Relations juillet-août 2016

À qui la terre? - Accaparements, dépossession, résistances

Andréanne Bissonnette

Le discours virulent de Donald Trump sur l’immigration est loin de faire l’unanimité

L’auteure est chercheure en résidence à la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l’UQAM

Le discours de Donald Trump est virulent et controversé à plusieurs égards. Une de ses cibles préférées est la question de l’immigration, en particulier l’immigration non documentée, souvent dite « illégale ». De sa proposition de construire un mur à la frontière américano-mexicaine à sa volonté d’empêcher temporairement l’entrée de tout musulman en sol américain, Trump dépeint l’immigrant comme étant la source des problèmes des Américains. Ses propositions extrémistes se présentent alors comme des solutions à ces « problèmes » afin de redonner aux États-Unis leur lustre soi-disant perdu, comme le stipule son slogan de campagne « Make America Great Again ».
 
Les clientèles électorales de Trump
À travers ses positions xénophobes, Donald Trump s’adresse d’abord à une clientèle électorale bien précise : les « immigration voters », soit les électeurs qui placent la question de l’immigration au centre de leurs préoccupations. La rhétorique de Trump sur l’immigration, de façon générale, et sur l’immigration non documentée en provenance du Mexique plus particulièrement, exacerbe un impératif sécuritaire qui existe depuis plus de deux décennies face aux Latino-Américains. Le durcissement du discours sur l’immigration au cours de cette période a mobilisé au fil des ans des concepts qui ont alimenté un sentiment de peur au sein de la population américaine envers les migrants non documentés. En prônant une fermeture de la frontière et la déportation de près de 11 millions de migrants, Trump vient donc canaliser les préoccupations d’une part de la base républicaine qui ne se retrouve plus dans les positions de l’establishment d’un parti qui demeure entre autres conscient du poids économique de la main-d’œuvre d’origine mexicaine et soucieux de plaire à un électorat latino-américain plus conservateur sur certaines question morales.
 
Plus encore, le discours du candidat républicain électrise également ce que l’on appelle les « scared voters » (les électeurs « apeurés ») en mobilisant l’amalgame entre immigration et terrorisme déjà à l’œuvre dans les discours publics sur la « guerre au terrorisme » et l’immigration musulmane. En proposant des réponses sécuritaires à un problème humain, le milliardaire cultive la perception que la fermeture des frontières améliorera nécessairement la sécurité de la population. À travers son discours, Trump amalgame aussi immigration et perte d’emplois, touchant alors un sujet qui est source d’insécurité pour de nombreux Américains, notamment dans les États formant la Rust Belt, l’ancien cœur de l’Amérique industrielle aujourd’hui gravement affecté par les délocalisations et le chômage. Dans ces États du nord-est où les effets de la crise économique de 2008 perdurent, le sentiment que les immigrants « volent » les emplois des Américains est palpable. En affirmant qu’il s’assurera de donner des emplois en priorité aux Américains, Trump rallie des électeurs désillusionnés par une économie qui les défavorise. Sa rhétorique controversée sur la question de l’immigration vient ainsi réveiller chez certains une xénophobie dormante, alors que chez d’autres, elle alimente une xénophobie assumée. Mais Donald Trump n’est pas à l’origine de cette volonté d’ériger davantage de barrières physiques et légales à l’immigration ; il profite d’une grogne déjà présente dans une partie de la population et la pousse un cran plus loin en matière de fermeture à l’autre.
 
Un discours qui polarise
Bien qu’électrisant pour une partie de l’électorat, le discours de Trump sur l’immigration ne peut être transposé à l’ensemble de la population américaine : la position dominante est beaucoup plus nuancée. Les récents sondages du Pew Research Center montrent en effet une polarisation de la société américaine sur ces enjeux, avec 78 % des démocrates qui considèrent les immigrants comme une force pour les États-Unis, alors que seulement 35 % des républicains défendent cette vision. Cette virulence des propos de Donald Trump alimente des confrontations qui, comme ce fut le cas en Californie, État à forte population hispanique, deviennent parfois violentes.
 
Malgré cela, au sein même du Parti républicain, on observe également des dissensions face au discours de Trump. À plusieurs reprises, dans le cadre de sondages à la sortie des bureaux de vote durant les primaires, les électeurs républicains se sont majoritairement dits en opposition avec la politique du « deport-them-all » (« déportez-les tous ») proposée par Trump[1]. La surmédiatisation des propos controversés du candidat à l’investiture républicaine et la popularité de ses rassemblements renvoient l’image d’un discours dominant, d’un soutien global envers sa rhétorique xénophobe. Toutefois, sa position face à l’immigration ne peut être considérée comme représentative de l’opinion de la population américaine. Certes, la montée d’une telle candidature peut être vue comme problématique, voire inquiétante, mais il faut éviter de généraliser l’attrait manifeste des positions de Trump en matière d’immigration à l’ensemble de la population américaine.

 


[1] Voir CNN Politics, « Republican Exit Polls », [en ligne] : <cnn.com/election/primaries/polls>. 

Restez à l’affut de nos parutions !
abonnez-vous à notre infolettre

Share via
Send this to a friend