les effets dramatiques de la libéra­lisation des marchés sur les conditions de vie des populations n’inquiètent pas les chefs d’orchestre de la mondialisation économique, il n’en va pas de même pour l’impact des crises financières. L’ef­fon­drement en cascade des systèmes fi­nanciers durant la dernière moitié des années 90, au Mexique, en Asie, en In­donésie, en Russie et au Brésil, a eu un effet domino sur les investisseurs, sur les économies nationales et sur Wall Street.

Le G-20 a été créé en septembre 1999, lors de la rencontre du G-7 à Washington, pour juguler ces crises financières. Parallèlement, le G-7 créait un mégafonds d’urgence de 90 milliards de dollars qui constitue, en fait, un Plan Marshall pour les banques et les spéculateurs menacés de pertes lors de crises financières. Le mandat du G-20 est de promouvoir la mise en place de mesures de « stabilité financière » (déréglementation et normes communes) au sein des pays importants pour le commerce mondial. C’est la raison pour laquelle le G-20 regroupe, en plus des pays industrialisés membres du club sélect qu’est le G-7 (les États-Unis, le Canada, le Japon, l’Italie, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la France), la Russie, l’Afrique du Sud, l’Arabie saoudite, l’Australie, l’Argentine, le Brésil, la Chine, la Corée du Sud, l’Inde, l’Indo­nésie, le Mexique, la Turquie et l’Union européenne. Des représentants de la Banque centrale européenne, du Fonds monétaire international, de la Banque mondiale et de leurs comités stratégiques siègent également au G-20.

Les « politiques saines » que préco­nise le G-20 pour atténuer les crises financières consistent, entre autres, à réduire la dette publique des États (réduction draconienne des services publics, des programmes sociaux et des subventions à l’agriculture et à l’alimentation de base) ainsi qu’à accroître la participation du secteur privé dans la prévention et le règlement des crises. La recherche de « stabilité » du système financier que privilégie le G-20 doit aussi passer par l’instauration de normes uniformes pour les banques, les titres financiers et les entreprises.

Bref, ce que le G-20 présente comme une « nouvelle architecture financière » consiste essentiellement à poser des bases solides pour une déréglementation accrue des systèmes financiers, une concentration économique et financière plus grande et la subordination des économies locales aux élites financières nationales et internationales. C’est un pas de plus vers la disparition du contrôle démocratique des sociétés sur les leviers éco­nomiques.

Conséquence des manifestations de rue et des actions internationales simul­ta­nées qui accompagnent, depuis quelques années, chaque rencontre des institutions clés de la mondialisation, le discours de ces dernières insiste désormais, en toute démagogie, sur la lutte à la pauvreté, la réduction des inégalités so­ciales, etc. Il n’est donc pas étonnant que le président du G-20, Paul Martin, affirme dans son communiqué de presse que « la réunion d’octobre sera l’occasion tout indiquée de pousser plus loin les efforts déployés à l’échelle internationale afin que la croissance soutenue de l’éco­nomie mondiale se traduise par de meilleures conditions de vie, des revenus plus élevés et une plus grande sécurité pour la population de tous les pays ».

Paul Martin a révélé un peu plus ses orientations en matière de politiques macroéconomiques dans un discours prononcé devant le Comité des affaires étrangères et du commerce international, le 18 mai 2000 : « Aucun d’entre nous ne croit vraiment que l’État devrait dicter au secteur privé où et comment investir au Canada. Ajoutons que les investisseurs privés doivent avoir toute liberté de décider à quel endroit et dans quels secteurs ils veulent investir au niveau international ».

Paul Martin est fier de dire que le Canada a été le premier pays à faire l’objet d’une évaluation de ses règles financières par la Banque mondiale et le FMI. De là à se vanter de sacrifier la souveraineté nationale, il n’y a qu’un pas. Pour enrober le tout, le politicien bien avisé fait l’éloge de la « consultation de la société civile » pour résoudre les pro­blèmes de la mondialisation : « Dès mon entrée sur la scène politique, j’ai compris que le dialogue avec les organisations non gouvernementales et les autres membres de la société civile pouvait être extrêmement fructueux ». Un dialogue fructueux, certes, mais pour qui? 

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