Relations septembre-octobre 2014

Christine Cadrin-Pelletier

Le déni. Enquête sur l'Église et l'égalité des sexes

Femmes dans l’Église

 
« Il m’a semblé que, dans l’Église actuelle, il y a trois pierres périssables dangereusement engagées dans les fondations : la première est un gouvernement qui exclut la démocratie; la deuxième est un sacerdoce qui exclut et minimise la femme; la troisième est une révélation qui exclut, pour l’avenir, la Prophétie », Pierre Teilhard de Chardin (cité en p. 370).
 
Voici un livre qui rappelle à l’Église la brûlante actualité de cette observation de Teilhard de Chardin et l’enjoint à agir sans tarder, à défaut de quoi son avenir est en jeu, du moins en Occident. Préfacé par le théologien et jésuite Joseph Moingt, cet ouvrage se divise en trois grandes sections : l’Église et le féminin, l’Église et le masculin, l’Église et le patriarcat. Il s’agit bien ici de l’Église institutionnelle, une structure hiérarchique et androcentrée, consolidée par des siècles de discipline, de définitions théologiques et d’exhortations apostoliques. De tout temps, cette Église a voulu définir et orienter la vie des hommes, mais plus encore celle des femmes. Les auteures montrent comment l’élaboration d’un discours patriarcal ambigu – alliant vénération et condamnation des femmes, exaltation du rôle de mère mais exclusion des femmes des fonctions de gouvernement, de transmission de la parole et d’administration des sacrements de l’Église – infériorise les femmes et les confine dans un rôle de service, jugé approprié à leur « nature ». Selon les auteures, cette vision essentialiste enferme les femmes dans un carcan identitaire et ne laisse aucune place à l’évolution de la pensée.
 
L’Église s’attache à la dimension sexuée des êtres humains pour les distinguer et justifier les rôles et les fonctions qu’elle leur attribue. Qu’il s’agisse des exigences du célibat des prêtres; des scandales de pédophilie parmi le clergé; de l’interdiction pour les prêtres de se marier ou pour les femmes d’être ordonnées; de l’indissolubilité du mariage; de l’interdiction pour les divorcés d’avoir accès aux sacrements; du rejet de la contraception et, à plus forte raison, de l’avortement; tous ces sujets relèvent de la prétention du magistère à contrôler l’exercice de la sexualité des chrétiens et chrétiennes. Les auteures illustrent comment l’Église s’est progressivement dotée d’un échafaudage théologique complexe qui se veut garant de l’ordre établi – les hommes au pouvoir, les femmes en service – mais qui, en réalité, suscite de réelles souffrances, provoque la désertion de croyants et de croyantes et génère des scandales.
 
Les paroles et les gestes de Jésus ne devraient-ils pas être la source d’inspiration principale pour le développement des rapports hommes/femmes? Les auteures réfèrent à l’Évangile pour contester l’attitude de l’Église qui, trop souvent, semble nier aux femmes et aux hommes de ce temps leur qualité d’être humain à part entière, en tout égaux. Elles estiment que, se sentant menacée, l’Église juge sévèrement la société dont elle craint l’évolution. Entre l’Église et la société, le dialogue semble inopérant, le fossé infranchissable, la rupture de sens contraire à toute espérance.
 
En somme, cette lecture féministe des défis auxquels l’Église doit faire face devrait être un incitatif à se délester des visions passéistes des rapports hommes/femmes, tant dans la société que dans l’Église. Ce livre, par cette vigoureuse dénonciation du caractère patriarcal de l’institution ecclésiale, risque de provoquer, de révolter, de blesser, mais également de soulager ou d’encourager. Il doit être lu, nuancé et discuté en fonction de l’expérience de chaque chrétien et de chaque chrétienne, clercs et laïques, afin d’envisager l’avenir dont chacun et chacune est responsable en Église, peuple de Dieu.

Maud Amandier, Alice Chablis
Le déni. Enquête sur l’Église et l’égalité des sexes
Montréal, Novalis, 2014, 392 p.

 

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