Relations septembre 2011

Jeunes voix engagées

Élisabeth Garant

Le féminisme dans tous ses états

L’auteure est directrice du Centre justice et foi et de Relations

Les États généraux sur le féminisme permettent de lancer une réflexion collective sur son avenir.

Il y a près de 20 ans avait lieu le forum Un Québec féminin pluriel (du 29 au 31 mai 1992), né dans la foulée des audiences de la commission Bélanger-Campeau et du refus du pouvoir politique d’accorder un seul siège de commissaire au mouvement des femmes. Cette importante rencontre, qui regroupait des représentantes de plus de 1000 groupes de femmes, avait posé les bases d’un projet d’égalité entre les sexes en portant une attention particulière aux inégalités pour transformer les contextes dans lesquels l’égalité pouvait prendre place, et ce pour le bénéfice de l’ensemble de la population.

L’événement Regards sur 20 ans d’actions et d’analyses féministes, tenu les 27 et 28 mai derniers à Montréal, a été l’occasion de faire le bilan du chemin parcouru depuis et de lancer des États généraux pour amorcer une démarche de réflexion sur l’avenir du féminisme, qui se déploiera jusqu’à l’automne 2013. Cette idée a d’abord été lancée par la Fédération des femmes du Québec, mais l’objectif est de rejoindre l’ensemble du mouvement des femmes et de trouver des façons de se mettre à l’écoute de celles qui ne sont pas dans le mouvement.

Cette convocation n’est pas le symptôme d’un mouvement à la recherche d’un second souffle. Au contraire, les moments forts qu’ont été la Marche du pain et des roses (1995) et les deux Marche mondiale des femmes (2000 et 2010), de même que la naissance du regroupement RebELLEs prouvant que de jeunes féministes assurent la suite des luttes, sont autant de manifestations de son dynamisme.

Mais force est d’admettre la faible portée politique des actions que le mouvement a menées ces dernières années pour faire avancer les luttes, comme celles contre les causes de la pauvreté et de la violence faite aux femmes. C’est que le contexte dans lequel intervient le mouvement des femmes change et le force à développer de nouvelles stratégies.

On assiste en effet depuis quelques années à des attaques répétées contre le féminisme, mais aussi à sa récupération à d’autres fins que celles du respect des droits des femmes et de leur dignité. La montée des fondamentalismes politiques et religieux menace un des principaux acquis des dernières années, soit le fait d’être enfin reconnues, en tant que femmes, comme sujets à part entière, capables de choisir pour nous-mêmes. Les coupes majeures dans les subventions aux organisations de femmes, surtout celles chargées de la défense des droits et des luttes politiques, obligent à une importante remise en question de nos pratiques et des leviers dont nous disposons pour assurer la réalisation de l’égalité pour toutes.

Un rapide tour d’horizon de deux décennies permet de rappeler que le mouvement des femmes a contribué à la proposition d’un vivre-ensemble qui repose sur la volonté de traiter chaque personne comme une citoyenne à part entière, en portant une attention particulière aux inégalités qui touchent les femmes les plus vulnérables parmi nous, dont celles qui sont victimes de plus d’une discrimination (pauvres, immigrantes, handicapées, etc.).

Avec ces États généraux, plusieurs chantiers de réflexion sont lancés, notamment sur la violence, la justice, la santé, la famille, la culture, le développement économique, l’écoféminisme, etc. Parmi ces grands enjeux, deux questions demeurent délicates : la laïcité et la prostitution. Elles sont sources de tensions et de positions difficiles à concilier. Les deux prochaines années seront cruciales pour trouver une approche qui fasse véritablement avancer les droits des femmes sur ces questions.

Les femmes expérimentent au sein même de l’engagement féministe la construction d’une identité ouverte aux différences qui est courageuse, novatrice et dans laquelle un projet social inclusif porteur pour l’ensemble du Québec est en germe. Les deux prochaines années consacrées à ces États généraux verront donc se multiplier des invitations à des événements permettant aux femmes de s’appuyer sur ces acquis pour réfléchir et prendre la parole sur les nouveaux enjeux et défis qui attendent le féminisme, mais aussi la société québécoise. Et comme quelqu’une le rappelait avec justesse au cours de cette rencontre très motivante : « Le féminisme est loin d’avoir fait son temps puisque le patriarcat n’a pas fait le sien. »

Jeunes voix engagées

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