Relations août 2009

Technoscience: la boà®te de Pandore

Cécile Sabourin

Le Forum mondial sciences et démocratie

L’auteure est présidente de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU)

Le Forum mondial sciences et démocratie (FMSD) est né de la volonté d’accueillir les scientifiques dans les forums sociaux mondiaux (FSM). En dépit du fait que les sciences, en particulier les technosciences, façonnent les sociétés modernes, les représentants des organisations scientifiques et universitaires ont jusqu’à maintenant peu participé aux FSM. C’est le plus souvent à titre individuel que certains d’entre eux y ont pris part. Afin de remédier à cette situation, quelques organisations ont pris l’initiative de tenir le FMSD les 26 et 27 janvier 2009, à la veille du Forum social mondial de Belém.

Il s’agissait principalement d’établir un premier dialogue d’envergure internationale entre les scientifiques et la société civile, entre ceux que l’on associe généralement à la production et à la transmission des connaissances et ceux que l’on considère comme des utilisateurs. Cette dichotomie réductrice fait d’ailleurs bondir les personnes qui exigent une plus grande démocratisation des sciences.

Près de deux cents personnes étaient présentes, des représentants d’organisations citoyennes, d’associations professionnelles et syndicales, voire d’organisations mixtes provenant de 18 pays aussi différents que l’Inde, le Brésil, la France et le Canada. Démontrant la complexité des enjeux et des défis à relever pour établir une vraie collaboration, les nombreux échanges et débats ont permis aux participants de dégager les consensus présentés lors de l’Assemblée des assemblées du FSM.

Le premier consensus réside dans l’affirmation que les connaissances – incluant la science – constituent le patrimoine commun de l’humanité. L’accroissement de ce patrimoine a représenté le plus grand accomplissement de l’histoire humaine. Le préserver et le rendre accessible à tous représentent le défi principal du nouveau réseau « sciences et démocratie », qui veut du même souffle promouvoir des modes de production des connaissances qui soient émancipatoires et favorisent l’avancement des sociétés. On identifie clairement l’atteinte du bien commun comme guide dans le choix des régimes et conditions encadrant le développement de la recherche. Dans cette veine, les participants rejettent l’idée que les connaissances puissent être acquises et utilisées principalement par de grandes entreprises avides de profits. Ils sont préoccupés par le fait que les pays et les institutions scientifiques disposent chacun de systèmes de production et de diffusion des connaissances, favorisant habituellement l’appropriation privée – propriété intellectuelle, brevets, etc. – et limitant l’accès aux découvertes scientifiques et aux savoirs traditionnels. Tous s’entendent ainsi sur la nécessité de contrer cette privatisation par la mise en place de mécanismes de partage.

Par ailleurs, la recherche, plus que jamais reliée aux technosciences, a de l’avis général contribué à l’émergence des crises environnementales, économiques, alimentaires ainsi qu’à l’essor des industries de guerre. De ce fait, comment pourrait-elle, comme persistent à le croire autant de scientifiques et de citoyens, résoudre des problèmes qu’elle a elle-même engendrés? À cet égard, la plus grande vigilance s’impose.

La question des valeurs propres à la communauté scientifique et ancrées dans son histoire et sa culture n’a pas échappé aux discussions. Le caractère universel de la science, l’autonomie, la liberté de recherche et l’exercice de la responsabilité sociale permettent, en théorie, aux chercheurs l’exercice de leur jugement critique et une ouverture sur le monde et sur les diversités culturelles et sociales contemporaines. Mais dans quelle mesure ces valeurs leur permettent-elles, dans les faits, d’échapper aux pressions de la globalisation capitaliste et aux dérapages? Confrontés à la nécessité d’obtenir des fonds pour poursuivre leurs recherches dans des contextes où la compétition est vive et les critères – thèmes ciblés, équipes, partenariats avec le privé, etc. – toujours plus contraignants, plusieurs scientifiques se voient forcés à des compromis. Ces exigences inspirées par le secteur privé et intégrées aux politiques gouvernementales accroissent la vulnérabilité des scientifiques et fragilisent l’intégrité de la recherche.

Étant d’avis que le bien commun et la vie humaine doivent être les valeurs centrales des pratiques de recherche, plusieurs considèrent qu’une alliance avec la société civile et l’instauration de processus décisionnels démocratiques sont essentielles pour contrer la mainmise des pouvoirs corporatifs privés, militaires et étatiques, voire des religions, sur la production et la diffusion des connaissances scientifiques et technologiques. Ce sont eux qui dictent actuellement les priorités en matière de recherche et d’innovation. Les enjeux et la tâche sont immenses. Pour donner toute sa force à ce réseau prometteur voué à la démocratisation des savoirs, il faut maintenant en préciser les priorités, développer davantage une culture commune et l’élargir aux plans géographique et disciplinaire. Consulter : http://fm-sciences.org.

 

Technoscience: la boà®te de Pandore

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