Relations décembre 2002
Le boom du tiers-monde?
L’auteur est professeur adjoint au Département de géographie de l’Université Laval
Le tableau démographique de ce qu’on appelle globalement le tiers-monde présente des aspects très variés d’un pays à l’autre. Ces différences s’expliquent par le phénomène de la transition démographique : le passage d’un régime démographique traditionnel, où la fécondité et la mortalité sont élevées, à un régime moderne de fécondité et de mortalité beaucoup plus faibles.
Dans cette transition, la baisse de la mortalité intervient en premier. Elle procède de facteurs d’ordre économique et technique tels que l’amélioration de l’hygiène et de l’organisation des services de santé, de l’alimentation et de la productivité agricole. Ces facteurs entraînent à leur tour une transformation des causes de décès, les maladies infectieuses disparaissant progressivement au profit des maladies chroniques et des accidents.
La baisse de la natalité n’intervient souvent que plusieurs décennies plus tard. Elle découle avant tout de la modification nécessairement lente de comportements socioculturels. Les facteurs y contribuant sont notamment l’éducation des femmes et leur autonomie dans l’économie locale, ainsi que la diminution de la pauvreté des ménages, qui rend moins prégnante la perception de la famille comme force de travail. Dans cette évolution des mentalités, la contraception n’est qu’un moyen, dont l’usage se généralise très lentement si les structures sociales et culturelles n’évoluent pas.
Le décalage manifeste qui s’opère entre cette baisse de natalité et la baisse de la mortalité, provoquée par l’amélioration directe des conditions de vie, est à l’origine des taux d’accroissement importants de la population, qui sont associés au tiers-monde. Or, l’équation « tiers-monde = démographie galopante » est simpliste et réductrice.
Cette évolution démographique a aussi prévalu en Occident au XIXe siècle, dès les débuts de la révolution industrielle : la chute de la mortalité ne s’est pas accompagnée non plus d’une baisse parallèle de la natalité. Aujourd’hui, les pays occidentaux ont achevé leur transition : tant la natalité que la mortalité y sont faibles, provoquant en retour de faibles taux d’accroissement de la population.
De plus, il existe une très grande disparité démographique entre les pays du tiers monde. Certains ont à peine entamé leur transition démographique; leur mortalité y est en baisse rapide, mais leur natalité demeure élevée, en Afrique subsaharienne notamment. À l’inverse, d’autres pays, surtout en Amérique latine et en Asie, voient leur taux de natalité diminuer rapidement, indice d’une transition démographique avancée.
On peut ainsi distinguer trois phases dans la transition démographique. La première se caractérise par une mortalité en baisse, mais une natalité qui demeure élevée : l’accroissement naturel augmente. La deuxième voit s’amorcer une baisse de la natalité, mais avec une mortalité très faible : l’accroissement naturel est maximal. La troisième voit la diminution de la natalité s’accentuer : l’accroissement naturel diminue rapidement.
La tendance mondiale est donc à la progressive diminution du taux d’accroissement de la population, au fur et à mesure que les pays du tiers monde avancent dans le processus de transition démographique. Il est bien évident, compte tenu des facteurs qui influent sur la baisse de la natalité, que la croissance durable favorise une transition accélérée. Le pic de l’augmentation de la population mondiale a été enregistré en 1989, avec un accroissement de 87 millions de personnes. En 2000, l’accroissement net de la population mondiale était de 77 millions. Conséquence : alors que l’on prévoyait, en 1975, une population de l’ordre de 7 milliards d’habitants pour 2000 et de près de 15 milliards pour 2020, alimentant des scénarios catastrophiques de famine généralisée, on a enregistré une population de 6 milliards en 2000, et les prévisions moyennes actuelles de l’ONU tablent sur 9,3 milliards de personnes en 2050, et sur une stabilisation de la population mondiale aux environs de 9,6 milliards.


