Relations novembre-décembre 2016

La trahison des élites : Austérité, évasion fiscale et privatisation au Québec

Michel Lacroix

L’aventure fraternelle des capucins à Hull 1967-2014. Annoncer l’Évangile autrement – Claude Auger

Ce petit livre raconte l’histoire de la fraternité des frères capucins dans un milieu pauvre de Hull. L’auteur, capucin lui-même, commence par présenter les origines de sa communauté, en faisant remonter sa fondation jusqu’à François d’Assise. D’aucuns trouveraient que c’est partir de loin pour présenter l’aventure des frères capucins à Hull. Personnellement, j’ai aimé ce rappel historique qui nous ramène aux sources spirituelles de la communauté. Claude Auger a sans doute voulu montrer que l’insertion des frères capucins se situait en droite ligne avec la pensée et l’orientation de saint François, et il le réussit très bien.
 
Il présente ensuite rapidement l’histoire du diocèse et ses différents évêques. Puis, il explique les raisons qui ont poussé les capucins à venir s’installer à Hull, en 1967. On apprend que c’est à la demande expresse de Mgr Charbonneau, premier évêque de Hull – qui avait participé au groupe informel constitué durant le concile Vatican II, surnommé « le groupe de l’Église des pauvres ». Il « ne veut pas une autre communauté de prêtres travaillant en paroisse. Il désire des religieux prêts à faire équipe avec le clergé en place et à créer des liens avec les gens du milieu » (p. 42). Ce milieu, c’est le Vieux-Hull, le quartier ouvrier le plus pauvre de la ville, surnommé « l’île de Hull ». Notons que l’auteur néglige de souligner qu’une fraternité de pères oblats et un prêtre diocésain (en l’occurrence moi-même) sont aussi mandatés par l’évêque pour travailler en animation sociale dans ce quartier. Ils collaboreront d’ailleurs étroitement avec une équipe de laïques. Cette complicité commune était importante, car elle donnait la force de faire face à l’hostilité politique et cléricale que suscite cette nouvelle façon d’évangéliser qui nous ramène aux sources de l’Évangile : vivre aux côtés des pauvres en partageant leurs luttes pour de meilleures conditions de vie. Ce faisant, l’Église se déplace vers les gens qui subissent l’injustice et, en épousant leur lutte, à leur côté et non à leur place. Le message est lancé – et reçu – que l’Église est du côté des pauvres et des exploités, comme l’est Dieu lui-même, qui souffre des injustices.
 
Cette manière d’annoncer l’Évangile sera accueillie prestement et avec joie par la population appauvrie, mais amèrement par une certaine élite politique et des chrétiens qui profitent du statu quo et demandent aux « curés » de retourner dans leur presbytères. Ils pourfendront aussi l’évêque qui a permis une telle alliance entre les appauvris et les gens d’Église. Mais ni Mgr Charbonneau, ni son successeur, Mgr Proulx, ne se laisseront remettre en question ; ils affirmeront haut et fort que ce type d’engagement est une façon authentique d’annoncer l’Évangile.
 
L’auteur, dans la dernière partie, revient plus en détail sur cet engagement, en présentant les différents capucins qui ont vécu à Hull.
 
La fermeture du 165, rue Kent est récente, mais nous ressentons déjà le vide qu’elle a créé. Il faut dire que l’Église du Québec, et particulièrement celle de Gatineau, a beaucoup perdu de son engagement au côté des pauvres. Les projets s’attaquant aux conséquences de la pauvreté (soupes populaires, comptoirs St-Vincent-de-Paul, etc.) ne manquent pas. Mais les projets prenant en compte les causes de la pauvreté et s’attaquant à celles-ci, ainsi que les projets défendant les droits humains collectifs sont maintenant quasi inexistants. L’Église du Québec s’est appauvrie, même dans ce domaine-là.
 
Je fais mienne la conclusion de l’auteur : « Après avoir relu les 47 ans de présence des capucins sur l’île de Hull, nous sommes en mesure d’affirmer à notre tour que cette humble Fraternité […] a su relever le défi. À la suite du Christ pauvre […], ils sont allés "aux périphéries" chères au pape François, humblement, patiemment, chaleureusement » (p. 145). Par contre, le problème du manque de relève est attristant.

Claude Auger
L’aventure fraternelle des capucins à Hull 1967-2014. Annoncer l’Évangile autrement
Lac-Bouchette, Ermitage Saint-Antoine de Lac-Bouchette, 2016, 160 p.

La trahison des élites : Austérité, évasion fiscale et privatisation au Québec



Restez à l’affut de nos parutions !
abonnez-vous à notre infolettre


Share via
Send this to a friend